by Valérie Desforges

#Débat : Nos amis les rats

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Certes, ils sont porteurs d’un tas de parasites, mais ce n’est pas leur faute. Certes, dans une vidéo récente tournée par un agent de la propreté de Paris qui a fais sensation sur le net, on peut voir une benne à ordures grouillant de rats. Une opposante à Anne Hidalgo en a profité pour accuser celle-ci d’être responsable du “grave problème de prolifération des rats dans Paris“.  Mais le problème est-il si grave qu’on le dit ?

Ecoutons un ami des rats. Pierre Falgayrac est expert en hygiène et sécurité. Il explique dans “Le Monde” (1/2), que les rats ne sont pas si nombreux que ça : “On estime qu’il y a de 1,6 à 1,7 rat par habitant à Paris, soit environ 3,8 millions“. Un peu plus d’un rat par personne, ce n’est pas la mer à boire. Et cette proportion ne varie guère, puisque le rat autorégule sa population. Si l’on en voit, ce n’est guère que par accident. Le rat urbain loge généralement dans les égouts et les souterrains, et y reste peinardement les trois quarts de son temps.

Il n’en sort que pour trouver à manger. “Un rat ne se promène jamais” dit notre expert, il ne se déplace qu'”utile“, dans le but de manger, boire et de ronger, afin d’user ses incisives en croissance continue”. En allant et venant ainsi, le rat nous rend service, car il permet d’éviter que les grilles d’évacuation des égouts s’obstruent. Il nous donne aussi un sérieux coup de main en ingurgitant environ 25 grammes de cochonneries par jour. Soit, au cours d’une année de vie urbain, qui ne dure guère qu’une année en moyenne, tant la vie de rongeur est dure, 9 kilos de déchets dont ils nous débarrassent gratis.

Pourquoi se lancer à grand tapage dans des campagnes de dératisation ? Les crues actuelles, fait remarquer notre expert, font le travail à notre place. Elles déciment les rats en noyant leurs terriers: les individus les plus vieux et les plus faibles ne résistent pas. S’il convient que, à la suite d’un chantier ou d’une crue ayant provoqué une pullulation locale, parfois une bonne dératisation est nécessaire. Notre expert affirme qu'”il n’est pas nécessaire d’éradiquer les rats”. Ouf ! Voilà qui nous change de la phobie-réflexe habituelle. Laquelle ne résistera pas, d’ailleurs, à la lecture du déjà classique “Comme de rats“, de Patrick Rambaud, réjouissante saga dans laquelle il nous contait la terrible déconvenue des rats parisiens lorsqu’au printemps 69 les Halles déménagèrent à Rungis. La poubelle n’était plus au rendez-vous !

Une remarque, en passant : on s’est beaucoup ému du “Monkeygate“. Que Volkswagen ait fait enfermer dans une pièce 10 macaques pour leur faire respirer des gaz d’échappement a scandalisé. L’aurait-on été autant s’il s’était agi de simples rats ? Or, petit rappel, chaque année en France ce sont pas moins de 157 000 rats et 1 million de souris qui servent de cobayes à l’industrie chimique, ce qui ne choque personne. A quand un “Ratgate” ?

Source : Jean-Luc Porquet, Le Canard enchaîné du mercredi 7 février 2018

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