Interview de Sadek Alsaar, fervent défenseur du Yemen

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Sadek, déjà vingt années que nous nous connaissons et vous êtes toujours aussi passionné par votre pays d’origine, le Yémen. Vous avez contribué à son développement culturel et touristique à haut niveau et pouvez en être très fier. Les lecteurs qui ne connaissent pas bien le Yémen seront ravis de vous lire.

Pouvez-vous évoquer votre parcours ?

Sadek Alsaar
Sadek Alsaar

Je suis né à Sana’a, capitale du Yémen en 1964. J’ai étudié à l’école primaire et au collège au Yémen. J’ai passé deux années à Abu Dhabi. De retour au Yémen j’ai étudié un an au lycée à Sana’a puis ai passé le bac à Paris à l’école complémentaire irakienne. Je suis resté en France pour étudier le français où j’ai suivi les cours de langue et de civilisation françaises à la Sorbonne. J’ai ensuite rejoint l’école spéciale d’architecture, boulevard Raspail à Paris ;  j’ai obtenu mon diplôme d’architecte en 1992 en présentant un projet de réhabilitation du quartier de Boustan al Sultan dans la vieille ville de Sana’a, classée patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Dans mon enfance j’ai souvent été amené par la profession de mon père à changer de ville ou de pays ce qui a influencé mes chois personnels et professionnels. J’ai ainsi acquis le goût des voyages et du dialogue entre les cultures.

Quelles sont les raisons de votre choix de promouvoir le Yémen comme destination touristique ?

Mon père a beaucoup voyagé dans sa jeunesse au Yémen et à l’étranger. Il nous racontait ses voyages. Ensuite nous avons voyagé avec lui. Lorsque nous étions installés à l’étranger, chaque week-end nous visitions de nouveaux lieux et villes. J’ai ainsi attrapé très jeune le virus des voyages. J’ai voyagé seul puis avec ma compagne et mes enfants. Tous ces déplacements m’ont convaincu de la richesse incroyable du Yémen et de ses nombreux atouts pour les voyageurs : une histoire millénaire avec des vestiges du royaume de Saba, des paysages façonnés par l’homme avec des cultures vertigineuses en terrasses, une architecture traditionnelle unique, riche et variée, depuis les maisons-tours de Shibam dans le Wadi Hadramaout, en passant par Sana’a qui semble sortie tout doit des mille et une nuits, jusqu’aux villages perchés comme des nids d’aigle aux sommets de la région montagneuse de Harraz.

Les paysages sont très variés : le Yémen appelé autrefois l’Arabie Heureuse était l’unique endroit cultivé et verdoyant de la péninsule arabique. L’homme a maîtrisé très tôt l’irrigation avec le premier barrage de l’histoire de l’humanité à Mareb dont on peut voir jusqu’à aujourd’hui les vestiges et la réalisation de nombreuses citernes qui grâce à un réseau de canaux apportaient l’eau dans les champs. Les paysans yéménites ont su sculpter les montagnes en terrasses pour cultiver la moindre parcelle. Ce génie humain a fait du Yémen le jardin de l’Arabie dans l’Antiquité et plus tard au XVI siècle le premier exportateur de café. L’origine du mot café vient de l’arabe  qahwa qui signifie café, devenu kahvé puis café. D’ailleurs la variété de café Arabica vient du Yémen et Moka est le nom du port de la Mer rouge d’où partait le café pour l’Europe.

C’est aussi du Yémen que vient l’encens. Grand producteur dans l’Antiquité, il a ensuite maîtrisé les routes commerciales. La route de l’encens partait de Qana sur l’océan indien pour rejoindre Pétra en Jordanie d’où il gagnait les empires grecs, persans et romains. La reine de Saba originaire du Yémen a ainsi entrepris son voyage pour rencontrer le roi Salomon en suivant cette route et les rois mages ont apporté l’encens en Palestine. Avec l’arrivée du christianisme puis de l’islam, l’encens a perdu son rôle central dans l’économie mondiale. Les yéménites ont su avec leur expérience de producteur et de commerçants remplacer l’encens par les épices qui sont devenues à leur tour le moteur du commerce mondial de l’époque. Les yéménites ont établi des comptoirs dans toute l’Asie jusqu’en Chine : c’est ce qui ensuite a conduit ls européens à explorer l’Asie puis les Amériques pour trouver les lieux de production des épices.

Toutes ces richesses ont fait du Yémen un centre intellectuel important (l’algèbre a été inventé à Zabid dans la plaine de la Tihama qui borde la Mer Rouge), ses poètes et musiciens sont célèbres et notamment les chants de Sana’a qui sont classés au patrimoine immatériel de l’UNESCO.

J’ai souhaité faire découvrir aux français et aux européens toutes ces richesses et faire connaître cette culture trop souvent méconnue, à l’origine de la culture arabe, dont on trouve l’empreinte dans la Bible et le Coran, jusque dans l’Espagne Andalouse et en Afrique du nord.

Quelle a été votre évolution en tant que représentent du Yémen en France ?

J’ai en parallèle oeuvré dans deux directions : la promotion culturelle du Yémen et le développement du tourisme. J’ai ainsi contribué à titre bénévole à plusieurs grandes expositions dans des lieux emblématiques faisant connaître la culture et l’histoire du Yémen comme au Centre international du Vitrail à Chartres, à l’Institut du Monde Arabe, au Palais de l’UNESCO,  au Kuntshistorishe Muséum de Vienne en Autriche, à la Royal geographical society à Londres. Parallèlement, j’ai créé une agence de voyages au Yémen, spécialisée dans les séjours culturels, sportifs, trekking, parapente et randonnées équestres et de découverte. J’ai oeuvré pour la création de la première association des agences de voyages au Yémen, dont j’ai été membre fondateur, puis élu en charge des relations extérieures. J’ai également participé auprès du Ministre du Tourisme à la création du Yemen tourism promotion board au sein duquel je siégeais. J’ai ainsi participé à de nombreux salons comme le salon du tourisme à Paris, mais aussi en Espagne, en Allemagne, au Royaume Uni et à DubaÏ.

Avec mon expérience, les Ministères de la Culture et du Tourisme m’ont demandé à plusieurs reprises de les représenter et de les conseiller C’est ainsi que j’ai été souvent amené à les représenter bénévolement en Europe. En 2004, lors de la visite du président du Yémen à Paris, ce dernier m’a proposé de me nommer en tant que conseiller culturel et touristique à l’ambassade du Yémen à Paris, chargé de la France, la Belgique, la Suisse et l’Espagne. Puis auprès de l’Union européenne en 2013.

Toute mon action en invitant des journalistes, des artistes, des écrivains, des sportifs, des photographes et des cinéastes ont placé les français comme les premiers visiteurs de Yémen. Je tiens ici à remercier toutes ces personnes qui sont tombées en admiration devant la richesse et la beauté du Yémen et l’accueil chaleureux de sa population et ont su faire partager leur passion pour mon pays.

Depuis la guerre au Yémen, le tourisme a chuté

Malheureusement depuis le déclenchement de la guerre par l’Arabie Saoudite en mars 2015, il n’est plus possible de se rendre au Yémen. Un embargo empêche même les associations humanitaires de faire leur travail et le pays est entièrement fermé aux étrangers. La coalition menée par l’Arabie Saoudite impose un embargo total sur le Yémen.

Avez vous des voeux pour le Yémen, le pays et ses habitants

Comme tous les yéménites, j’appelle de toutes mes forces à la fin de la guerre, cette guerre qui a détruit le pays, son patrimoine et qui l’affame. Je connais le dynamisme et le courage des yéménites, leur amour pour leur pays et je suis persuadé que dès la fin du conflit ils feront tout pour reconstruire et ouvrir leur pays aux visiteurs qu’ils aiment tant.

Mes passions et hobbies

Je suis passionné par les voyages et les rencontres. Je mets tout au service de ces passions qui m’amènent à voyager, à faire des randonnées et du parapente, de la photographie et des documentaires. Je lis aussi des romans historiques, géographiques et suis passionné par l’histoire de l’humanité.

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