Le 11 juillet 2026 – Aujourd’hui, j’ai l’honneur de rencontrer le contrôleur général Sylvain LLEDO, commandant de la réserve de la Police nationale, qui a succédé au commissaire Stéphane FOLCHER avec lequel je m’étais entretenue en 2022.
Bonjour Sylvain, nous sommes à Beauvau. Je vous remercie de me recevoir.
Quelle était votre feuille de route à votre prise de commandement de la réserve de la Police nationale en 2024 ?
La feuille de route était assez simple puisque la réserve de la Police nationale est une réserve jeune.
Mon prédécesseur, Stéphane FOLCHER, avait initié le dispositif avec un objectif de 30 000 réservistes en 2030 (LOPMI), et à l’issue d’un parcours administratif classique, pour lui un départ à la retraite, je lui ai succédé avec l’objectif d’une montée en puissance du dispositif.
Une montée en puissance, cela signifie quoi ?
Un dispositif plus large, puisque le contexte international, la position des forces de sécurité, le ressenti de la société et les choix du président de la République ont fait qu’il était utile de monter en puissance sur l’ensemble des réserves du ministère des Armées, de la Gendarmerie nationale et donc également de la Police nationale.
La feuille de route était, conformément aux instructions du président de la République et sous l’impulsion du nouveau directeur général de la Police nationale, Monsieur Louis LAUGIER, de monter en puissance avec un nouvel objectif encore plus ambitieux : 40 000 réservistes en 2030.
La réserve de la Police nationale est présente en hexagone et en Outre-mer. Est-elle présente aussi en Europe, à l’international ?
Nous pourrions dire oui, mais de façon très anecdotique. Certaines missions peuvent s’exercer à l’international dans le cadre de la Direction de la coopération internationale de sécurité, la DCIS, uniquement pour des réservistes retraités, mais le principe même est que la mission du réserviste de la Police nationale, s’exerce sur le territoire national.
Pour aller plus loin : quelles actions ont été menées et sont en cours à ce jour à la réserve ?
C’est une réserve naissante. L’idée est de structurer ce qui a déjà été fait et de consolider la base de la réserve Police nationale tout en lui donnant les outils nécessaires pour suivre le rythme, soit à peu près 5 200 recrutements par an pour atteindre l’objectif de 40 000 réservistes en 2030. Aujourd’hui la Police nationale compte dans ses rangs 13 200 réservistes opérationnels et 37 réservistes citoyens. Il s’agit principalement de personnes issues de la société civile ayant, pourrait-on dire, une double vie professionnelle, ainsi que des étudiants qui donnent de leurs temps. Certains étudiants s’assurent de faire le bon choix de carrière avant de passer les concours de la Police nationale en ayant découvert de l’intérieur les missions de notre institution.
Le recrutement comme la fidélisation de nos réservistes sont des éléments essentiels au bon fonctionnement de notre réserve. Nos réservistes s’engagent et c’est à nous de faire en sorte de dynamiser leurs actions et de maintenir leur engagement.
Nous vivons dans un paysage dans lequel les réserves du ministère des Armées et de la Gendarmerie nationale sont déjà implantés de longue date. Nous arrivons donc un maillage territorial qui est déjà bien utilisé par les autres réserves. L’idée pour nous est de trouver une place complémentaire tout en répondant aux spécificités de la Police nationale. La réserve de la Police nationale est une force de sécurité civile et non une force de sécurité militaire. Elle a compétence sur le territoire.
Pourquoi rejoindre aujourd’hui la réserve de la Police nationale ?
Les réserves militaires comme la réserve de la Gendarmerie nationale sont déjà connues depuis plusieurs années, place donc à la réserve naissante de la Police nationale. L’attrait pour la réserve de la Police nationale se fait aussi par la jeunesse de son dispositif.
Le maillage territorial fait que la Police nationale travaille dans les zones urbaines sur tout le territoire national, grandes villes, que ce soit sur hexagone et en Outre-mer. C’est un attrait non négligeable. La réserve de la Police nationale n’étant pas une force militaire, les réservistes ne partent pas au combat comme ils le feraient dans les forces armées, un autre attrait non négligeable. Et la réserve de la Police nationale est une réserve, je dirais, souple puisqu’elle a été créée pour répondre à un seul objectif : renforcer le lien police-population. Le lien Police-population se traduit par le fait d’intégrer des citoyens dans ce dispositif Police, de leur faire découvrir de l’intérieur ce qu’est la Police et de rapprocher la police de sa population. Ce sont les réservistes eux-mêmes qui choisissent quand ils donnent de leur temps : le week-end, la semaine, les jours fériés, de jour ou de nuit ; mais également où ils décident de donner ce temps : dans un ou plusieurs commissariats proches de leur domicile, mais aussi durant leurs congés sur le lieu de leurs vacances estivales par exemple.
La feuille de route du DGPN est d’envisager tous les leviers permettant de mettre en place cette montée en puissance de la réserve. Il y a certes la bonne volonté, mais la bonne volonté ne suffit pas. Il faut également communiquer : mes propos sont là aujourd’hui pour essayer de vous convaincre. Il y a le levier juridique : faire bouger les lignes juridiques. C’est-à-dire travailler sur les textes existants, les faire évoluer. Il y a aussi le côté logistique, c’est-à-dire un réserviste doit pouvoir se déplacer, doit pouvoir être habillé, doit pouvoir être armé. Il y a la formation. Nous devons penser des missions qui pourraient développer l’attrait du citoyen qui pourrait se demander « Pourquoi vais-je faire de la réserve Police plutôt que de la réserve Gendarmerie ? ». L’innovation est aussi là, de trouver des missions nouvelles pour dire « Engagez-vous ».
C’est la personne issue de la société civile qui a un uniforme de policier, qui est dotée d’une arme, à qui on dispense une formation et qui va patrouiller avec des policiers. Nous avons aussi des civils qui ne souhaitent pas spécialement revêtir un uniforme, ou même porter une arme, mais qui sont désireux de faire quelque chose pour aider l’institution. C’est à nous de leur proposer de travailler sur des spécialités autres. Des travaux sur les femmes dans la police, sur le RSE et le mécénat sont en cours.

Salon AMIF 2026 – Sylvain LLEDO, commandant de la réserve de la Police nationale avec deux réservistes opérationnels en tenue et une réserviste citoyenne de l’OFAC DNPJ © Police nationale

Salon des maires 2025 – Sylvain LLEDO, commandant de la réserve de la Police nationale avec des réservistes opérationnels, citoyens et de la mission sport (plateau Sport mag) © DR

Intervention sur les réserves militaires et civiles au groupe TF1 avec Sylvain LLEDO, commandant de la réserve de la Police nationale © DR
La société est riche de métiers de spécialités. La Police nationale est demandeuse de cette richesse pour avancer. Ce sont des profils recherchés que l’on nomme réserve spécialiste. Donc nous essayons d’avoir cette interaction avec les citoyens pour leur dire « Voilà comment vous pouvez traduire votre engagement citoyen et comment nous, Police nationale, pouvons motiver votre intérêt à vous engager ».
Que dire de plus sur le lien police-population à la réserve de la Police nationale ?
Le lien police-population monte en puissance pour mettre du bleu dans la rue. C’est une force.
La réserve n’est pas un accessoire, et elle n’est pas une option. C’est une obligation pour la Police nationale.
C’est aussi une révolution culturelle de dire que l’on intègre des gens de la société civile dans nos missions régaliennes. Cela n’est pas anodin. Ce fil conducteur, il est là. Les leviers sont multiples et variés et peuvent être parfois un peu disruptifs, innovants mais restent pertinents.
Aurons-nous la joie de voir défiler la réserve de la Police nationale à la cérémonie du 14 juillet 2026 sur les Champs-Élysées ?
De par mes précédentes fonctions, j’ai organisé six fois la logistique associée pour le défilé des policiers. C’est une grosse machine et il est vrai que l’on a toujours ce petit curseur de dire que le défilé du 14 juillet vise sur les Champs-Élysées vise à faire défiler également les composantes de la Police. Et dans les composantes de la Police, il y a la réserve.
Je fais une petite parenthèse, mais elle n’est pas anodine. Lorsque le directeur général de la Police national parle de ses effectifs, il ne donne pas le chiffre des policiers actifs, il donne le chiffre des policiers -dont les réservistes Police nationale. La nuance est importante. Il intègre totalement cette force réserve dans le dispositif policier. Quand des réservistes Police nationale défileront sur les Champs-Élysées ? J’ai envie de répondre, le plus tôt possible, et on y travaille. Cela ne sera pas pour cette année, puisque le dispositif qui a été mis en place verra des réservistes militaires de la Gendarmerie nationale et du ministère des Armées.
Il y a le 14 juillet sur les Champs-Élysées à Paris, mais il y a aussi le 14 juillet sur tout le territoire national dont l’Outre-mer. Et même à l’étranger, puisque les ambassades organisent leur 14 juillet. Nous aurons donc la joie de voir des réservistes Police nationale qui défileront avec toutes les autres composantes des forces de sécurité à différents endroits du territoire.
Quels sont les marqueurs de votre parcours pour mieux vous connaître ? Et pourquoi avoir choisi la police en premier lieu ?
Cette dernière question, cela fait 35 ans que je me la pose. Ce n’est pas un hasard, ni une conviction profonde dès l’âge de mes deux ans.
Cela s’est construit au cours de mes études, le parcours étant tangent entre la magistrature et la Police. Cela a été la Police, sans regrets ni remords, et j’ai trouvé mon bonheur dans cette belle institution qu’est la Police nationale.
Mon parcours ? En 35 ans de carrière, j’ai eu la chance de faire beaucoup de métiers différents.
J’ai débuté mon parcours par un poste en Police judiciaire (PJ) en commissariat de quartier à Paris en sortie d’école. Puis j’ai rejoint l’Office central des stups à Nanterre durant deux années.
Puis j’ai été en Corse où j’ai occupé un poste d’adjoint de la division criminelle au SRPJ d’Ajaccio.
De 2002 à 2018, j’ai intégré le Service de la Protection à Paris, j’étais en charge de la protection des hautes personnalités étrangères.
Ainsi qu’au sein du groupe de sécurité du président de la République. J’ai également eu l’opportunité durant trois ans et demi d’être mentor à l’OTAN pour la mise en place d’un service de protection en Afghanistan.
Fort de ces expériences, je me suis dirigé vers le cabinet du directeur général de la Police nationale où j’ai coordonné durant quatre années les grands événements tels que la Coupe du Monde de Rugby ou encore les Jeux Olympiques et Paralympiques, JOP2024.
Comme tous les autres postes, ce sont des opportunités et des rencontres qui m’ont menées au poste que j’occupe depuis maintenant un an et demi en tant que commandant des réserves de la Police nationale, toujours au sein du cabinet du directeur général à la tête d’une réserve qui a à peine quatre ans d’ancienneté mais qui est très prometteuse. Regardons autour de nous, les dispositifs à quatre ans sont parfois perfectibles. Nous sommes conscients que cela peut être un peu long. L’idée pour nous, en toute humilité, est de donner plus de fluidité dans le dispositif d’engagement.
Un dernier mot adressé directement aux lecteurs ?
Je peux dire aux lecteurs que « La réserve de la Police nationale est une jeune réserve, elle peut procurer toute la richesse que vous voulez. N’hésitez-pas à venir nous voir. Engagez-vous !
Tout est fait pour que vous vous sentiez bien dans votre engagement. Les missions de la réserve opérationnelle sont rémunérées, et non imposables. Vous choisissez les vacations, jour, nuit, week-end, vacances. Il y a vraiment de la souplesse et la richesse de l’engagement de mettre en adéquation notre besoin et le souhait du réserviste.
Nous formons les réservistes pour travailler en sécurité. En termes de communication, nous allons dans les facs, nous sommes présents sur les forums, et également dans les entreprises physiquement et par le biais de webinaires.
Des conventions avec la Garde nationale sont signées régulièrement en partenariat avec de multiples entreprises. L’employeur s’engage à donner du temps aux salariés qui souhaiteraient faire de la réserve. »
Sur un plan plus personnel, quelles sont vos plus grandes passions ?
J’ai fait beaucoup de hand, j’aime ce sport d’équipe et de cohésion, mots que je retrouve dans notre institution.
Aujourd’hui je me suis tourné vers le badminton, le parachutisme et la plongée sous-marine, entre sensations fortes et calmes dans les grandeurs de notre beau pays toujours à découvrir.

Saut en parachute – Photo de Sylvain LLEDO commandant de la réserve de la Police nationale _ sur le media Miss Konfidentielle
Un remerciement Sylvain pour notre entretien constructif et sympathique. Je tiens à remercier votre équipe communication pour son enthousiasme à me recevoir et qui a facilité l’entretien. Je souhaite à la réserve de la Police nationale un excellent 14 juillet 2026 !

Sylvain Lledo, contrôleur général des services actifs de la Police nationale, commandant des réserves de la Police nationale à Beauvau avec Miss Konfidentielle © Miss Konfidentielle
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