Depuis plus de 10 ans, le SMV et ses partenaires : acteurs du monde associatif, de la formation professionnelle, de l’entreprise – œuvrent pour aider les jeunes à trouver leur place dans la société, en favorisant l’insertion sociale et territoriale au travers des 7 unités du SMV en France. C’est cette alliance réussie, entre culture militaire et culture civile de formation professionnelle, qui a permis d’accompagner plus de 10 000 jeunes et de rendre leur insertion à nouveau possible.
Miss Konfidentielle met la lumière sur ce dispositif. Je suis à l’état-major du SMV au Fort de Montrouge à Arcueil. Place au général Vincent ALEXANDRE, commandant le SMV, pour une interview qui a du sens.

Général Vincent ALEXANDRE, commandant le SMV à l’état-major du #SMV au Fort de Montrouge (Arcueil) © Miss Konfidentielle
Bonjour Vincent,
Vous êtes général commandant le Service militaire volontaire. Racontez-nous les marqueurs de l’histoire du SMV.
Le Service militaire volontaire a un grand frère qui s’appelle le Service Militaire Adapté ou SMA.
Dans les années 1960, un de mes grands anciens qui s’appelle le général Némo, qui était général commandant supérieur dans les Antilles, s’est préoccupé des jeunes appelés antillais qui faisaient leur service militaire. Et il a constaté que la perspective d’être engagé sur le théâtre centre européen était assez limitée, alors que la perspective qu’ils soient chômeurs était très importante.
Pour quelles raisons ?
À l’époque, le climat économique et social aux Antilles était compliqué. Le général Némo a donc proposé aux états-majors à Paris d’adapter le service militaire avec une formule qui consistait à former les jeunes aux rudiments du combat pour ensuite poursuivre sur une formation professionnelle technique, de façon à ce qu’ils puissent être insérés rapidement dans le tissu économique local. Et cela a très bien fonctionné initialement aux Antilles. Cette formule a ensuite été déployée partout en outre-mer. C’est le Service Militaire Adapté qui non seulement continue d’exister, mais a très bien progressé.
Lorsque nos dirigeants politiques effectuaient une visite en outre-mer, cette pépite du SMA leur était régulièrement présentée et ils rentraient en soulignant aux armées qu’il serait pertinent de transposer ce dispositif en métropole. Pendant un long moment, les armées leur ont répondu qu’en pleine déflation d’effectifs, en pleine réduction de nos capacités, se voir imposer une nouvelle mission était compliqué. Pour autant, en 2025, un premier appui des armées à l’insertion professionnelle en métropole a été créé : l’Établissement pour l’insertion et l’emploi ou EPIDE.
Au moment des dramatiques attentats du Bataclan et de Charlie Hebdo, de la vague d’attentats islamistes sur le territoire métropolitain en 2015, le président de la République François Hollande a pris une décision à contre-courant des tendances précédentes qui a été d’augmenter les effectifs des armées. C’est ce que l’on a appelé le « surge » avec 11 000 personnes supplémentaires. Dans ce contexte, le président de la République a demandé aux armées de remplir une mission d’insertion professionnelle sur le territoire métropolitain. Cela a été la création du Service militaire volontaire ou SMV. Donc nous avons été créés en 2015 et je suis le 5ème commandant du SMV. Nous avons fêté l’an dernier, en 2025, nos dix ans d’existence. Nous sommes un jeune organisme.
Le Service militaire volontaire créé en 2015 a la même vocation que le Service militaire adapté créé dans les années 1960.
Notre mission peut être exprimée en une phrase « Proposer à des jeunes éloignés du marché de l’emploi de venir passer un moment au sein des forces armées pour être insérés dans le tissu économique local, régional. »
Donc, ma mission, c’est bien une mission d’insertion professionnelle. Et cette mission n’est pas du tout exclusive aux armées. Il y a de nombreux autres organismes d’insertion professionnelle en France. Le SMV a rejoint une offre d’insertion professionnelle qui est assez importante en France métropolitaine. Pour autant, cette offre SMV a ceci de particulier qu’elle est militaire. Et donc il s’agit de proposer aux jeunes de rejoindre les armées pour un temps donné. Le jeune qui nous rejoint, le volontaire, comprend qu’il ne va pas s’engager dans les armées, mais que nous allons utiliser le cadre militaire et la pédagogie militaire pour le transformer et lui permettre de trouver un emploi et de rejoindre le monde économique.
Votre mission est-elle compliquée ?
Cette mission que je viens d’exprimer en une phrase et qui paraît extrêmement simple est en réalité redoutablement compliquée parce que les jeunes auxquels nous nous adressons sont, et j’ai coutume de le dire, triplement décrocheurs.
Ils sont d’abord, comme je l’ai expliqué, décrocheurs par rapport au marché de l’emploi.
Effectivement, ils ne sont pas insérés. Quelques-uns ont déjà travaillé, mais ils n’arrivent pas à trouver une stabilité. Et puis de nombreux n’ont jamais travaillé.
Ensuite, ils sont décrocheurs par rapport à la société française.
C’est-à-dire que ces jeunes, par leur histoire personnelle, sont décalés de manière extrêmement concrète. Ils sont incapables de tenir un budget, ils ne connaissent pas leur numéro de sécurité sociale, donc ils ne sont pas insérés et intégrés à la société française.
Et puis il y a une troisième rupture d’insertion qui est celle de l’intégration.
On a des jeunes qui sont issus de l’immigration très récente. On a des jeunes qui viennent d’arriver sur le territoire métropolitain et qui viennent de l’outre-mer français. La nation française, ils la connaissent mal. Leur conscience de citoyen français est à peine éveillée. Et donc nous devons, nous, le Service militaire volontaire, répondre à cette triple exigence qui est d’insérer le jeune. De l’intégrer à la société française et de l’intégrer à la nation française.
Et pour cela, et bien nous nous appuyons sur les trois piliers qui font la recette et le succès du SMV :
Le premier pilier, c’est la militarité que j’ai évoquée, qui repose sur un encadrement militaire de 350 cadres affectés au Service militaire volontaire, qui servent dans les sept régiments, centres et antennes qui sont implantés sur le territoire national et qui apportent toute leur expérience, tout leur savoir-faire militaire au sein de structures militaires, avec des sections, des compagnies, un rythme militaire, une caserne. Donc un environnement authentiquement militaire qui ne trompe pas le jeune et qui lui permet d’évoluer et de trouver un cadre qu’il recherche. Cela est la première recette du succès.
La second pilier est le volontariat. C’est-à-dire que le jeune à qui nous proposons de nous rejoindre est volontaire. Bien évidemment, ce volontariat, il faut le créer. Il faut susciter chez le jeune l’envie de nous rejoindre. Parfois, ce volontariat, il est relativement fragile, relativement ténu. Mais devinez quoi ? Extrêmement peu des jeunes qui nous rejoignent nous quittent. On a un taux d’attrition qui est autour de 15 %, ce qui est très très peu quand on se compare aux autres organismes d’insertion professionnelle. Donc le volontariat des jeunes qu’on provoque ou plutôt qu’on crée, on l’entretient tout au long de leur parcours chez nous, un parcours qui dure entre huit et douze mois.
Puis le troisième pilier, c’est le partenariat. Militaires du SMV, nous ne sommes pas seuls. On a d’abord des partenaires en interne. Ce sont les armées qui nous soutiennent : le service du commissariat, le service de santé des armées. De nombreuses capacités des armées sont en appui de l’action du Service militaire volontaire. Et je dois dire que ce soutien est vraiment au rendez-vous et très efficace.
Ensuite, j’ai un certain nombre de personnels qui me sont affectés, qui sont en renfort du SMV et qui ne sont pas du ministère des Armées. Nous avons quinze professeurs détachés de l’Éducation nationale, qui sont des acteurs fondamentaux, des psychologues, des assistantes sociales. Il y a aussi l’ensemble des prescripteurs qui nous aident à proposer aux jeunes l’offre du SMV. Parmi ces prescripteurs, je peux citer France Travail. Je peux citer les missions locales. Je peux citer le tissu associatif dans les banlieues. Le tissu associatif et la façon dont il peut parler du SMV aux jeunes est très important. Et puis il y a tout le tissu entrepreneurial, tout le tissu de l’économie territoriale, qu’elle soit locale, qu’elle soit régionale. Les régions administratives qui nous appuient très directement parce que ce sont elles qui financent la formation professionnelle qui est dispensée à nos jeunes volontaires.
Donc vous avez un ensemble de partenaires qui est très important.
« Je suis sans doute l’un des généraux qui traite avec le plus de partenaires extérieurs au ministère des Armées, mais encore une fois, pour garantir la réussite du jeune que nous recrutons ».
Ce jeune a un profil souvent abîmé, voire très abîmé. On a des jeunes qui, pour 60 % d’entre eux, n’ont pas le niveau troisième, donc non-diplômés. On a 20 à 25 % de jeunes qui sont illettrés. Donc, ils ne sont pas capables de déchiffrer un texte. Vous imaginez qu’ils ne sont encore moins capables de déchiffrer une offre d’embauche.
30 % des jeunes volontaires qui nous rejoignent sont des jeunes femmes. Et c’est intéressant parce que ces jeunes femmes viennent chercher, pour une partie d’entre elles un cadre, mais aussi une émancipation par rapport à un tissu familial ou un tissu social qui peut être oppressant pour elles.
Donc des profils abîmés, des profils qui pour certains ont traversé de vrais drames : la pression familiale, les violences intrafamiliales, les violences sexuelles, le harcèlement…
Que vous disent ces jeunes abîmés lorsque vous les rencontrez ?
Ces jeunes qui nous rejoignent ont ceci de commun lorsque je les interroge, lorsque nous les interrogeons sur ce qu’ils sont venus chercher au SMV, c’est la conscience du fait qu’ils sont fragiles, qu’ils doutent beaucoup de leurs capacités parce que la plupart du temps, les adultes ont insisté sur leurs échecs. Les adultes n’ont pas mis en valeur ce que sont leurs capacités, alors qu’ils disposent de capacités.
Beaucoup d’entre eux nous disent en rejoignant le SMV : « Je suis incapable de décider ce que je veux faire de ma vie » et aujourd’hui nous disent » J’ai une direction, j’ai un accompagnement et je vois clair sur ce que pourrait être mon avenir ».
Je dis souvent de manière un petit peu imagée que le SMV fait passer ces jeunes de la station « couché de 3h00 du matin à 15h00 » à la station « debout à 6h00 du matin » : je fais mon lit, je me rassemble en groupe et je vais assister à la cérémonie des couleurs.
Quel est votre Bilan depuis la création du SMV en 2015 ?
Un très bon bilan et je ressens une grande fierté.
Grâce au SMV, nous avons des jeunes qui vont pouvoir évoluer dans la société.
Excellent. Le SMV a-t-il des défis à relever ?
Le SMV fait face à des défis.
Le premier défi, c’est sa notoriété, c’est-à-dire le fait qu’il soit mieux connu. Il est très important que davantage de prescripteurs, davantage de jeunes, davantage de familles sachent que le SMV est une possibilité pour les jeunes qui sont en décrochage.
Très bien. Pour mieux vous connaître, quels sont les grands marqueurs de votre parcours de vie ?

Le SMV au défilé du 14 juillet 2025 sur les Champs-Elysées © COMSMV

Général Vincent ALEXANDRE, commandant le SMV, Miss Konfidentielle, journaliste, Lieutenant Ophély MESSY, officier communication SMV © Miss Konfidentielle




