Le 20 février 2026 – Je suis avec Patrick HAMON, Inspecteur général honoraire de la Police nationale, audits-conseils et écrivain. Aujourd’hui nous nous rencontrons à l’occasion de son premier livre publié : Intime décision aux Éditions Atlande et que j’ai eu le plaisir de lire. Un remerciement d’avoir pris le soin de me transmettre un exemplaire. L’entretien se présente sous forme de discussion spontanée. Un moment très sympathique, empreint d’humour et de bienveillance avec le « papa du SICoP » !
Le service d’information et de communication de la police nationale (SICoP) contribue, en liaison avec le service de communication du ministère de l’Intérieur, à la mise en œuvre de la politique générale de communication de la Police nationale. Partie intégrante du cabinet du directeur général de la police nationale (DGPN), il est à la fois en charge de la communication interne et externe mais aussi de la présence de la police nationale lors de grands événement, les salons liés à la sécurité et d’autres actions de communication (Source : Police nationale).
Bonjour Patrick,
Je suis ravie de vous retrouver autour d’un café. J’ai lu l’ouvrage Intime décision que j’ai beaucoup apprécié. Comment êtes-vous venu à l’écriture ?
Ma passion, depuis que je suis tout gosse, était de travailler à la Police Judiciaire (PJ) de Paris. Je voulais être inspecteur de police, qu’on appelle aujourd’hui officier de police. J’ai été grandement satisfait puisque j’y ai exercé pendant plusieurs années.
Aviez-vous des policiers dans la famille ?
Pas tout à fait… enfin presque (sourire).
Mon père était gendarme et il insistait beaucoup pour que je sois gendarme. C’est peut-être d’ailleurs parce qu’il a beaucoup insisté que je suis devenu policier !
Vous avez fait preuve d’esprit de contradiction (sourire)
L’esprit de contradiction, c’est exactement cela.
Mais j’ai un grand respect pour les gendarmes.
Ils vont apprécier à vous lire.
Ensuite, je suis devenu commissaire de police et j’ai exercé dans d’autres domaines comme le renseignement, la police aux frontières (PAF), la formation…
Et j’ai créé le Service d’information et de communication de la police (SICoP) rattaché au cabinet du directeur général de la Police nationale.
Alors, comment êtes-vous venu à l’écriture ?
Je me suis aperçu que, quand je racontais les anecdotes de ma vie de police judiciaire, les gens écoutaient avec beaucoup d’intérêt.
Ils étaient curieux de savoir comment se passaient les choses : les petites histoires, les enquêtes résolues ou pas. Les gens étaient passionnés par ces narrations.
Je me suis donc dit : « Pourquoi ne pas les écrire ? »
J’ai commencé à écrire, puis je me suis retrouvé en poste à Paris, où je n’avais plus le temps. Donc, j’ai abandonné un peu la plume. Je me suis retrouvé chargé de la communication du directeur général de la Police. Dans ce cadre, je recevais des scénarios de films, de séries, et j’ai reçu le scénario du film Go Fast.
On a travaillé sur le film Go Fast avec le réalisateur et j’ai découvert une autre écriture, celle du scénario. Je me suis aperçu que mon style n’était pas du tout adapté à une époque moderne.
J‘ai complètement réécrit tout ce que j’avais produit. Le fond était bon, intéressant, et je l’ai dynamisé et adapté à l’écriture d’aujourd’hui, qui est une écriture très proche de ce que l’on trouve dans les films et peut-être plus encore dans les séries.
Auparavant, on écrivait en racontant la ville, puis l’immeuble, puis les habitants, et on arrivait petit à petit au personnage principal. Aujourd’hui, on n’écrit plus comme cela. On commence par le meurtre, et on découvre ce qui se passe ensuite. C’est une approche complètement différente, beaucoup plus directe et sans doute plus rapide, ici on est directement dans l’action. C’est plus vif.
J’ai réécrit tout ce que j’avais produit, puis j’en ai écrit d’autres. Mes romans ne sont pas des romans classiques. Dans le roman policier classique, il y a un meurtre, on ne sait pas qui est l’auteur, donc il y a une enquête.
Dans Intime décision, le roman va encore plus loin, c’est-à-dire que je me pose une autre question. On a affaire à des crimes durs. Des actes de barbarie pour certains. Et pour diverses raisons, tous les auteurs ne sont pas punis comme ils devraient l’être.
On a une capitaine de police qui est très embarrassée par cela parce qu’elle a un sens du devoir extrêmement poussé. Son devoir premier est d’assurer la sécurité des citoyens. Or, si des auteurs de crimes barbares ne sont pas punis, c’est-à-dire que s’ils ne sont pas mis à l’écart d’une façon ou d’une autre, ils vont récidiver. Elle se demande si, pour éviter la récidive, elle ne devrait pas elle-même passer à l’action, en étant en infraction totale avec la loi. Elle est donc confrontée à ce dilemme. Après, il faut lire le roman pour savoir comment le personnage évolue.
J’ai beaucoup apprécié le personnage de Laure, capitaine de police. Je peux dire aussi que le roman embarque dès les premières pages. Déjà, c’est très important. Vous évoquez des meurtres effroyables, des actes de barbarie, je confirme, pour autant cela reste pudique.
Dans la description je me suis toujours arrêté pour ne pas approcher le « gore ».
On ne voit pas le sang, on constate des traces de sang. C’est l’idée.
Je trouve aussi dans le livre Intime décision une forme de pédagogie sur le métier de policière et de policier, avec les personnages de Besnard et de Lucas. Le métier, et le côté humain qui peut être en inadéquation avec la déontologie de la police.
La question : “Et si je rendais la justice moi-même pour qu’il n’y ait pas de récidive ?” se pose dans le roman.
Combien de personnes se sont déjà dit : « Si quelqu’un tuait ou violait un de mes enfants, je ferais justice moi-même ». Dans la réalité, on voit bien que c’est rarement le cas. C’est peut-être le cas parfois, mais on ne le sait pas, parce que les gens sont habiles. Mais il est rare que l’on ait affaire à des gens qui se fassent interpeller parce qu’ils sont passés à l’acte.
Le policier, lui, a tendance à intégrer le fait que tous les citoyens, je ne dirais pas qu’ils sont ses enfants, mais qu’ils sont sous sa responsabilité. Il porte une responsabilité certainement plus grande que le citoyen ordinaire. Et il se pose la question, pas seulement pour ses propres enfants, mais pour tous les citoyens qui sont injustement agressés : “Comment faire pour éviter que cela recommence ?” Cette question est forte dans le roman puisque des victimes sont parfois des fillettes. On a donc tendance à avoir le cœur un peu plus brisé.
La Journée internationale des droits des femmes, approche. Le 8 mars est une journée d’action et de mobilisation et l’occasion de réaffirmer l’engagement de l’État à faire progresser l’égalité et les droits des femmes, pour toutes, partout et tout le temps. Laure, policière est le témoin de violences de toutes sortes. Quel message pourrait-elle nous transmettre ?
Quand on est un homme, il est un peu présomptueux de prétendre écrire ce que pense et ressent une femme.
On peut se mettre à la place de beaucoup de personnages masculins; se mettre à la place des personnages féminins est un peu plus complexe.
Pour ne pas commettre d’erreur, d’impair, j’ai questionné des femmes sur des détails, mais aussi sur le comportement qu’elles adopteraient face à des situations. Et cela m’a souvent éclairé et évité d’écrire de fausses idées, de faux caractères.
La psychologie de l’autre est parfois et même souvent un mystère. Regardez le traitement des violences sexuelles. La loi fait obligation au policier, homme ou femme, d’enquêter à charge et à décharge. Aussi est-il confronté à deux missions concomitantes et quelque peu contradictoires : d’une part, recueillir le témoignage de la victime et les différentes preuves ; d’autre part s’assurer qu’il ne s’agit pas d’une affabulation ou d’une dénonciation calomnieuse. Pour cette tâche délicate, la Police nationale dispense des formations spéciales pour éviter les impairs, en particulier lors de l’audition des plaignantes. C’est toujours un sujet sensible. Il en est de même des violences intrafamiliales, dans le cadre desquelles l’audition de mineurs, à la psychologie souvent fragile, nécessite aussi des formations spécifiques des policiers.
Plus généralement, quels messages pourriez-vous faire passer aux lecteurs, aux jeunes en particulier qui s’intéressent au métier de policier ?
On a la chance, dans la Police nationale, de pouvoir faire beaucoup de métiers différents, et cela, je l’ai beaucoup apprécié.
À chaque fois que je changeais de poste, j’intégrais un nouveau métier.
Ce qui m’a permis d’apprendre énormément de choses et de rencontrer des gens formidables.
Je me suis dit : « Allons voir ce qu’est le renseignement. »
J’ai travaillé aux Renseignements Généraux (RG) en province et j’ai compris qu’il y avait les RG ouverts, classiques, que l’on appelle le Renseignement Territorial (RT) maintenant.
Quelques années plus tard, j’ai intégré une section antiterroriste, et c’était aussi très passionnant de faire ce travail.
Ensuite j’ai eu envie de retourner à Paris, plus précisément en direction centrale, pour voir la “cabine de pilotage”. C’est bien d’être dans le bateau, mais à un moment, c’est intéressant aussi de monter dans la cabine de pilotage. Et là on m’a confié la réorganisation de la formation des RG. J’avais une équipe formidable et on a fait un travail assez dense.
Puis j’ai été appelé au cabinet du directeur général de la Police nationale (DGPN), pour tout d’abord être l’adjoint du directeur du cabinet.
Au bout d’un an, le DGPN m’a demandé si cela m’intéressait de prendre en charge la communication. Le titulaire du poste s’en allait, le challenge m’a beaucoup plu.
Une expérience professionnelle très différente, parce que vous passez de l’ombre à une certaine lumière. Racontez-nous…
Le chef de la communication n’est pas forcément dans la lumière, mais il travaille sur la lumière.
J’ai accepté le challenge à une condition, c’est que je puisse disposer d’un peu plus de moyens que ce qu’avait mon prédécesseur.
Mon prédécesseur avait un officier de presse avec lui. Autant vous dire qu’il faisait ce qu’il pouvait, mais c’était assez limité.
Le directeur général a accepté, et j’ai obtenu quatre officiers de presse, ce qui était déjà un début. Et là, on a vécu beaucoup d’événements extraordinaires !
Ce qui est “bien” quand on est à la communication de la Police, c’est qu’il y a pratiquement une crise chaque jour. On est pratiquement en crise tout le temps ! Donc, c’est formidable, mais de temps en temps il y a de grosses crises, et même parfois de très grosses crises, comme la crise urbaine de 2005 qui a duré trois semaines.
Cela a été une expérience très éprouvante sur le plan physique. C’est certainement un des moments les plus passionnants de ma carrière.
Au sortir, j’ai eu l’idée de proposer la création d’un service de communication pour mieux faire face à la demande des journalistes, comme le faisait la Gendarmerie nationale avec le SIRPA, et c’est ainsi que j’ai lancé l’idée du SICoP qui a tout de suite été acceptée. La création elle-même a ouvert les vannes et nous avons rapidement augmenté les effectifs.
On a fait des opérations assez formidables.
J’ai travaillé pendant plus de cinq ans à la communication, et puis j’ai aspiré non pas au repos, mais à autre chose. Ma famille aspirait aussi à autre chose puisque le téléphone sonnait tout le temps. Il n’y avait pas d’horaires. C’était jour et nuit. Quand un journaliste de Los Angeles vous appelle à trois heures du matin, il faut le prendre, tout comme le week-end et pendant les vacances.
En même temps, c’était passionnant !
Bien sûr.
On n’arrive pas à décrocher. C’est une forme d’adrénaline.
Et finalement, j’ai demandé un poste à la police aux frontières, la PAF, que je ne connaissais pas bien.
À chaque fois, je vais vers des choses nouvelles.
À la police aux frontières, j’étais sous-directeur administratif c’est-à-dire que je gérais les Ressources Humaines (RH), le budget, la logistique et la formation. C’était l’époque de la RGPP (* Révision Générale des Politiques Publiques) avec beaucoup de réformes à appliquer.
La période suivante, je me suis retrouvé sous-directeur opérationnel de la Police aux frontières. C’était l’époque de la crise migratoire de 2015 : on avait un flux de migrants dont le nombre dépassait tout ce que l’on avait connu. Il a fallu faire face à cette crise. Là aussi, c’était passionnant.
Connaissez-vous Fernand Gontier qui a fait sa carrière à la PAF ?
Oui, bien sûr ! J’ai d’ailleurs lu le livre La Face cachée de l’immigration (Ed. Baudelaire) que vous avez tous deux coécrit. Un sujet que je connais bien.
Ensuite, le directeur général de la Police nationale m’a proposé d’être « Monsieur Retraite ».
C’était la réforme souhaitée par le président de la République, la réforme systémique. Le DGPN m’a proposé ce dossier parce qu’il savait que je connaissais bien les syndicats et que j’avais de bonnes relations avec eux.
Comment avez-vous vécu l’expérience ?
C’était un moment difficile et passionnant aussi puisque vous devez aller à Matignon, au Sénat, à l’Assemblée nationale pour défendre votre projet.
La réforme a avorté en raison de la crise Covid. De fait, le directeur général m’a demandé de me mettre sur le dossier du déconfinement. J’ai travaillé donc sur ce sujet-là, et ensuite il m’a demandé de faire le retex de la gestion de la crise Covid par la Police nationale.
Comme j’avais acquis des connaissances de l’Institution, le DGPN qui a suivi, m’a nommé directeur adjoint de ce qui est devenu l’Académie de police pour travailler sur la formation de la police actuelle.
Au sortir de l’Académie, le même directeur général m’a proposé de travailler sur la préparation et la gestion des Jeux olympiques 2024. Pas sur l’ensemble, bien sûr, mais sur les relations syndicales et l’accueil des renforts qui venaient à Paris.
Votre parcours est passionnant et hétéroclite.
Le fil conducteur, c’est la Police nationale avec des métiers complémentaires.
Chaque expérience vous nourrit pour l’expérience suivante. En cela, j’encourage les femmes et les hommes à nous rejoindre.
En guise de conclusion, je vous remercie pour ce moment “vrai” et invite la communauté de Miss Konfidentielle à lire le roman policier Intime decision, édité chez Atlande.
Un remerciement au Peninsula Paris pour l’accueil toujours de qualité.

Patrick HAMON, policier, auteur du livre Intime décision (Ed. Atlande) et Miss Konfidentielle au Peninsula Paris © Miss Konfidentielle
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Interview qui démontre bien ce que Patrick Hamon énonce: la Police nationale permet de faire des métiers différents en ayant toujours comme boussole l’intérêt public.
Ainsi les enjeux peuvent être très divers, entre les renforts JOP 2024 ou le dossier des retraites ou encore le sujet de l’immigration.
Plein soutien dans vos entreprises.