by Valérie Desforges

A la découverte de la toute nouvelle galerie Faure Beaulieu

Art contemporain cherche appartement 

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© Arnaud Faure Beaulieu

La naissance d’une galerie est toujours un challenge. En même temps, c’est passionnant et assurément très courageux. Il ne faut pas avoir peur de se jeter corps et âme dans l’aventure. Un défi qu’a entrepris de relever Arnaud Faure Beaulieu, intrépide galeriste parisien, surfeur et donc dompteur de vagues à ses heures perdues (plutôt rares) que nous avons interviewé à l’occasion du lancement de sa toute nouvelle galerie privée, dont la particularité est qu’elle est se déploie dans un lieu familier et secret. Rencontre.

Bonjour Arnaud, vous êtes un jeune galeriste à suivre (vos abonnés sur les réseaux sociaux témoignent de l’engouement que votre travail suscite).  Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

Tout a commencé à l’adolescence, je me suis passionné pour la vie de grands personnages historiques du XIXe siècle et j’ai rencontré l’œuvre d’auteurs romantiques majeurs. J’ai aussi découvert le Musée d’Orsay et suis tombé en arrêt devant les Impressionnistes. Le foisonnement des couleurs, la fugacité des sentiments se dégageant des tableaux…Cela ne m’a dès lors jamais quitté. Plus tard, en 2010, j’ai décidé d’orienter mes études afin qu’elles soient en lien avec ma passion, en sachant que je voulais côtoyer les artistes de mon époque. Je suis diplômé de L’IESA et suis depuis régulièrement chargé de faire découvrir aux nouveaux étudiants des lieux, des artistes inspirants, et ainsi de participer à leur culture artistique. En parallèle, j’ai créé en 2013 une galerie nomade qui m’a fait voyager de Paris à Bruxelles, en passant par Lyon et Maastricht. Au cours des expositions que j’ai développées, ma ligne éditoriale s’est affirmée à travers des artistes questionnant l’indicible et le rapport au Monde.

Les deux dernières années ont été très importantes pour moi par rapport à ma réflexion sur mon métier et la direction que je voulais donner à ma galerie après cinq ans d’exercice. 

D’où cette nouvelle galerie ?

Exactement. Outre des changements importants dans la programmation, et en parallèle à Vitrine-65, l’espace public situé dans le Haut-Marais dans lequel j’organiserai toujours environ cinq expositions par an, j’avais envie de quelque chose de plus intime au sein duquel le temps de la découverte et de l’échange entre le collectionneur, l’amateur et le galeriste pouvait être effectif. 

Je souhaitais proposer une expérience qui soit représentatif de mon univers et de ma vision de l’Art, à mi-chemin entre la galerie traditionnelle avec son habituel White Cube et un appartement de collectionneur. 

Ces envies et ces choix m’ont incité à changer le nom de ma galerie et à assumer de lui donner mon nom : en janvier 2019, la Galerie Faure Beaulieu était née. Elle se partage donc entre Vitrine-65 et ce nouveau lieu privé, située dans l’ouest parisien où j’organise également des rencontres, sous forme de diners, entre des acteurs de l’art contemporain.

Pour l’instant, je n’ai pas vocation à créer un club, mais les choses se font plus ou moins d’elles-mêmes car, en effet, ces dîners rassemblent, autour d’une passion commune, un certain nombre de personnes avec qui je prends plaisir à débattre et échanger. Lorsque j’organise un diner ou un apéritif, je fais en sorte que chaque invité connaisse une ou deux personnes mais qu’il puisse aussi faire de nouvelles rencontres. Celles-ci peuvent avoir des univers différents mais se retrouvent autour d’une passion commune pour l’Art. 

J’aime créer des rencontres artistiques et humaines, et la galerie est un support fantastique pour cela.

Quels sont les artistes présentés au sein de cet espace ?

Il s’agit à la fois d’artistes que je représente mais aussi d’artistes dont je suis le travail. J’avais envie de les exposer dans ce lieu différent. En fonction des thématiques abordées, j’intègre également à l’accrochage des œuvres de ma propre collection. Cela me permet d’enrichir et d’élargir mon propos vers de nouveaux artistes que mes collectionneurs n’ont pas eu l’occasion de découvrir dans mes précédentes expositions publiques.

Justement, de nombreux artistes contactent, souvent sans succès, les galeristes.  Quelle est votre politique artistique ? Comment sélectionnez-vous les artistes que vous représentez ?

Tous les artistes de ma galerie ont en commun de travailler sur des questions liées à la fugacité et à l’indicible. Certains voyagent, d’autres répertorient et accumulent, plusieurs travaillent sur la notion de fulgurance et de contemplation. En résulte des œuvres d’une profonde intensité. D’un point de vue général, la galerie regroupe des artistes émergents ou confirmés. 

Le coup de cœur que je peux éprouver pour l’œuvre d’un artiste est une condition sine qua non, mais elle n’est pas suffisante. L’œuvre de l’artiste doit être pertinente dans son ensemble, l’homogénéité de sa production artistique étant aussi une des conditions pour qu’un artiste puisse intégrer la galerie.

Travaillez-vous en collaboration avec d’autres acteurs de l’art contemporain et comment cela se passe-t-il ?

Absolument. Je suis de près la programmation de certaines galeries parisiennes et internationales dont j’apprécie le travail et avec lesquelles j’ai parfois des liens privilégiés, comme la Galerie Ron Mandos à Amsterdam.  

C’est intéressant car cela me permet d’élargir mes propres horizons artistiques et les propositions que je pourrais faire à mes collectionneurs par la suite. De toute façon, les collaborations sont enrichissantes pour tout le monde et cela génère une énergie positive et créatrice.

Vous avez représenté des artistes installés mais aussi des jeunes artistes. Quid des jeunes collectionneurs : comment les touchez-vous, via réseaux sociaux, rencontres, les deux ?

Il n’y a pas vraiment de règles, mais je dirais qu’in-fine la rencontre ou la mise en relation, reste, y compris au sein des plus jeunes générations, la meilleure façon d’engager le dialogue. L’espace de la galerie offre avant tout une vision artistique, une expérience et de nombreuses possibilités de découvertes pour les amateurs d’art.

Etes-vous vous même un collectionneur ?

Bien sûr, c’est ma passion pour l’art qui m’a amené à devenir galeriste ! J’ai commencé à collectionner avec un tout petit budget à l’âge de 20 ans. Aujourd’hui, je collectionne les œuvres des artistes que j’expose et dont je défends le travail, mais pas seulement. Je profite d’ailleurs de cette question pour répéter que commencer une collection est moins une question de budget qu’une question d’envie. On peut largement trouver des œuvres très intéressantes pour des sommes raisonnables. Et, en plus du travail de conseil, la plupart des galeries seront ravies d’accompagner un collectionneur en devenir. Dans ce passage à l’acte, si besoin est, les galeries peuvent proposer des facilités de paiement.  

Comment voyez-vous l’évolution de l’art contemporain ? Du métier de galeriste ? Sans international, pas de salut ?

Pas forcément ! Il est bon qu’il y ait des galeries présentes sur tous les continents et sur toutes les foires. Si c’est l’évolution que doit prendre une galerie ou que souhaite prendre un galeriste pour s’épanouir, alors c’est parfait. Je prône aussi un développement que je qualifierais de plus humain, centré sur le partage d’une expérience plus personnelle entre l’artiste, le galeriste et l’amateur d’art. 

Nous vivons une époque passionnante, mais d’une grande frénésie et où la débauche des moyens n’est parfois pas tout-à-fait en accord ni avec les valeurs ni la vision du monde qui est la mienne. Il existe, de toutes manières, d’autres possibilités pour faire en sorte que les artistes que l’on suit aient une présence et une visibilité à l’internationale. La collaboration entre galeries en est une, par exemple. 

Les réseaux sociaux, l’avènement du digital sont-ils des atouts pour la vente d’œuvres d’art contemporain ? Et ont-ils des influences sur le métier de galeriste ? Influencent-ils les rapports avec les collectionneurs ?

Les réseaux sociaux et le digital font partie des outils contemporains indispensables pour communiquer, diffuser et faire vivre une galerie. Ils permettent de rassembler un grand nombre de personnes autour d’un projet, de valeurs et d’une vision artistique. Ils permettent surtout de garder le lien avec un cercle et de développer de nouveaux contacts qui amèneront peut-être par la suite des followers à devenir des collectionneurs. 

Je crois au potentiel du numérique, néanmoins l’informatique ne peut pas aujourd’hui remplacer la confrontation à l’œuvre dans le réel. 

Un collectionneur potentiel peut donc être séduit par l’image d’une œuvre qu’il verra passer sur l’écran de son smartphone ou de son ordinateur, mais la plupart du temps, en tous cas pour des pièces plus complexes, il souhaitera la voir avant de décider d’une acquisition.

Selon vous quels challenges attendent le galeriste de demain ?

Ils sont nombreux et le temps en révèle tous les jours de nouveaux, mais je dirais que le principal challenge se joue dans le fait de réussir à garder son cap, de mener à bien son projet artistique et son originalité malgré les modes et les contraintes économiques. 

Aujourd’hui, mon plaisir est de permettre aux artistes que je défends de s’exprimer et d’exprimer leur vision du monde. Pour cela, la galerie dispose d’un certain nombre d’outils : la visibilité qu’offre localement l’exposition, la vitrine sans frontière que permet Internet, les réseaux sociaux et les foires… Ce sont autant de moyens disponibles pour faire vivre sa galerie et assumer son originalité. 

L’émergence de nouveaux marchés s’ouvrant à l’art contemporain amène également de nouveaux challenges et il sera intéressant de voir comment les galeries françaises s’en sortent face à la concurrence d’ici quelques années. 

Que répondez-vous aux collectionneurs qui hésitent à investir dans les œuvres de jeunes artistes ?

Que les jeunes artistes d’aujourd’hui seront peut-être les grands artistes de demain. Je vais jouer les naïfs mais l’acquisition d’une œuvre d’art est avant tout une démarche personnelle, une rencontre et parfois une confrontation heureuse entre un individu et une œuvre. Lorsque l’on fait l’acquisition d’une œuvre d’art que l’on aime, elle nous parle et éveille en nous quelque chose qui est parfois difficilement exprimable. 

Je comprends que l’on ait en tête l’espoir que l’artiste voit sa cote grandir dans le temps et nous, les galeristes, travaillons de telle sorte que cela se produise, mais l’acquisition d’un amateur doit, pour qu’elle soit gagnante à coup sûr, partir de préoccupations plus sensibles. Et si l’artiste voit sa cote augmenter, alors c’est du bonus !

En savoir plus : Galerie Faure Beaulieu

2 commentaires
  1. catherine wettstein porentru dit

    Belle presentation pour développper l’art contemporain qui en à bien besoin!!!!! Je suis artiste peintre qui vous jette une bouteille à la mer….

  2. catherine wettstein porentru dit

    une petite bouteille à la mer d’une artiste peintre!!!!

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