Bonjour Jean-Patrice,
Je suis honorée de vous rencontrer dans le cadre de votre bureau au CESA à l’École militaire pour une mise en lumière du Centre d’Études Stratégiques Aérospatiales avec le volet historique et vos actions menées depuis votre prise de fonction de directeur en août 2024.
Le CESA est établi sur deux sites : à l’École militaire et sur la Base Aérienne 107 de Villacoublay « Sous-lieutenant René Dorme ». Il est l’unité de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) aujourd’hui chargée d’animer la réflexion stratégique et prospective sur l’emploi de la puissance aérospatiale, de coordonner la valorisation de son patrimoine matériel et immatériel et de mettre en cohérence ses actions de rayonnement.
J’ai eu à interviewer le GDA Julien SABÉNÉ et le GBA Emmanuel BOITEAU vos prédécesseurs et invite les lecteurs à prendre connaissance de mes publications en amont pour comprendre les sujets qui nous lient aujourd’hui.
Tout d’abord les fondations – l’histoire du Centre d’Études Stratégiques Aérospatiales
Créé en 1945 à l’École militaire pour accompagner le réarmement intellectuel de l’armée de l’Air, le CESA a régulièrement évolué dans ses missions comme dans son organisation, tout en conservant sa vocation première.
Initialement chargé de l’élaboration des doctrines aériennes et de l’enseignement militaire supérieur des officiers, le Centre d’enseignement supérieur aérien héberge l’Ecole supérieure de guerre aérienne (ESGA) jusqu’à la création du Collège interarmées de défense en 1992. Le CESA se concentre alors sur l’étude de la conflictualité aérienne, tout en assurant jusqu’en 2006 la formation continue des officiers subalternes. Devenu Centre d’études stratégiques aérospatiales, il renforce ses capacités rédactionnelles, notamment par le recrutement de doctorants et de lancement de nouvelles publications de qualité universitaire. Il consolide aussi le rayonnement intellectuel de l’armée de l’Air, en particulier dans les milieux académiques et des instituts de recherche.
Temporairement rebaptisé CERPA pour Centre des études, réserves et partenariats, ce qui élargit son portefeuille à la mise en forme des partenariats, il redevient Centre d’études stratégiques aérospatiales (CESA) au début des années 2020. Et se restructure pour porter les trois missions majeures qui sont les siennes aujourd’hui : stimuler la réflexion stratégique et prospective aérospatiale, coordonner la conservation et la valorisation du patrimoine de l’AAE, et contribuer au rayonnement de l’armée de l’Air et de l’Espace, notamment via la réserve citoyenne de haut niveau et la jeunesse. La création d’une chaire en 2023 marque un nouvel élan notamment dans le cadre de l’Académie de l’Ecole militaire dont le CESA est un membre actif.

Insigne du CESA homologué sous le numéro A-1075 le 17 juin 1976
Définition héraldique « Ecu ancien d’azur à la bordure d’argent, chargé d’un aigle du même essorant contourné et dépassé en chef, à la tête penchante, empiétant sur un bâtiment d’or également dépassé à dextre et senestre de la pointe. » Transcription : Aigle d’argent en relief (1er plan) prenant son envol au-dessus de la façade centrale de l’École Militaire (en bronze au 2e plan). Symbolisme de l’insigne : l’aigle, symbole traditionnel de l’armée de l’air, le bâtiment qui représente l’École militaire, lieu de perfectionnement de la formation des officiers de l’armée de l’Air et de l’Espace. Le fond est composé d’un écu bleu aviation bordé d’argent.
Jean-Patrice, vous êtes le directeur du CESA depuis août 2024. Que dire de votre feuille de route ?
A mon arrivée, j’ai commencé par m’approprier les grandes missions du CESA, en prenant soin d’accorder à chacune la même importance. J’ai défini des objectifs que j’ai présentés à mes trois hautes autorités de tutelle : le GAA Jérôme BELLANGER, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, le major de l’armée de l’Air et de l’Espace et l’inspecteur de l’armée de l’Air et de l’Espace. Ces échanges m’ont permis de signer une feuille de route qui a guidé notre action la première année, et que nous avons actualisée depuis. Cette manière de procéder permet de mettre en perspective ce que nous faisons, et de fédérer l’ensemble du personnel.
Parmi nos réalisations majeures, je citerais :
- l’élaboration du document cadre « Puissance militaire aérospatiale », qui offre aux aviateurs des éléments d’explication et d’argumentation sur l’armée de l’Air et de l’Espace, ses missions et ses défis. Il s’adresse aussi plus largement à tous ceux qui s’intéressent aux enjeux aéronautiques et spatiaux militaires, et qui se demandent comment l’armée de l’Air et de l’Espace se projette dans l’avenir.
- l’impulsion d’une dynamique, pour contribuer à refonder l’organisation de la prospective dans l’armée de l’Air et de l’Espace. Le CESA prend toute sa place dans cette nouvelle organisation, en s’appuyant sur ses compétences (nous avons la chance de disposer d’un prospectiviste reconnu en la personne du colonel Jérôme Clech) et ses multiples partenariats. L’Académie de défense de l’Ecole militaire (ACADEM) a été en la matière génératrice d’opportunités. Ce domaine d’étude y est en effet également considéré porteur ; de fait, le CESA a contribué à la tenue d’un colloque de haut niveau le 3 décembre dernier à l’École militaire, comme il sera l’élément moteur du « Lab des futurs » de l’ACADEM dès le mois d’avril.
- la structuration de notre organisation et de notre fonctionnement en matière patrimoniale. Je suis en effet le délégué au patrimoine de l’armée de l’Air et de l’Espace, chargé au nom du général BELLANGER de la coordination de nos actions en matière de conservation et de valorisation de notre patrimoine. Nous avons ainsi proposé au CEMAAE la première politique de l’armée de l’Air et de l’Espace en matière patrimoniale, et une autre – inédite également – en matière d’histoire. Ce sont des jalons importants et mobilisateurs. Tournés vers les aviateurs et nos partenaires, nous sommes à présent engagés dans la mise en œuvre, avec pour objectif de court terme de susciter de bonnes pratiques puis de les pérenniser.
- Un gros investissement aussi dans l’animation du réseau ADER de la réserve citoyenne de haut niveau, et des Escadrilles Air Jeunesse (EAJ), dispositifs relevant tous deux de notre mission de rayonnement. S’agissant d’ADER, nous avons le souci de diversifier notre offre et de renforcer notre écoute, pour être en mesure de toujours mieux satisfaire à la fois les attentes du haut commandement de l’AAE et celles de nos réservistes (on vise le « sur-mesure »). Et s’agissant des EAJ, pour lesquelles l’objectif du CEMAAE est très ambitieux (doublement du nombre d’équipiers en 3 ans), nous développonsla formule des EAJ « à coloration patrimoniale », adossées à un musée ou une association. C’est un bon moyen d’œuvrer simultanément pour notre patrimoine !
Je devrais aussi mentionner l’exposition des peintres de l’Air et de l’Espace que vous connaissez. Pour la XIVème édition en 2025, qui s’est tenue dans le cadre prestigieux du Musée de l’Air et de l’Espace, nous avons pu rassembler 41 œuvres sur la thématique des » 80 ans de la Libération et de la refondation de l’AAE « .
Je n’oublie pas non plus nos colloques, séminaires et remises de prix, les prix Ader et Mouchotte qui distinguent des travaux de thèse et de master ou encore le concours d’écriture des plumes de l’Air et de l’Espace. Organisé avec le soutien de la Fondation Ailes de France, ce concours permet de valoriser le talent littéraire des aviateurs de tout statut, de tout grade, et de toute spécialité : ils n’en manquent pas !
Excellent ! Que dire de plus sur vos actions menées depuis votre arrivée ?
Le CESA est une unité œuvrant pour l’AAE, mais très tournée vers l’extérieur.
J’ai eu à cœur de consolider nos nombreux partenariats, et d’en développer d’autres, en France ou à l’étranger. En France, notre Chaire est un vecteur de rayonnement à l’université et dans les instituts de recherche, où nous multiplions nos interventions et nos offres de collaboration.
J’ai également le souci d’être un interlocuteur actif et force de proposition, dans les institutions dont le CESA est partenaire comme le Service historique de la défense (je suis l’officier général « Histoire » de l’AAE) ou représente le CEMAAE (Aéroclub de France, Musée de l’Air et de l’Espace, Ordre de la Libération).
A l’étranger, nous cultivons des liens avec les institutions portant des missions comparables chez nos alliés et partenaires stratégiques. Nous avons signé un engagement à coopérer aux États-Unis, et nous apprêtons à faire la même chose au Royaume-Uni. Avec, toujours et partout, le souci d’aboutir sur des projets concrets.
Res non verba, des paroles et des actes : j’ai fait mienne cette devise de la 11ème escadre de chasse, devenue aujourd’hui celle du Commandement de l’espace (CDE).
Il serait pertinent de partager les grands axes de votre parcours pour mieux vous connaître. Racontez-nous…
Ma première partie de carrière est celle d’un navigateur de chasse, sur Mirage 2000D (BA 133 de Nancy-Ochey) où j’ai réalisé mes premières opérations et exercé mes premières responsabilités.
J’ai par la suite commandé un escadron de chasse nucléaire sur la BA 116 de Luxeuil-Saint-Sauveur en Haute-Saône, base que j’ai commandée quelques années plus tard.
J’ai la chance de voler encore, ce qui me permet de rester au contact des unités et de suivre leur évolution. C’est l’occasion d’échanger avec les plus jeunes, de témoigner de mon expérience, de communiquer sur les orientations du haut commandement de l’AAE. C’est enfin et surtout un moyen d’appuyer l’escadron dans sa mission de formation. Coïncidence savoureuse, je vole à l’escadron de chasse 3/3 « Ardennes », mon tout premier escadron…
Ma seconde partie de carrière s’est déroulée en administration centrale, à Paris et à l’étranger.
J’ai notamment servi au cabinet du chef d’état-major des armées, où j’ai été « plume » de l’amiral Edouard GUILLAUD puis du général Pierre de VILLIERS. J’ai également été inséré au Pentagone (États-Unis), dans le think tank du chef d’état-major de l’armée de l’Air américaine. J’ai servi au sein de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS), à Balard. Puis j’ai été chef d’état-major des Forces aériennes stratégiques sur la BA107 de Villacoublay.
Je vous sens passionné par l’aéronautique et votre engagement est fondamental. Cela laisse-t-il du temps pour vous et votre famille ?
L’aéronautique est en effet une passion d’enfant, devenue métier. C’est un métier exigeant, qui demande d’être investi, de se remettre en cause, d’innover. Et ce qui vaut pour tous vaut particulièrement lorsque l’on a la chance de s’être vu confier des responsabilités de commandement !
Je consacre mon temps libre à mon épouse et à nos cinq enfants, et me ressource au contact de la nature (je garde un souvenir ému des forêts de Haute-Saône). A Paris, sans grande originalité, je me concentre davantage sur la lecture, et les sorties au cinéma, au théâtre…
Et puis j’apprécie beaucoup la musique ; en cela, travailler avec les Musiques de l’AAE est une grande joie ! Vous étiez présente le 20 février dernier au théâtre de l’Onde à Vélizy à l’occasion du 90ème anniversaire de la base de Villacoublay et de la Musique de l’Air et de l’Espace. Cet anniversaire sera l’occasion de nombreuses autres surprises !
Absolument. Le concert caritatif pour la FOSA et les Ailes brisées était exceptionnel
Je tiens à remercier A. Didier DESCAMPS, chef d’orchestre, et Laurent DOUVRE, chef de musique adjoint, incroyable maître d’œuvre de cette soirée en présence du colonel Pierre CORNETTO, commandant la BA107. Nous avons eu l’honneur d’écouter les chanteurs qui composent le Chœur de l’Armée Française, ainsi qu’un détachement de nos camarades musiciens de la Royal Air Force (RAF).
Le Forum de Paris pour la Défense et la Stratégie se tenait du 24 au 26 Mars 2026. Il était organisé par l’Académie de défense de l’École militaire, ACADEM, sur la thématique : Souveraineté, Alliances et Partenariats. Comment avez-vous vécu le PDSF2026 ? Quels messages souhaitez-vous dire ?
Le PDSF est l’un des moments forts de l’année pour l’ACADEM et les organismes qu’elle fédère, dont le CESA. Pour sa troisième édition, ce rendez-vous de la « communauté stratégique » nationale et internationale a poursuivi sa montée en puissance. Placé sous le haut patronage du Président de la République, il a mis cette année le Danemark à l’honneur.
Le CESA a été très impliqué, de la conception de l’événement à son déroulement. Vous avez sans doute noté son stand, bien visible dans l’agora, lieu idéal pour échanger, présenter nos travaux et valoriser nos publications. Mais le CESA était présent ailleurs, dans de nombreuses interventions. Nous avons coordonné la préparation de la conférence sur les enjeux de la puissance militaire aérospatiale à l’horizon 2040, donnée par le général BELLANGER et son homologue danois, le général Jan Dam. Le COL Clech, titulaire de notre chaire SA2 de « Stratégies aérienne et spatiale appliquées », a tenu une masterclass de prospective et animé une table ronde de haut niveau sur l’espace. Deux de nos officiers doctorants, les CNE Malcolm et LTT Pierre, sont aussi intervenus dans des tables rondes de manière remarquée, le second en tant que modérateur. Enfin, comme il se doit, le personnel du CESA a prêté main forte pour soutenir les équipes de l’ACADEM, notamment en matière de communication. Vous en saurez davantage sur nos réseaux, très prochainement !
Un excellent moment de partage Jean-Patrice et toujours un accueil de qualité de votre équipe. Je pense en particulier à Magali qui a pris le soin d’organiser l’entretien, avec Rose. Une dédicace à Jérôme de Lespinois, référent Histoire de l’AAE, que j’ai eu la joie de saluer.

Interview du général Jean-Patrice LE SAINT, directeur du CESA, par Miss Konfidentielle, journaliste, à l’École militaire
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