Le 23 mars 2026 – Une rencontre inoubliable avec le général de division Stéphane RICHOU, directeur de la DCSD, la Direction de la coopération de sécurité et de défense, du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères.
Bonjour général,
Nous sommes au Quai d’Orsay et je suis très honorée de vous rencontrer dans ce cadre du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, MEAE, avec des membres de votre équipe.
Vous êtes le directeur de la DCSD qui est la Direction de la coopération de sécurité et de défense, une composante majeure de l’action diplomatique de la France en Europe et à l’international.
Il s’agit de notre première interview et en cela je propose de partager avec les lecteurs, des axes fondamentaux pour comprendre : Comment s’organise l’État français pour faire face à un monde en plein bouleversement.
Quel est l’objet de la Direction de la coopération de sécurité et de défense, la DCSD ?
La DCSD est une direction politique du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Elle est au cœur de l’action diplomatique de la France sur les sujets les plus sensibles que sont la défense, la sécurité intérieure, la protection civile, l’action de l’État en mer, les Douanes et la Justice.
C’est aussi un véritable creuset interministériel. Ses agents viennent de l’ensemble des grands ministères régaliens – Armées, Intérieur, Justice, Finances, Mer – et unissent leur force au service d’un objectif commun : concevoir, développer et conduire des partenariats de sécurité et de défense dans le monde entier au service de la diplomatie française.
Le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères ayant la responsabilité de conduire et de coordonner l’action extérieure de la France à l’étranger, la DCSD est donc la direction du Quai d’Orsay qui assemble la mécanique interministérielle en la matière et la déploie auprès de nos partenaires par le biais de la formation, de l’expertise et du conseil. Pour cela, elle dispose d’un réseau de près de 300 coopérants dans le monde, organise près de 500 missions d’expertise et contribue chaque année à la formation de plus de 40 000 stagiaires.
Son action illustre ainsi la volonté de la France d’être un partenaire de souveraineté fiable, mettant en œuvre des coopérations mutuellement bénéfiques, en soutien de notre diplomatie de puissance d’équilibres.
Quelle est la différence, la complémentarité entre la Direction de la coopération de sécurité et de défense et la Direction de la coopération internationale de sécurité (DCIS) du ministère de l’Intérieur ?
J’ai eu l’honneur d’interviewer Madame Sophie HATT, M. Georges SALINAS et des attachés de sécurité intérieure (ASI) à la DCIS.
C’est une très bonne question, qui permet de bien comprendre la manière dont la coopération française s’organise. La DCSD, au Quai d’Orsay, est un agrégateur interministériel qui conçoit et déploie des stratégies de coopération à l’étranger. Elle agit dans une logique politique globale, en lien avec les priorités diplomatiques de la France.
Dans ce cadre, nous travaillons étroitement avec les autres ministères, et notamment :
• le ministère de l’Intérieur, à travers la DCIS et la DAEI et en lien avec la DGPN, la DGSCGC et la DGGN ;
• le ministère des Armées, via la DGRIS, l’EMA et la DGA principalement ;
• le Secrétariat général de la mer ;
• le ministère de l’Économie et des Finances, avec les Douanes ;
• le ministère de l’écologie et du développement durable avec les services du ministère de la Mer.
La complémentarité est simple : chacun agit dans son champ de compétence, notamment pour les activités opérationnelles, mais la DCSD assure la cohérence de l’ensemble des coopérations structurelles, en intégrant ces contributions dans une stratégie diplomatique globale portée par le Quai d’Orsay. Il s’agit donc bien d’une démarche de coconstruction et d’un dialogue permanent.
Je vous remercie général. Quelle est la clef à connaître de votre feuille de route ?
D’abord, je dois dire que c’est une immense fierté de m’être vu confier la direction de la DCSD, dans le contexte stratégique que nous connaissons aujourd’hui. C’est aussi une responsabilité très forte alors que le Président de la République a signé l’actualisation de la Revue nationale stratégique en 2025, et qu’il faut désormais la décliner dans une nouvelle configuration mondiale, toujours plus instable, plus brutale parfois.
Dans ce document structurant, la DCSD occupe une place particulière. Sa feuille de route est clairement inscrite dans l’objectif stratégique numéro 7. Il s’agit de renforcer et de diversifier nos partenariats internationaux : en Afrique, au Proche et Moyen-Orient, en Méditerranée et en mer Rouge, en Indopacifique, mais aussi en intégrant pleinement nos territoires ultramarins dans ces dynamiques. Et bien sûr, de continuer à porter une vision multilatérale.
Concrètement, cela signifie adapter nos partenariats de sécurité et de défense à ces nouveaux enjeux, en leur proposant des coopérations utiles, concrètes, limitées dans le temps, et mesurables. De façon plus explicite encore, le paragraphe 565 de la RNS fixe clairement notre feuille de route pour les 4 prochaines années :
« La France doit également approfondir et diversifier ses coopérations internationales. Il s’agit de développer une nouvelle offre partenariale en Afrique, de consolider notre engagement au Proche et Moyen-Orient, de contribuer à la sûreté des espaces communs et à la stabilité régionale en Méditerranée et en mer Rouge, et de renforcer les coopérations en Indopacifique. L’intégration et la place des territoires ultramarins français seront renforcées à ce titre dans les partenariats régionaux. Enfin, la France poursuivra ses actions pour promouvoir le multilatéralisme. » Source RNS 2025 sur le site du SGDSN, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale
Et les actions menées, les perspectives depuis votre prise de fonctions de directeur de la DCSD ?
La première chose que j’ai souhaité faire, c’est m’inscrire dans la continuité de mes prédécesseurs qui ont construit à travers les années, un outil à la fois très singulier et parfaitement adapté aux enjeux de l’époque.
La DCSD est une vénérable maison, qui a réalisé de grandes choses depuis les années 1960. C’est un partenaire de souveraineté pour de nombreux pays, et nous sommes tous, au sein de la direction, au service de ce projet très actuel dans le monde bouleversé que nous connaissons.
En quelques mois, nous avons travaillé à proposer à nos autorités politiques des partenariats adaptés à la RNS, qui auront un impact direct sur la sécurité, y compris celle des Français.
Je prends un exemple très concret déjà développé avant mon arrivée : le centre de développement des capacités cyber dans les Balkans occidentaux, le C3BO. Ce centre est devenu en aout dernier une organisation internationale. Nous avons tenu au début du mois de mars 2026 son premier conseil d’administration dans ce nouveau format, ce qui a permis d’adopter de nouvelles règles de procédure, de structurer sa gouvernance et de procéder à des nominations importantes, notamment celle du directeur général. Ce projet est emblématique. Il permet d’accompagner les pays de la région dans leur montée en puissance en cybersécurité, dans une perspective d’intégration européenne. Mais il a aussi un effet très concret pour nous : en aidant nos partenaires à mieux se protéger, nous contribuons directement à la protection de la France et des Français face aux menaces cyber. C’est exactement le type de coopération que nous développons.
Je peux citer également l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme à Abidjan, qui forme aujourd’hui des cadres de toute l’Afrique de l’Ouest pour protéger nos partenaires, protéger notre pays et développer une culture de coopération contre ce fléau qui touche toutes les latitudes.
Ou encore, dans l’océan Indien, le centre régional d’études maritimes (RCMS) à Colombo, qui est devenu un élément structurant de notre relation avec le Sri Lanka tout en permettant de développer une dynamique plurielle au service de nos intérêts partagés dans cet immense espace maritime aux enjeux stratégiques et naturels considérables. Nous travaillons d’ailleurs à compléter ce dispositif avec une nouvelle académie à La Réunion.
L’idée, c’est d’être présents là où nos partenaires expriment le souhait de travailler avec la France et de construire avec un continuum de coopérations, fondé sur la formation, l’expertise et le partage d’expérience. Dans cette logique, nous regardons vers les géographies les plus structurantes pour notre sécurité partagée et la défense de nos intérêts réciproques : la Méditerranée, le continent africain, la mer Noire, le Caucase, l’Asie centrale, le Proche-Orient, l’Amérique Latine, le voisinage de nos DROM-COM…
Et si vous parliez un peu de votre parcours ? de ce qui vous anime ?
Mon parcours repose sur trois grands axes.
D’abord, les opérations militaires. Depuis plus de trente ans, j’ai participé à de nombreux engagements extérieurs de la France, en Afrique, en Afghanistan, dans les Balkans… J’étais notamment engagé lors de l’opération Serval en 2013, après avoir été plusieurs années au CPCO à Paris pour concevoir ces opérations.
Ensuite, l’aéronautique. Je suis pilote d’hélicoptère, avec environ 3 500 heures de vol. Je continue à voler régulièrement, notamment à Dax. C’est à la fois un moment de plaisir et une exigence technique qui oblige à se remettre sérieusement en question pour répondre aux défis. C’est une très bonne chose quand on est directeur de la DCSD.
Enfin, les relations internationales. C’est un intérêt ancien, que j’ai développé notamment à Saint-Cyr et lors de mes expériences à l’étranger, en particulier dans le monde hispanique que j’affectionne beaucoup. J’aime profondément le contact avec les autres, la découverte, les cultures. Et en même temps, je reste très attaché à mes racines, dans le Béarn.
Comment vous sentez-vous au Quai d’Orsay ?
Je me sens bien.
J’avais déjà découvert le Quai d’Orsay lors de mes fonctions d’attaché de défense, notamment en Éthiopie auprès de l’Union africaine, puis en Algérie. Ces expériences m’ont permis de comprendre concrètement ce que la diplomatie peut apporter, au service des intérêts français, notamment sur des sujets très stratégiques.
Aujourd’hui, je suis fier d’être au Quai d’Orsay et pleinement engagé dans cette mission.
Je vous remercie général pour notre entretien sympathique et constructif. Les bases sont posées et je vous propose de conserver le lien pour de prochaines publications.
Je remercie l’EV1 Julia DUBUC et Baudouin CARRARD qui sont avec nous et qui m’ont accompagnée avec soin dans la préparation de l’entretien.
Des photos souvenirs que je vous partage avec joie.

Interview du Général Stéphane RICHOU, directeur de la DCSD par Miss Konfidentielle, journaliste sécurité-défense au Quai d’Orsay (MEAE) @ DCSD

Général Stéphane RICHOU, directeur de la DCSD et Miss Konfidentielle, Salon de l’horloge du Quai d’Orsay (MEAE) @ DCSD

Général Stéphane RICHOU, directeur de la DCSD et Miss Konfidentielle devant les marches du Quai d’Orsay (MEAE) @ DCSD
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