Le 16 février 2026 – Un entretien fort instructif et sympathique avec Jean-Michel GENTIL, Chef de l’Inspection générale de la Gendarmerie nationale. Nous sommes à l’IGGN, l’accueil des équipes est toujours aussi agréable (que je remercie) et j’ai le souvenir inoubliable de l’interview du général de corps d’armée (GCA) Alain PIDOUX publié le 16 mars 2022.
Place à Jean-Michel GENTIL, Premier magistrat Chef de l’IGGN.
Bonjour Jean-Michel,
Que signifie être chef de l’IGGN ?
C’est une fonction particulièrement exigeante en raison des missions, du positionnement de l’IGGN au sein de la Gendarmerie nationale.
L’IGGN est de fait le « gendarme de la gendarmerie » et à ce titre elle exerce une double mission.
En sa qualité d’organe de contrôle interne de deuxième niveau [1], l’IGGN s’attache autant à s’assurer de la maîtrise des risques, que du respect des règles déontologiques.
L’IGGN est au service de la Gendarmerie nationale dans sa démarche d’adaptation, d’amélioration du service rendu à nos concitoyens.
Le principe constitutionnel de redevabilité de l’agent public implique une exemplarité qui légitime notre action et la confiance de la population; par conséquent il justifie que l’IGGN prévienne et identifie les comportements contraires à la déontologie.
Dès lors pour l’ensemble des personnels de la Gendarmerie, quel que soit leur statut, militaires, civils, réservistes, elle s’attache à améliorer les garanties d’exercice d’un métier hors du commun et parfois périlleux, tout en identifiant les comportements contraires à la déontologie.
L’IGGN est un service d’investigation.
Elle est appelée à conduire des enquêtes administratives et à recommander de possibles réponses aux manquements qu’elle constate, incluant le recours aux sanctions disciplinaires par les formations administratives.
Elle est aussi appelée à conduire des enquêtes judiciaires dont il convient parfois de rappeler qu’elles sont sous la seule direction et le contrôle des magistrats.
L’IGGN est en prise directe et constante avec les réalités et les menaces du terrain.
L’IGGN écoute, oriente, audite, enquête, recommande et prescrit avec humilité et absence de jugement, avec impartialité et objectivité, mais surtout avec rigueur et discernement.
[1] Le premier niveau relevant des échelons de commandement
Pourquoi le choix d’un magistrat à la tête de l’IGGN ?
En 2021, dans le cadre du « Beauvau de la sécurité », un débat public a réémergé sur la nécessité d’«ouvrir» les institutions de contrôle interne des forces de sécurité, afin de mieux répondre aux attentes de transparence et de «redevabilité» exprimées dans le cadre du débat public sur la sécurité.
C’est ainsi qu’en 2022, la Gendarmerie a intégré un magistrat de l’ordre judiciaire en tant qu’adjoint au chef de l’IGGN, puis en juillet 2023, un décret a modifié le Code de la Défense (article D. 3122-12), supprimant l’obligation que le chef de l’IGGN soit un officier général de gendarmerie.
L’objectif principal de cette réforme était de répondre aux attentes de l’opinion publique et des associations réclamant davantage d’impartialité et d’indépendance des services d’inspection et pour l’IGGN en plaçant à sa tête une personnalité extérieure à la hiérarchie militaire.
La nomination d’un magistrat, dont l’autorité est judiciaire et extérieure, a manifestement été perçue comme pouvant répondre à ces attentes.
Et pourquoi avoir accepté le poste ?
Je n’ai pas accepté le poste, j’ai postulé sur le poste après un appel à candidature et une procédure classique pour le détachement d’un magistrat.
Certes je suis le premier à exercer cette fonction, mais il y a d’autres magistrats en détachement dans différentes institutions et notamment au sein des FSI.
Par ailleurs par mon parcours professionnel, pendant plus de 37 ans, de juge d’instruction généraliste, puis spécialisé à la tête de services de lutte contre la criminalité organisée, j’ai confié, dirigé de très nombreuses enquêtes pénales aux unités de la gendarmerie nationale, alors j’avais quand même une bonne connaissance de cette très belle institution, et c’est avec une réelle fierté que j’exerce mes fonctions aujourd’hui.
Très sincèrement il y a eu une époque où je n’aurais pas imaginé une aussi belle et enthousiasmante fin de carrière.
Quel bilan dressez-vous depuis votre prise de fonction ?
Sincèrement un bilan très positif, des exemples :
- Nous avons poursuivi et finalisé le Plan de transformation 20-24 de l’IGGN tel qu’il avait été conçu par mon prédécesseur le GCA Alain PIDOUX et nous l’avons adapté pour répondre au mieux à la hausse de nos missions, de nos enquêtes.
- A l’analyse de nos enquêtes, audits études et autres, je peux affirmer aujourd’hui que la Gendarmerie nationale (plus de 145 000 personnes) est une institution saine. Le rapport d’activité de l’IGGN le démontre chaque année.
- L’IGGN a par ailleurs, développé une véritable culture de l’évaluation de la maîtrise des risques institutionnels.
Elle s’assure de l’existence, de la régularité et de la fiabilité des dispositifs de contrôle interne mis en place par les chaînes hiérarchiques et du respect des réglementations, dans de nombreux domaines fonctionnels : prévention des risques professionnels, sécurité des systèmes d’information, sécurité aéronautique…
Pour autant, il convient de rester vigilant.
La gendarmerie, comme l’ensemble des administrations de l’État sont ciblées par la criminalité organisée qui dispose de moyens considérables.
La corruption, qu’elle soit spectaculaire ou diffuse, représente toujours une rupture du contrat moral qui fonde le service public. Pour la Gendarmerie nationale, dont la mission est d’incarner l’autorité légitime de l’État, elle constitue un risque existentiel.
La feuille de route donnée aux équipes est claire : prévenir, détecter, réprimer, remédier.
À travers ces quatre verbes, l’IGGN trace le cadre de son plan d’action anticorruption à venir pour une probité active, collective et résiliente – condition essentielle de la permanence de l’État de droit et de la crédibilité de celles et ceux qui en sont les gardiens.
Pour cela, l’IGGN s’est doté d’un nouvel outil, CITAR « Contrôle interne des traces des applications et du réseau » dont l’objectif est d’identifier précocement tout mésusage des fichiers de police, et ainsi prévenir l’enclenchement de l’engrenage corruptif, pour in fine protéger les gendarmes. Nous allons poursuivre le développement de cet outil.
La Gendarmerie, en tant que force armée de couverture des territoires assumant des missions de sécurité intérieure, est, en tant que telle, particulièrement exposée dans les situations de plus en plus fréquentes de confrontation à une violence de plus en plus forte, débridée, que ce soit au quotidien ou dans les opérations de maintien de l’ordre.
Le nombre de gendarmes blessés gravement notamment par arme est en hausse constante depuis quelques années et il atteint un record (5155). Face à cette adversité la réponse déontologique reste une priorité qui vient protéger les militaires et le rôle de l’IGGN est essentiel pour y parvenir.
Nous devons rester attentif et réactif au moindre signal faible.
Avez-vous des perspectives 2026 à nous partager ?
L’IGGN poursuit son adaptation aux enjeux d’aujourd’hui et de demain.
Nous sommes de plus en plus saisis, ce qui est le signe d’une plus grande visibilité, d’une plus grande reconnaissance, nous allons donc réfléchir à de nouveaux process.
Des projets informatiques sont en cours à la fois pour faire évoluer les outils (CITAR augmenté par d’autres fichiers ou algorithmes) et pour disposer d’une remontée d’information plus rapide et efficiente (OPS MD).
Un renforcement de nos effectifs souhaité par le directeur général de la Gendarmerie nationale a été réalisé en 2025 (groupe anti corruption- nouveau détachement) et pourra être poursuivi pour répondre à la hausses de nos sollicitations.
Le constat que vos responsabilités sont fortes.
Comment vous changez-vous les idées ? Racontez-nous…
A vrai dire c’est assez difficile, mais c’est inhérent à la fonction. Maintenant c’était déjà le cas dans mes fonctions précédentes.
J’en suis plutôt au stade des projets qui j’espère ne sauraient tarder à se réaliser ; ils sont assez variés puisque cela va des voyages ce qui est assez classique, à l’encadrement de jeunes dans une association sportive de football, à des idées plus originales et moins consensuelles en famille comme l’achat d’un tracteur pour mes activités en plein air.
Une photo souvenir prise en fin d’interview qui marque le moment.
Et l’envie de revenir aux beaux jours pour réaliser d’autres sujets passionnants !

Interview de Jean-Michel GENTIL, Chef de l’IGGN par Miss Konfidentielle, journaliste, à l’Inspection générale de la Gendarmerie nationale © SIRPA – Gendarmerie nationale
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