by Valérie Desforges

Interview du général de brigade aérienne Véronique BATUT, Secrétaire générale de la Garde nationale et du Conseil Supérieur de la Réserve Militaire (CSRM)

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16 novembre 2020 – Miss Konfidentielle a rencontré le général de brigade aérienne Véronique BATUT hors période de confinement. Le souvenir du premier échange de regards a été marquant. Discrétion, respect, finesse d’esprit, douceur … Autant de qualités qui se sont confirmées par la suite en bien des points. Le général de brigade aérienne Véronique BATUT témoigne en partageant son parcours de vie qui vous inspirera le plus grand respect et nous l’espérons des vocations, notamment chez les femmes.

Bonjour Générale,
Bonjour Miss Konfidentielle,

A vous écouter lors de la préparation de mon témoignage, peu de femmes vous sollicitent pour des interviews et c’est dommage.
J’ai appris dans ma carrière que les exemples lorsqu’ils sont vivants peuvent inspirer.
En cela, j’ai été sollicité lorsque j’étais commandant de la Base Aérienne 106 « Michel Croci » pour témoigner de mon cursus de femme évoluant dans un univers masculin, de femme ayant fait des études scientifiques et j’y ai volontiers répondu favorablement : un témoignage peut contribuer à concrétiser un engagement.

Le message ? Il ne faut, en toute humilité, pas avoir peur de s’exprimer, de concrétiser ses souhaits.
La liberté ? Faire ce que l’on veut et ne pas avoir peur de se lancer.

J’espère que mon parcours pourra inspirer des jeunes filles qui seraient attirées par le métier des armes.

Jeune fille, souhaitiez-vous être militaire ?

Je suis née à Aurillac dans le Cantal et j’ai grandi en grande partie dans les environs de Toulouse.
Mes parents, ma famille et ma belle famille vivent en Occitanie. Il n’y avait pas de militaire dans la famille.

J’ai fait des études scientifiques tout à fait classiques : Bac C, Math Sup, Math Spé à Toulouse, haut lieu de l’aéronautique !

Qu’est-ce qui me prédestinait à m’engager dans l’Armée de l’air ? La conviction de participer à la défense de mon pays, la France, qui porte de belles valeurs démocratiques, l’envie de travailler dans le domaine de l’aviation, bien sûr, et d’éviter la morosité des bureaux d’étude.

J’ai donc intégré l’Ecole de l’air en 1986, promotion « Général Dorance ». Nous étions 4 femmes sur une promotion de 100 personnes. L’Ecole de l’air a ouvert ses portes en 1976 aux femmes. A cette époque, il existait des quotas pour les officiers féminins, et tous les métiers ne leur étaient pas accessibles. Depuis 1996, ces limites ont été levées et les femmes sont plus nombreuses à suivre la formation.

En sortant de l’école, je suis donc officier mécanicien.

Votre parcours est très riche d’enseignements. Il couvre aussi plusieurs domaines. Quels sont-ils ?

J’ai évolué dans des domaines passionnants.

  • Le renseignement et la guerre électronique: 1989-2003

Une très belle période, très intense et faite de défis.

J’ai eu un parcours complet et très riche dans ce domaine :
Depuis le commandement en unité jusqu’aux fonctions d’officier programme. Un domaine très confidentiel. On travaillait avec les américains et les allemands. Un travail collectif sur des sujets très spécifiques et de conception. Une aventure avec une immense richesse humaine. Il faut savoir inventer sans se mettre de limite pour avancer. C’était une période avec une vraie possibilité de créer. C’étaient mes jeunes années (sourire).

Pendant cette période, j’ai complété ma formation scientifique, en retournant sur les bancs de l’école,ceux de l’Ecole Nationale Supérieure de Techniques avancées (l’ENSTA) dont je suis diplômée.
J’ai travaillé dans le domaine de l’analyse des systèmes et de la recherche opérationnelle, puis je suis allée enseigner à l’Ecole de l’air, en tant que professeur, l’automatique et la robotique.
Avec la faculté d’Aix-Marseille, j’ai vécu des collaborations enrichissantes. A plusieurs, on est toujours plus fort.

  • L’aviation de reconnaissance : 2004-2006

Après avoir suivi la formation de l’Ecole de guerre à Paris (2003-2004), je pars sur la base aérienne de Reims au plus près des avions, avec une vraie satisfaction. Un escadron de maintenance est le poumon aéronautique d’une base aérienne. Un domaine exigeant car on touche à la 3ème dimension. L’erreur ne pardonne pas. Et, par ailleurs, un domaine exigeant car cadencé par les opérations aériennes. Très fort moment de commandement : au cœur des hommes et des femmes, de ces hommes et ces femmes dévoués, toujours disponibles pour que nos avions volent.

En 2006, s’ouvre à moi un domaine nouveau : celui du budget et des finances, à l’Etat-major de l’Armée de l’air, cursus que je poursuivrai plus tard à l’Etat-major des armées.

Puis en 2008, mutation à l’Inspection Générale des Armées – Air.

  • L’inspection générale des armées et l’audit

J’ai suivi une voie où il faut allier réflexion et pragmatisme en faveur de nos forces. Richesse des sujets traités, utilité directe des études, lecture militaire des questions de défense, mise à profit de l’expérience acquise sur le terrain pour éclairer les décisions des plus hautes autorités du Ministère des Armées. C’était un poste intellectuellement très gratifiant.
Je poursuivrai cette mission plus tard dans mon parcours, en tant que directrice adjointe du Centre d’audit des Armées. Centre d’audit voulu par le Général d’armée Pierre de Villiers et premier centre d’audit de l’Etat à avoir été certifié.

  • Le commandement

Le point d’orgue est, bien sûr, le commandement de la base aérienne 106, « Capitaine Michel Croci ». Une belle base aérienne composée de 3 000 personnes tournée vers la mission de posture permanente de sûreté aérienne et le soutien aux opérations militaires aériennes, notamment pendant les opérations HARMATTAN et SERVAL.
L’époque aussi du déménagement de la SIMMAD, maitrise d’ouvrage déléguée du maintien en condition opérationnelle des aéronefs d’Etat. C’était un challenge de transformation très important.

La base aérienne avait également pour vocation le soutien aux unités navigantes de la Sécurité civile, étant point d’appui aux déploiements lors d’interventions à l’occasion d’incendies.

Le souvenir d’une période de rayonnement, d’échanges intenses, où le partage d’idées est important pour aller tous dans le sens de la mission.
En cela, toute problématique nouvelle m’intéresse. Certainement parce que j’aime les maths (sourire).

  • Officier général nucléaire et sécurité

Le poste de « risk manager » est un poste lourd en responsabilité. Il faut traiter les risques sans oublier les enjeux opérationnels. Dans le domaine de la sécurité nucléaire, comme dans celui de la sécurité aérienne, la maîtrise des risques est parfaitement pensée et mise en œuvre au sein du ministère des Armées et le rôle des autorités de contrôle est incontournable.

Au bilan ?

Même très varié, mon parcours reste typique de celui d’un officier entré à l’Ecole de l’air.

Est-ce que dans l’exercice de mon métier, j’ai rencontré des problèmes de genre ? Face à la résolution d’un problème, il n’y a pas de place pour la question de genre, seul l’élan collectif à dégager la solution prime et motive.

En France, nous avons la liberté de choisir notre voie.
L’égalité et la fraternité, je les ai trouvées dans les armées.

Depuis 2020, vous êtes Secrétaire Générale de la garde nationale et du Conseil supérieur de la réserve militaire. Expliquez-nous…

La Garde nationale a été créée en 2016 en réponse aux attentats de novembre 2015 et de juillet 2016.
Elle rassemble désormais plus de 77 000 réservistes opérationnels des Armées, directions et services, de la Gendarmerie nationale et de la Police nationale. Près de 6 500 femmes et hommes sont employés quotidiennement et participent activement à la sécurité et à la défense des Français.

La Garde nationale répond à trois objectifs :

  • Répondre aux besoins des forces armées et de sécurité intérieure;
  • Répondre à la soif d’engagement notamment de la jeunesse;
  • Favoriser la cohésion nationale et développer l’esprit de résilience.

La Garde nationale finit sa montée en puissance, elle est un élément clef de la Nation, une structure fédératrice, une dynamique qui englobe les réserves de chaque force, un label.

Il est important d’inscrire la Garde nationale dans la durée, de communiquer davantage pour continuer à la faire connaitre, de valoriser l’engagement des réservistes et de leurs employeurs pour témoigner de cette conviction citoyenne à servir son pays.

Il est nécessaire de continuer à s’adapter à l’heure actuelle afin de faire face aux menaces.

Il faut également penser à la Garde nationale de demain.

Aujourd’hui, les jeunes de 20-40 ans n’hésitent pas à changer de domaine d’activité professionnelle contrairement à une époque où nombreux étaient les jeunes qui, recrutés en sortant de l’école, se voyaient construire leur carrière au sein d’une seule et même structure. C’est une évolution de notre société à prendre en compte.

Développer et valoriser l’engagement collectif est absolument nécessaire. Plusieurs mesures d’attractivité ont été créées en faveur des réservistes afin de favoriser leur engagement et l’accompagnement de leur employeur… Il convient maintenant de diffuser sur les territoires et notamment d’aider les réservistes à être eux-mêmes ambassadeur de cet engagement.

Les Journées Nationales des Réservistes se sont tenues du 10 octobre au 12 novembre 2020 sur les thèmes Fiers d’être réservistes et Fiers de nos réservistes. Souhaitez-vous nous en parler ?

Une campagne de communication destinée à mettre en valeur l’engagement des réservistes, fondée sur leur témoignage a été relayée dans les médias et sur les réseaux sociaux.

Une cérémonie de ravivage de la Flamme sous l’arc de triomphe présidée par la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées, chargée de la mémoire et des anciens combattants, donnée en l’honneur des réservistes s’est déroulée le jeudi 12 novembre et marque ainsi la fin de la période des JNR 2020.

Forte de vos responsabilités militaires, vous savez aussi prendre le temps de développer des talents autres. Racontez-nous…

Je suis intéressée par tout ce qui touche au domaine artistique et j’aime ces différents niveaux de lecture et de regard que l’on peut porter sur les œuvres. Je fais, pour mon seul plaisir, de la photo, du dessin, de la peinture et j’ai pris quelques cours de sculpture.

J’aime aussi écouter la musique. Qui ? Cela dépend des moments : l’interprétation par Aretha Franklin de Nessum Dorma de Puccini, Maurice Ravel, Michel Polnareff, Sting.

 La peinture, je pense à Salvador Dalí qui me fait sourire, à Claude Monet. Les musées, le Musée Rodin à Paris qui a été rénové, est très beau.

J’ai beaucoup voyagé. Toutes les destinations m’ont marquée. Taïwan où j’ai appris le tai chi chuan. Les espaces sauvages où j’ai fait de belles randonnées comme aux Etats-Unis et au cercle polaire.
L’Afrique, l’Inde…

Dernier point très important : ma famille. On se rassemble pour partager des moments agréables. Nous avons tous une grande tolérance qui nous permet de vivre nos passions et nos loisirs ensemble et individuellement. Et puis cet art de vivre occitan…

Avant de vous quitter, je souhaite transmettre cette citation « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » Mark Twain

Miss Konfidentielle vous remercie. Vous êtes un exemple pour les femmes qui souhaitent vivre librement. En France, nous avons la possibilité de choisir notre voie professionnelle. Cette liberté est très précieuse, il nous faut la conserver et l’utiliser en bonne intelligence, en toute cohérence. La voie militaire en est une.
Une autre citation inspirante « Etre libre, c’est aussi ne pas agir en fonction du regard d’autrui. » Frédéric Lenoir


Note importante :
Il est obligatoire d’obtenir l’autorisation écrite par Valérie Desforges, auteur de l’interview, avant de reproduire tout ou partie de son contenu ainsi que les photos, sur un autre media.
Copyright obligatoire de la photo : © Yacine S./BCOM SGGN

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