by Valérie Desforges

Interview de Idir Chender : Occidental et de tous horizons…

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A l’occasion du film « Occidental » réalisé par Neïl Beloufa et sorti en salle le 28 mars dernier, rencontre avec un acteur passionné et passionnant qui a réussi le crossover parfait entre films grand public et l’art contemporain, entre une filmographie nationale et internationale – son rôle dans « Carbone » d’Olivier Marchal lui a valu d’être sélectionné pour les pré-révélations aux Césars 2018 et dans « Beirut », film américain bientôt sur nos écrans, il donne la réplique à Jon Hamm, ce qui ne l’empêche pas de participer à l’album solo du rappeur et acteur Gringe  – le tout sans prendre la grosse tête ni les gens de haut, en étant tellement lui-même qu’on ne peut que tomber sous le charme.

Si vous ne connaissez pas encore cet acteur aux mille facettes, courrez le voir au cinéma ou sur scène. En attendant nous avons eu la chance d’échanger avec lui sur le cinéma, l’art contemporain, le métier d’acteur. Une rencontre sympathique, inspirée et inspirante. Idir Chender : un acteur qui fait du bien.

Vous jouez le rôle d’Antonio, l’un des « italiens suspects » dans Occidental, long-métrage réalisé par Neïl Beloufa, un artiste majeur de l’art contemporain, comment êtes-vous arrivé sur ce projet audacieux, aux antipodes du rôle qui vous a révélé au grand public, Eric Wizman, dans Carbone d’Olivier Marchal ? 

Neïl Beloufa souhaitait travailler avec des acteurs professionnels, j’ai reçu le scénario d’Occidental via mon agent et j’ai été emballé par le projet. C’est très intéressant de découvrir d’autres univers, de faire le pont entre différents milieux. Je découvre de plus en plus l’univers de l’art contemporain. Je connaissais bien évidemment le mouvement Dada, l’art conceptuel, j’ai visité des expositions d’art contemporain à Lyon et je vais aller voir celle de Neïl Beloufa au Palais de Tokyo.

Comment s’est déroulé le tournage ? Comment avez-vous abordé le rôle ?

Très très bien. Le tournage a duré 30 jours. J’ai suivi le parti pris de Neïl Beloufa qui souhaitait qu’on soit dans l’opposé de ce qui fait actuellement, un mouvement anti-empathique,  un entre- deux non résolu.
Dans ce film on prend le contrepied de ce qui est attendu : on laisse les spectateurs avec un problème, on ne leur fournit que la question et pas la réponse. Il ne s’agit nullement d’un parti pris neutre, l’idée était que l’empathie comme l’humour sont des formes de manipulation or sur ce projet le réalisateur voulait éviter la moindre manipulation, il recherchait une forme de neutralité. Sur ces questions Neïl Beloufa s’est déjà exprimé et il a évolué mais au moment du tournage c’était la démarche.

Vous qui avez également tourné pour des films à plus gros budgets, des productions internationales, qu’avez-vous pensé de cette expérience originale, sous la direction d’un artiste plasticien, reconnu dans le milieu de l’art contemporain, international, présent aussi bien dans les collections du musée Georges Pompidou qu’au MoMa à New York?

Cela fut une expérience enrichissante professionnellement et humainement. Occidental est une vraie prise de risque. Le roman du film c’est son autofinancement, très difficile, la sortie en salles est un véritable exploit, le film a été financé sur fonds propres. Neïl Beloufa est un artiste qui réinvesti tout dans ses futures créations, qui se renouvelle sans cesse. Il est courageux, indépendant. Il y aurait beaucoup à écrire sur le background du film. C’est un film qui mérite d’être vu car il n’était pas gagné d’avance qu’il sorte en salles.

Parlez-moi de votre parcours. Comment êtes-vous devenu acteur ?

Lorsque j’ai pris conscience qu’acteur pouvait être un vrai métier. J’avais toujours ce désir au fond de moi d’être acteur mais pour moi ce ne pouvait pas être dans le sens où je concevais à l’époque l’idée de métier : 35 heures, horaires du matin au soir, temps plein, une occupation régulière et stable. Pourtant je jouais des rôles tout seul dans ma cage d’escalier (rires) J’étais dans une forme d’autocensure en fait. J’étais donc parti pour faire des études longues, j’ai d’ailleurs fait des études de médecine puis de droit après un bac scientifique. Et puis j’ai eu dans la vingtaine une envie de ne pas grandir, j’ai vécu une sorte de cauchemar personnel, je voulais conserver le statut étudiant et cela était possible en rejoignant le conservatoire d’art dramatique de Lyon. De plus cela répondait à mes envies de théâtre, de jeu. J’ai arrêté d’être dans le déni. Et une sorte de rêve à succédé au cauchemar puisque qu’après le Conservatoire à Lyon j’ai été reçu au Conservatoire national à Paris dont je suis diplômé. J’ai joué dans des pièces de théâtre, des séries (note de la journaliste : Virage Nord, excellente série diffusée sur Arte), des court-métrages, des films, j’ai également été enseignant en art dramatique, metteur en scène. J’ai passé des auditions et obtenu mon premier grand rôle grâce au film « Carbone » d’Olivier Marchal qui m’a fait connaitre du grand public même si on ne me reconnait pas toujours dans la rue car cet Eric Wizman c’est vraiment un rôle de composition.

Justement parlez-moi de votre rôle de Karim dans « Beirut », thriller politique de Brad Anderson qui va sortir dans quelques jours aux Etats-Unis et bientôt en France…

C’est un second rôle important. « Beirut » se déroule avant et après la guerre du Liban, dans les années 70 et en 1982, un ancien diplomate américain doit négocier la libération d’un agent de la CIA capturé par des terroristes menés par Karim, un orphelin libanais qu’il a failli adopter dix ans plus tôt. Karim n’est pas méchant. Il agit par amour, pour faire libérer son frère et exige que le négociateur soit ce « père adoptif ».
Ce n’est donc pas un rôle de terroriste bête et méchant. De toute façon je n’incarnerai jamais un personnage qui véhicule de la méchanceté ou des valeurs abjectes selon mon échelle de valeurs. J’ai la chance de travailler en toute intelligence avec mon agent pour le choix des rôles. Karim est un personnage tout en profondeur, absolument pas manichéen.

 

Cela m’amène à vous poser la question suivante : pourquoi faites-vous ce métier, difficile et aléatoire ?

Je ne me pose pas la question du lendemain car je travaille tout le temps sans attendre qu’on vienne me chercher. J’ai été formé dans ce sens au Conservatoire, il est important d’être un acteur mais aussi un auteur. Je fais ce que j’aime. Par exemple je participe actuellement à l’album solo du rappeur et acteur Gringe que j’ai rencontré sur le tournage de « Carbone » et qui est devenu un ami. J’écris des scénarios, je fais de la mise en scène. Il ne faut pas rester passif, il faut penser collectif, ouverture. Pour moi être acteur c’est vraiment du ressort du développement personnel. J’éprouve un plaisir sans égal à jouer, à communiquer avec le public. Même si interpréter un rôle c’est ouvrir la boîte de Pandore, cela permet également d’assainir sa relation à l’autre et à soi-même, de s’ouvrir, c’est un vrai catalyseur. Dans le futur, mon parcours sera pluriel.

Merci beaucoup Idir Chender pour votre temps et vos réponses, pour finir : que lisez-vous, écoutez-vous en ce moment ? Quels films avez-vous envie de nous conseiller et quelles expositions ?

Je reste un nostalgique des Aventures du Petit Nicolas de Sempé et j’ai beaucoup lu Bernard Werber. Je suis également tombé amoureux intellectuellement de la philosophie et je lis beaucoup de philo du 18e et 19e siècle Nietzsche, Schopenhauer…Côté romans je n’en ai pas lu tant que ça mais j’envisage de rattraper mon retard. Pour les films, si vous ne l’avez pas encore vu courrez voir 120 battements par minutes c’est un incontournable tout comme Festen de Lars Von Triers, un bijou d’intelligence que j’encourage tout le monde à découvrir tellement ce film est fort. Côté musique j’écoute beaucoup de choses, citons Alice et moi,  Sébastien Tellier et un groupe qui s’appelle Anomalie. Bien sûr ce n’est pas exhaustif. Côté expos, comme je vous l’ai dit plus tôt je vais aller voir l’exposition L’Ennemi de mon ennemi de Neïl Beloufa au Palais de Tokyo. Il y a également une programmation intéressante à découvrir au MAC Lyon, ma ville d’origine.

Ainsi s’achève cette interview d’Idir Chender, nous aurions pu passer des heures à discuter avec lui tellement on se sent bien en sa compagnie car c’est une personne très sympathique, bienveillante et pleine d’humour. Idir Chender est à l’affiche d’Occidental, un film de Neil Beloufa et sera à l’affiche de Beirut, sortie prévue le 30 mai. On le retrouvera également le 23 mai dans Paul Sanchez est revenu ! Pour en savoir plus sur son actualité retrouvez-le sur ses comptes Twitter et Instagram

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