Le constat – Nous vivons une période historique et en cela il est fondamental de l’inscrire. Une partie de l’Europe a fait face en juin 2026 à une vague de chaleur très importante avec des températures approchant ou atteignant les 40 °C dans plusieurs pays. Sous l’effet du réchauffement de la planète, ces vagues deviennent plus fréquentes, plus précoces ou plus intenses. Avec une particularité : l’Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite.
Ces vagues de chaleur s’inscrivent dans une tendance bien documentée : l’Europe se réchauffe, et elle le fait plus vite que la moyenne mondiale.
Selon le service Copernicus sur le changement climatique, mis en œuvre par le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme, et l’Organisation météorologique mondiale, les températures européennes augmentent d’environ 0,56 °C par décennie depuis le milieu des années 1990. C’est plus du double de la moyenne mondiale, estimée à 0,27 °C par décennie sur la même période.
Ce constat ne signifie pas que toute l’Europe se réchauffe de manière uniforme. Les tendances varient selon les régions, les saisons et les milieux. Il ne remplace pas non plus l’explication générale du réchauffement climatique : l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, principalement liée aux activités humaines. Mais plusieurs facteurs propres au continent contribuent à amplifier cette hausse des températures. Toute l’Europe fait le point avec plusieurs spécialistes du climat.
Des terres qui se réchauffent plus vite que les océans
« Plusieurs raisons expliquent ce réchauffement inégal« , explique Thierry Caquet, vice-président en charge de la politique internationale à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), ancien Directeur Scientifique Environnement de l’Institut, à Toute l’Europe. « Le point de départ est que les terres émergées se réchauffent plus vite que l’océan« , note-t-il.
Ce phénomène est bien connu des climatologues. Les océans absorbent une grande partie du surplus de chaleur et la redistribue plus lentement, notamment par les mouvements de l’eau et l’évaporation. « L’océan emmagasine le surplus de chaleur sur toute son épaisseur, alors que les continents ne peuvent pas le faire« , détaille Françoise Vimeux, climatologue et directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement, interrogée par Toute l’Europe.
Ce facteur explique une partie de l’écart entre les températures terrestres et océaniques. Mais il ne suffit pas, à lui seul, à comprendre pourquoi l’Europe se réchauffe plus vite que les autres continents. « L’explication est multifactorielle », souligne Françoise Vimeux.
Le recul de la neige et de la glace amplifie le réchauffement
L’un de ces facteurs tient à la diminution de l’albédo. L’albédo désigne la capacité d’une surface à réfléchir le rayonnement solaire. Une surface claire, comme la neige ou la glace, renvoie davantage d’énergie vers l’atmosphère. Une surface sombre, comme un sol nu, une forêt ou une mer dégagée, en absorbe davantage.
Or l’Europe a perdu une partie de sa couverture neigeuse ces dernières décennies. « La tendance à long terme montre une diminution de la couverture neigeuse en Europe au cours des deux dernières décennies« , souligne le rapport européen de Copernicus. Ce phénomène touche notamment les régions froides ou montagneuses. « Nos glaciers de montagne et la calotte du Groenland rétrécissent, la neige hivernale recouvre des superficies plus faibles et tient moins longtemps », détaille Françoise Vimeux.
Ce recul de la neige et de la glace réduit la capacité des surfaces à réfléchir le rayonnement solaire. « Sans cette couverture, la terre émergée emmagasine plus de chaleur« , complète Thierry Caquet. Le phénomène est particulièrement visible dans les Alpes et dans l’Arctique européen, où le réchauffement est plus rapide que dans de nombreuses autres régions du monde.
Une position géographique exposée aux effets de l’Arctique
La position de l’Europe sur le globe joue également un rôle. Le continent est proche de l’Arctique, région qui se réchauffe encore plus vite que l’Europe dans son ensemble. Selon Copernicus, les températures y augmentent d’environ 0,75 °C par décennie.
Cette proximité ne suffit pas à expliquer tout le réchauffement européen, mais elle contribue à certains effets régionaux. Le recul de la neige, des glaciers et des glaces arctiques modifie les équilibres locaux et régionaux. « Pendant longtemps nous avons bénéficié d’un positionnement géographique très favorable, mais l’un des principaux régulateurs du climat de notre continent, la banquise et la calotte glaciaire Arctique, fondent et cela modifie tout« , résume Thierry Caquet.
La sécheresse des sols joue aussi un rôle. Lorsqu’un sol est humide, une partie de l’énergie solaire sert à évaporer l’eau. Lorsqu’il est sec, cette énergie contribue davantage à chauffer l’air. « C’est un cercle vicieux, la sécheresse est renforcée par le réchauffement, lui-même accentué par la sécheresse« , développe Thierry Caquet.
Des circulations atmosphériques qui favorisent certains épisodes de chaleur
Les vagues de chaleur européennes dépendent aussi de la circulation atmosphérique. Copernicus souligne que des changements dans cette circulation ont favorisé des épisodes de chaleur plus fréquents ou plus intenses.
« Des études récentes suggèrent que la circulation des masses d’air au-dessus de l’Atlantique se modifie périodiquement« , ajoute Thierry Caquet. Lors de certains épisodes, un affaiblissement des flux venus de l’océan ou une situation anticyclonique durable peut favoriser la remontée d’air chaud depuis l’Afrique du Nord vers l’Europe. Cet air peut alors rester plusieurs jours au-dessus d’une région et contribuer à une vague de chaleur.
Cette explication concerne surtout les épisodes météorologiques extrêmes. Elle complète les tendances de long terme, sans les remplacer : le réchauffement global augmente le niveau de départ des températures, ce qui rend les vagues de chaleur plus probables et plus sévères.
La baisse de certaines pollutions a aussi un effet sur les températures
Autre facteur, plus contre-intuitif : la diminution de certaines pollutions atmosphériques contribue aussi à la hausse des températures observée en Europe. Les aérosols, notamment certaines particules issues des activités industrielles et des transports, peuvent avoir un effet refroidissant en réfléchissant une partie du rayonnement solaire.
« Les microparticules ont un effet parasol« , explique Françoise Vimeux. En Europe, les politiques de qualité de l’air mises en place depuis plusieurs décennies ont permis de réduire ces pollutions. Cette baisse est essentielle d’un point de vue sanitaire, car ces particules sont nocives pour la santé humaine et les écosystèmes. Mais elle a aussi réduit un effet refroidissant qui masquait en partie la hausse des températures. « La couverture nuageuse est également réduite avec la baisse de la pollution« , complète l’étude de Copernicus.
Des impacts déjà visibles, sur terre comme en mer
Les conséquences du réchauffement s’observent déjà sur l’ensemble du continent. En 2025, au moins 95 % de l’Europe a connu des températures annuelles supérieures à la moyenne, selon l’Organisation météorologique mondiale. Les glaciers européens ont continué de perdre de la masse, la couverture neigeuse a reculé et plusieurs régions ont connu des vagues de chaleur marquées, de la Méditerranée à l’Arctique.
Les effets ne concernent pas seulement les terres. Les mers européennes se réchauffent aussi, avec des températures de surface très élevées et des vagues de chaleur marines de plus en plus surveillées, notamment en Méditerranée. Ces évolutions pèsent sur les écosystèmes, la biodiversité, la pêche, l’agriculture, les ressources en eau et la santé publique.
« L’Europe n’était pas une région qui se sentait particulièrement concernée par le changement climatique« , estime Françoise Vimeux. « Aujourd’hui, plus aucune région européenne n’est épargnée par les impacts du réchauffement« , ajoute la climatologue, qui y voit un facteur de prise de conscience des responsables politiques et des populations.
L’Union européenne a fixé des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour tenter de respecter la trajectoire de l’accord de Paris. Mais la hausse déjà observée des températures montre aussi l’importance des politiques d’adaptation : protection des populations face aux vagues de chaleur, transformation des villes, gestion de l’eau, prévention des incendies, adaptation des logements et des infrastructures. Le réchauffement de l’Europe est déjà en cours ; ses effets dépendent désormais à la fois de la réduction des émissions et de la capacité des sociétés à s’y préparer.
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