Le 4 mars 2026 – Je suis avec Monsieur Vincent Braconnay, diplomate et directeur des Archives diplomatiques et, Madame Sylvie Le Clech, directrice adjointe des Archives diplomatiques. Nous sommes à La Courneuve en région Île -de-France et le département de la Seine-Saint-Denis (93).
En préambule de l’interview de Monsieur Vincent Braconnay et de Madame Sylvie Le Clech, je vous invite à prendre connaissance des articles et interviews déjà publiés sur les Archives diplomatiques du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
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Monsieur Vincent Braconnay, vous êtes le directeur des Archives diplomatiques. Cela signifie quoi ?
Directeur des archives diplomatiques, c’est à la fois être diplomate à la direction d’un service du ministère des Affaires étrangères et être à la tête d’un trésor patrimonial exceptionnel.
Plus de cinq siècles d’histoire des relations entre la France et le monde sont dans ces murs, ici à La Courneuve, ainsi que dans notre site de Nantes.
Et en même temps, j’ai une fonction qui reste essentielle au quotidien pour le ministère des Affaires étrangères qui est de structurer et conserver la trace de notre action pour demain.
Pourquoi le choix d’un diplomate à la tête de cette mission ?
Les archives doivent nourrir notre action diplomatique et on le fait en tandem avec des conservateurs. La directrice adjointe, Sylvie Le Clech, est une conservatrice, donc spécialiste de la conservation de ce patrimoine et de la production des archives. Et je suis un diplomate chargé de faire en sorte que toute cette matière soit utile à notre diplomatie.
Quelle était votre feuille de route lors de votre prise de poste à l’automne 2025 ?
J’ai pris mes fonctions en septembre 2025, donc cela fait un peu plus de six mois et les axes de ma feuille de route sont assez claires.
C’est d’abord s’assurer que les archives servent notre diplomatie c’est-à-dire faire en sorte que ce patrimoine ne soit pas juste quelque chose d’exceptionnel, mais qu’il soit utile dans des manœuvres politiques.
Avez-vous un exemple concret d’archives utiles pour des manœuvres politiques ?
On a conservé ici au ministère, dans les archives du mandat de la France au Liban, tout un travail qui a été fait sur la délimitation de la frontière entre le Liban et la Syrie.
Ces archives sont utiles aujourd’hui dans les efforts de sécurisation et de stabilisation à la frontière entre les deux pays. La direction des archives travaille sur ce dossier évidemment en lien avec la direction de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Et il y a bien d’autres dossiers sur lesquels nos documents servent des priorités politiques aujourd’hui.
Un autre exemple à nous confier ? On va célébrer cette année le 250ᵉ anniversaire des États-Unis et donc de la relation entre la France et les États-Unis. La France a joué un très grand rôle au moment de l’indépendance américaine. Ces documents que nous conservons ici doivent être mis au service de la relation entre la France et les États-Unis aujourd’hui. Plus globalement, ils servent aussi à mieux expliquer ce qu’est la diplomatie aux Français.
Quels sont vos outils de communication auprès des Français ?
On a mis en place très récemment un compte Instagram qui publie chaque jour un document extrait de la très grande richesse de nos fonds.
On le fait aussi avec des ateliers pédagogiques que l’on organise avec des écoles dans nos départements que sont le 93, la Seine-Saint-Denis et le 44 avec l’Académie de Nantes. Et c’est plus de 1000 élèves qui fréquentent chaque année nos ateliers pédagogiques. On accueillait encore il y a quelques jours un grand oral citoyen aux archives diplomatiques. Ou encore l’initiative du concours des Jeunes ambassadeurs. Donc les archives aident à rapprocher la diplomatie des Français.
Et puis nous devons prendre le virage de la transformation numérique de nos métiers et s’assurer qu’avec cette transformation numérique de nos méthodes de travail, nous, diplomates, nous conservons les traces de nos actions pour les générations futures. Et donc il y a tout un travail autour de la collecte des archives nativement numériques pour s’assurer qu’on ne perd pas la mémoire à l’heure du tout numérique. On travaille de très près avec notre direction du numérique et notamment dans sa partie de sécurisation des données.
Avez-vous des actualités ou des perspectives à partager pour 2026-2027 ?
On a beaucoup d’actualités sur le feu. On a des équipes à La Courneuve et à Nantes qui sont extrêmement dynamiques et qui fourmillent de projets.
Quelques exemples. On travaille sur un parcours d’exposition permanente sur le site de La Courneuve pour permettre à un plus vaste public de voir ce patrimoine exceptionnel.
Aujourd’hui, nos archives sont dans des magasins et ce n’est pas forcément facile à voir pour le grand public. C’est surtout lors des Journées du patrimoine que l’on peut ouvrir et en petits groupes parce que les espaces sont étroits.
Donc on souhaite mettre à côté de notre salle de lecture que les chercheurs fréquentent quotidiennement un parcours qui offrira une synthèse facilement accessible, notamment pour un public scolaire, de ce que sont les archives diplomatiques.
Parmi les autres actualités de l’année, on a le concours des jeunes ambassadrices et jeunes ambassadeurs.
C’est une initiative qui consiste à permettre à des jeunes de se saisir d’un dossier d’archives et de le mettre en scène en se mettant à la place des diplomates. Cette année, le concours est sur le thème « Août 1938 : Les diplomates face à la menace nazie ». Ce concours connaît un succès croissant puisqu’il sera organisé dans plus de huit régions académiques ce qui représentera cette année 6 300 élèves. Il y a vraiment un effet de démultiplication dans l’ensemble du territoire. Les finales seront organisées dans chaque région à une date différente. Donc par exemple dans l’académie de Créteil, la date sera le 9 avril, à Nantes, le 8 avril.
Je vous remercie. Que dire de votre parcours pour mieux vous connaître ?
Je suis un diplomate avec un parcours très opérationnel. J’ai été en poste pendant plus de trois ans en Iran. J’ai été en poste aux États-Unis, à New York dans la représentation de la France auprès du Conseil de sécurité. J’ai été dans l’équipe de négociation de l’accord sur le nucléaire iranien.
J’ai été très récemment conseiller diplomatique du ministre des Armées et j’ai souhaité venir ici à la direction des archives diplomatiques, parce que j’ai eu le sentiment tout au long de ce parcours que l’on est plus fort lorsque l’on connait notre histoire.
Un autre point qui m’a motivé à prendre la fonction de directeur des Archives diplomatiques est la conviction que notre ministère doit s’ouvrir à un public plus large. Nous nous y employons. Le département de la Seine-Saint-Denis regorge d’initiatives et je suis heureux de pouvoir nouer des actions d’ouverture du ministère vers la société civile.
A titre personnel, j’aime beaucoup ce département où je vis par ailleurs et que je parcoure assidûment en vélo de bout en bout. C’est un territoire très dynamique.
J’ai beaucoup voyagé en tant que diplomate et je m’attache aujourd’hui à découvrir toujours plus les richesses exceptionnelles de la France. Et elles sont parfois justes à côté de chez soi ou un peu plus loin. Et donc en ce moment, c’est surtout à cela que j’aspire avant de repartir en poste à l’étranger, puisqu’un diplomate alterne toujours des postes en France et à l’étranger, et que j’aurai très envie de repartir ensuite en poste à l’étranger pour une durée longue.
Un remerciement appuyé pour votre éclairage passionnant.
Nous allons donner la parole à Madame Sylvie Le Clech, directrice adjointe des Archives diplomatiques.
Bonjour Sylvie, je suis très heureuse de vous retrouver et de partager auprès des lecteurs vos actualités. Racontez-nous…
Une dimension tout à fait nouvelle a été développée depuis notre dernière rencontre : C’est le renforcement des liens avec la recherche.
Nous avons créé le conseil scientifique “Paulette Enjalran”, chartiste et personnalité marquante des Archives diplomatiques (1915-2004) puisqu’elle y a été directrice adjointe. Paulette Enjalran est à l’origine de la reconstitution des fonds d’archives après la Seconde Guerre mondiale.
Nous avons tenu notre première réunion de travail le 13 novembre 2024, il y a eu des travaux en groupes toute l’année 2025, une 2de réunion plénière le 13 novembre 2025 et le groupe de travail sur le dispositif des jeunes chercheurs s’est réuni le 29 janvier 2026.
Alors que fait ce groupe d’experts scientifiques ?
Il réunit des institutions patrimoniales, des universitaires, également des représentants du monde diplomatique afin d’aider la direction des Archives dipomatiques à prendre de grandes options en matière de politique scientifique.
Cela peut concerner l’ouverture de fonds qui n’étaient pas traités à la consultation. Nous avons des demandes précises d’historiens chaque année parce que l’historiographie évolue et parce que nous faisons porter l’effort de susciter des travaux sur des régions du monde encore peu travaillées par les historiens. La communauté historique est écoutée pour répondre à ces attentes.
Cela peut concerner la charte éditoriale de nos publications. On a ceci d’original que la direction des Archives diplomatiques a une politique active de publications. Et donc nous avons besoin d’être aidés par des universitaires et d’autres collègues représentants des institutions de conservation pour nous orienter dans nos choix éditoriaux.
Nous avons mis en place un comité éditorial pour nous aider à sélectionner les manuscrits.
Troisième point. Nous mettons actuellement en place avec des historiens un dispositif qui concernera les jeunes chercheurs qui ont besoin de venir découvrir le dessous des cartes des archives diplomatiques, c’est-à-dire en pratique : Comment un archiviste transforme une matière brute en document exploitable pour la sociologie, la politique ou la philosophie. Comment on construit son sujet de recherche en fonction des sources disponibles et aussi de traiter avec nous des archives pour avoir le regard du jeune chercheur sur le professionnel qui établit ses inventaires et ses bases de données selon les règles de l’art.
Cela ambitionne de travailler sur la mise au point de ce processus dès la rentrée universitaire prochaine pour renforcer les liens avec les chercheurs et contribuer à leur bonne formation. Peut-être de futurs spécialistes sur les sources de l’action diplomatique : historiens, élus… au service de la nation.
Je change de sujet pour vous parler de conventions de partenariat avec des institutions patrimoniales étrangères qui souhaitent venir à notre contact.
Cela peut commencer par une visite officielle et les discussions évoluent rapidement vers une demande de convention avec nous. Je prends l’exemple concret récent de la convention de partenariat avec les Archives nationales de la République dominicaine qui ont besoin de connaître les sources qui parlent de ce qui n’était pas encore la République dominicaine. Ils ont donc besoin de venir consulter des sources aux Archives diplomatiques de La Courneuve, de les repérer, de les traduire quand il faut et de les numériser. Il se trouve que nous avons une politique de numérisation, donc on peut se rejoindre sur un objectif. C’est ce que nous avons fait et ce qui permet d’enrichir notre bibliothèque diplomatique numérique.
L’idée est de développer un dialogue sur une coopération culturelle, sur une mémoire partagée.
Nous approchons du 8 mars 2026, Journée Internationale des droits des femmes (ONU). Une thématique que je porte. L’idée est de savoir ce qui a pu être fait de valorisation de la femme depuis notre dernière rencontre ?
Nous avons monté une exposition à la Bibliothèque municipale de Versailles et qui a été ouverte à l’occasion des Journées européennes du patrimoine.
La Bibliothèque municipale de Versailles est le premier lieu officiel d’installation du Secrétariat d’État aux affaires étrangères. Et c’est en ce lieu que le traité sur l’indépendance américaine a été signé.
On y découvre une galerie avec des livres, des archives. Les premières archives diplomatiques y étaient installées.
Donc nos collègues de la bibliothèque municipale de Versailles ont voulu faire un retour aux sources et faire avec nous une exposition sur la naissance de la diplomatie et des métiers de la diplomatie.
Et j’ai souhaité accompagner cette exposition d’un travail avec le Centre de recherche du Château de Versailles.
Et ils nous ont proposé de faire une journée d’étude sur la diplomatie des femmes sous l’Ancien Régime qui est une diplomatie discrète parce que à l’époque les femmes n’étaient pas en droit d’exercer une charge publique, donc elles ne pouvaient pas être agents diplomatiques. Et le terme d’ambassadrice désignait l’épouse de l’ambassadeur.
Il est revenu à cette journée d’études de montrer : Comment les princesses de Savoie et d’autres femmes encore, ont pu avoir sous l’Ancien Régime (période de la fin du XVIème siècle à 1789) un rôle diplomatique.
Lors de visites d’ambassadeurs à la Cour, les Rois de France aiment montrer qu’ils ont une cour lettrée qui comprend la présence d’un grand nombre de femmes très bien habillées, qui savent faire la révérence et qui connaissent les usages et qui ont un rôle, celui de la conversation. Et entretenir la conversation est un art social. Cela est toute la diplomatie informelle, mais il y a eu aussi par le passé des femmes qui ont accompagnées, par exemple, des princesses françaises pour aller se marier à l’étranger dans le cadre d’accords diplomatiques. C’est ce que l’on appelle la diplomatie matrimoniale. Certaines sont devenues aussi les chambrières de la princesse pour l’aider à comprendre le peuple sur lequel elle allait régner par le biais de son époux.
Et donc on peut considérer que tout cela est une activité d’un genre diplomatique qui depuis quelques années commence à être redécouvert. Grâce notamment à Laurence Badel, historienne, qui travaille avec nous et qui écrit des ouvrages.
Je vous remercie Sylvie pour vos actualités et l’éclairage instructif sur la place de la femme et la diplomatie. Nous avions visité ensemble le magasin des cartographies. Et vous me proposez tous deux de visiter le magasin des traités. Je vous suis avec enthousiasme !
Le temps d’une immersion dans le « magasin des Traités »
avec Vincent Braconnay et Sylvie Le Clech
aux Archives diplomatiques, La Courneuve

Aux Archives diplomatiques – Acte restauré de 1573 sur l’élection d’Henri III à la tête du royaume de Pologne, avec les sceaux de tous les nobles présents à l’élection © Miss Konfidentielle
« On est dans une salle exceptionnelle qui est un peu le joyau des archives diplomatiques. C’est la salle des traités. Dans cette salle, il y a tous les actes qui lient aujourd’hui la France à d’autres pays du monde. Le document le plus ancien dans cette salle date de 1304. Il y en a plus de 25 000 autres. Et tous ces actes continuent d’être en vigueur et de nous engager.
On vient d’ouvrir un peu au hasard, quelques boîtes avec des textes exceptionnels. On a vu par exemple le début du multilatéralisme avec la ratification par la Russie d’un texte sur l’Union postale universelle. C’est le tout début de l’organisation des communications entre États.
On a aussi vu une ratification par l’Empire Ottoman, d’un traité de 1871 sur la mise en place d’un système de coopération en matière télégraphique.
On a vu également un acte assez exceptionnel de 1573 restauré sur l’élection d’Henri III à la tête du royaume de Pologne, avec les sceaux de tous les nobles qui avaient participé à cette élection.
Donc, dans cette salle, il y a des textes qui sont à la fois très anciens, des textes qui sont très nouveaux, et le principe, est que tous ont une valeur juridique et continuent de vivre. » précise Vincent Braconnay.
Nous poursuivons nos découvertes dans cette grande salle des traités puis Sylvie Le Clech attire notre attention sur une archive.

Aux Archives diplomatiques – Contrat de mariage entre Ferdinand-Philippe et la fille du duc de Mecklembourg-Schwerin le 30 mai 1837 © Miss Konfidentielle
« Cette archive est intéressante. Il s’agit du contrat de mariage entre Ferdinand-Philippe, duc d’Orléans, fils de Louis-Philippe et de Hélène, fille du duc de Mecklembourg-Schwerin le 30 mai 1837. » ajoute Sylvie Le Clech.
Un remerciement appuyé pour notre rencontre passionnante. A très bientôt pour des actualités des Archives diplomatiques.

Vincent BRACONNAY, Sylvie LE CLECH et Miss Konfidentielle aux Archives diplomatiques (MEAE) © Miss Konfidentielle
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