Un grand sujet d’actualité européen le Groenland.
Entre fermeté assumée, prudence diplomatique et volonté d’autonomie stratégique, la crise autour du Groenland agit comme un révélateur d’un nouvel ordre transatlantique.
Aller de l’avant, désormais pleinement conscients – s’il en était encore besoin – de l’imprévisibilité de l’allié américain : c’est le constat dressé, dans la nuit de jeudi à vendredi, par plusieurs diplomates et responsables européens à l’issue d’un sommet d’urgence consacré aux multiples menaces américaines.
Si les Vingt-Sept veulent à tout prix éviter une répétition de la crise qui entoure le Groenland, les stratégies divergent.
Pour la France, la Belgique et l’Espagne, c’est la fermeté affichée de l’UE – menace de représailles commerciales à l’appui – qui a permis de désamorcer la situation.
Les pays baltes et la Pologne saluent plutôt la diplomatie du secrétaire général de Organisation du traité de l’Atlantique nord,Otan, Mark Rutte, acteur pivot des dernières heures ayant permis de calmer quelque peu les velléités expansionnistes de Donald Trump. « Les États-Unis demeurent notre ami le plus proche », a assuré le président lituanien Gitanas Nausėda, tout en regrettant que Bruxelles ait envisagé d’utiliser son « bazooka commercial » contre un allié.
Tous s’accordent néanmoins sur un point : le « monde d’avant » est révolu. « C’est notre moment Rubicon, une thérapie de choc. L’Europe ne peut pas revenir en arrière« , a confié un diplomate d’Europe de l’Est dans des propos relayés par Politico.
Si les menaces de nouveaux tarifs douaniers américains semblent pour l’instant écartées, l’UE reste sur ses gardes. « Le fait qu’il n’y ait pas [d’application de droits de douane] en février est positif, mais il faut être prêt à ce que Donald change d’avis « , reconnaît un diplomate.
Dans cette cacophonie, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a résumé l’état d’esprit qui règne au sein du bloc : « Nous avons suivi quatre principes clés : fermeté, ouverture, préparation et unité. Cela a été efficace, et c’est cette approche qu’il faudra maintenir ».
L’Union européenne va continuer à « défendre ses intérêts » contre « toute forme de coercition« , a pour sa part déclaré le président du Conseil européen, António Costa.
Cette réunion d’urgence entre leaders européens, initialement prévue pour définir des représailles aux menaces américaines, a vite été dominée par une autre question : que s’est-il réellement joué entre Donald Trump et Mark Rutte autour du Groenland ? Moi-même, « je ne sais pas ce que contient exactement l’accord concernant mon pays », a déploré jeudi le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen, pendant une conférence de presse à Nuuk, la capitale du Groenland. Mais la souveraineté et l’intégrité territoriale de cette île constituent une « ligne rouge », a-t-il souligné.
Quid de l’accord pour le Groenland ?
Le secrétaire général de l’Otan a indiqué que les discussions entre Washington et l’Alliance visaient à empêcher la Russie et la Chine d’obtenir un « accès » au territoire autonome danois ainsi qu’aux pays de l’Arctique. Mark Rutte a également affirmé à la chaîne américaine Fox News que le sujet de la souveraineté du territoire « n’avait pas été abordé lors de (ses) discussions avec le président » américain. Selon une source citée par l’AFP, les discussions n’ont pas non plus porté sur l’installation de bases américaines au Groenland sous la souveraineté des États-Unis.
De leur côté, des responsables cités par plusieurs médias affirment que le plan s’inspire du modèle des bases sous souveraineté britannique à Chypre. Ses grandes lignes porteraient sur la renégociation de l’accord de défense de 1951 sur la présence militaire américaine au Groenland, ainsi que sur un renforcement de la coopération sécuritaire en Arctique, y compris une adaptation du futur « dôme d’or » – le système antimissile que le milliardaire américain souhaite bâtir. L’accès militaire américain au sein de l’île autonome de 2,1 millions de km2 pourrait être élargi, en échange d’un engagement européen accru dans la région, voire d’une mission de l’Otan.
La Première ministre danoise Mette Frederiksen rencontre actuellement le secrétaire général de l’Otan, ce vendredi matin à la Haye. « Nous sommes d’accord pour dire que l’Otan doit renforcer son engagement dans l’Arctique. La défense et la sécurité dans l’Arctique sont une préoccupation pour l’ensemble de l’Alliance », a-t-elle déclaré dans un message sur X. Mette Frederiksen prévoit dans la journée des discussions à Nuuk avec son homologue groenlandais, Jens-Frederik Nielsen.
A suivre de près.
Un remerciement à l’équipe de touteleurope.eu pour les informations de qualité.




