Un plein enthousiasme à vous partager une interview de Simon IZAC avec lequel je m’entretiens toujours avec joie et respect pour son engagement fort à protéger notre nation. Simon a participé avec envergure au lancement et déploiement de l’Académie du Frontières, ou Adfrontières. Une manière de soutenir et développer nos rapports amicaux avec des pays du continent africain. Adfrontières s’est construite au Bénin. Je profite de la publication de l’interview pour saluer nos amis africains, béninois, ainsi que les équipes qui travaillent sur l’Académie des Frontières.
Bonjour Simon. Quelle était l’origine du projet de l’Académie des Frontières ?
Tout a commencé en 2020. À l’époque, avec la DGDDI et la DCSD, nous partagions un constat lucide avec nos partenaires africains : « la frontière ne devait plus être une ligne de fracture mais un espace de sécurité partagée ».
L’origine concrète de l’Académie des Frontières réside dans une volonté de « décloisonnement ».
Nous voulions briser les silos pour mettre en musique la Gestion Coordonnée des Frontières.
L’idée était de créer un lieu unique où douaniers, policiers, gendarmes, agents des Eaux et Forêts apprennent non seulement à travailler ensemble, à se connaître mais aussi à concilier l’usage de la force avec le soutien indispensable à l’économie et aux populations locales.
Travailler à une interopérabilité des forces de sécurité et des agences intervenant dans ces zones à fort enjeux pour les États est passionnant.

Pour quelles raisons ce projet vous tient-il à cœur ?
Initier un projet d’une telle envergure permet de s’attaquer directement à la racine des vulnérabilités des « frontières fragiles ».
Ce projet est le reflet d’une conviction profonde que je porte qui est que « la sécurité doit d’abord être collaborative ».
Il est formidable de voir nos administrations et nos partenaires transformer un concept théorique en une structure pérenne, ici au Bénin.
Bâtir ce projet qui intègre une stratégie, et une réponse efficace sur le terrain donne tout son sens à mon engagement.
Comment le projet a-t-il grandi ?
Le projet s’est construit pierre après pierre.
Après avoir défini le concept et les objectifs de cette École nationale à Vocation régionale, nous avons lancé les premières formations tests et travaillé à poser les fondations juridiques de cette école par la rédaction d’un accord intergouvernemental entre les membres fondateurs que sont la France et le Bénin. Il a été signé en début d’année par nos autorités : Madame l’Ambassadrice de France au Bénin, représentant notre ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, et le Ministre d’État, ministre de l’Économie et des Finances, en charge de la Coopération du Bénin.
C’est le socle du projet qui définit ses objectifs et sa gouvernance avec une ouverture forte aux partenariats internationaux.
Simultanément trouver un site qui accueillera l’École, élaborer l’avant-projet architectural et travailler à la conception des modules de formation innovants qui seront les premiers au catalogue de l’École.
Nous avons lancé un enseignement certifiant sur l’analyse des données et la cartographie, et des stages sur la lutte contre la fraude, la fraude documentaire et la criminalité transnationale, la coopération entre les services intervenant aux frontières et nous avons aussi une formation intégrant l’approche communautaire pour les populations se trouvant dans ces zones frontalières par exemple.
Aujourd’hui, nous sommes deux coopérants français (un douanier et un policier) à travailler avec nos partenaire.
L’académie dépasse désormais les frontières du Bénin pour devenir un pôle d’excellence régional pour toute l’Afrique.
Ce rayonnement est la preuve que nous avons vu juste.
Un excellent retour d’expérience. Je vous remercie. Avez-vous un souvenir à nous partager ?
Je me souviens d’une session de formation où deux officiers de corps différents et de deux pays voisins, travaillant d’ordinaire de chaque côté d’un même poste-frontière sans jamais s’être rencontrés se sont retrouvés lors d’un stage en présentiel au Bénin. En quelques minutes, ils échangeaient leurs expériences et leur « tours de main » pour débusquer des caches aménagées.
Ce jour-là, l’esprit régional et interministériel a balayé les barrières administratives.
C’est dans ces instants que l’on réalise l’importance de l’échange et que l’Académie des Frontières est aussi une véritable aventure humaine.

Session de formation de l’Académie des Frontières au Bénin animée par Simon IZAC © DR
Quel parcours de vie vous a mené en Afrique ?
J’avais envie de vivre autre chose, de me confronter à de nouveaux enjeux professionnels pour sortir de ma zone de confort.
J’avais envie aussi d’apporter mes compétences dans un projet international et de faire rayonner la douane française à l’étranger.
Aujourd’hui je peux dire que mes quatre années au sein de la coopération française dans deux pays africains m’ont profondément transformé.
On ne sort pas indemne d’une telle mission. On y gagne une immense humilité face à l’immensité des défis et une admiration sincère pour la résilience des populations et des agents que j’ai côtoyés. On fait des rencontres inoubliables tant au niveau professionnel que personnel.
Je comprends. Que souhaitez-vous partager de votre parcours en douane et à la DCSD ?
Mon parcours est celui d’un agent de terrain, résolument opérationnel. J’ai exercé au sein de
l’administration des douanes dans divers services de surveillance, confronté à tous les types de
fraudes et de frontières.
Parallèlement, mon engagement dans la réserve militaire opérationnelle depuis 1998 m’apporte cette double culture, indispensable pour piloter un projet de coopération internationale aussi complexe.
À la DCSD, j’ai endossé le rôle de « chef d’orchestre ». Mon quotidien consiste à concevoir, financer et accompagner nos partenaires dans une logique de coconstruction. C’est cette « diplomatie de l’action » qui a permis de concrétiser l’Académie des Frontières.
Je remercie ma direction de tutelle et la DCSD qui m’ont fait confiance dans ce projet ambitieux et novateur de l’Académie des Frontières au Bénin.
Vous quittez bientôt la DCSD. Pourquoi ce choix et quelles seront vos nouvelles fonctions ?
Les retours de mission internationale sont toujours empreints d’une certaine complexité, mais je pars avec l’enthousiasme de relever de nouveaux défis opérationnels dans la zone Caraïbes.
Le nouveau cap sera la Martinique !
En tant que chef d’un service douanier, ma mission sera au cœur de la lutte contre la criminalité organisée et les trafics illicites.
J’aurai également pour priorité de combattre la fraude douanière et fiscale sous toutes ses formes :
narcotrafic, flux financiers illicites.
La protection de l’environnement est un volet qui me tient particulièrement à cœur : nous intervenons contre le trafic d’espèces protégées, le pillage des ressources naturelles et les atteintes à la biodiversité exceptionnelle de nos îles. Pour réussir, nous agissons dans un bassin géographique interconnecté où la coopération avec la Guadeloupe, mais aussi avec nos voisins comme la Dominique et les îles anglophones, est primordiale.
Ce poste est au cœur d’un écosystème où la synergie interministérielle s’inscrit dans une action
coordonnée avec de nombreux partenaires : la Marine nationale, la Gendarmerie nationale, la Police nationale , mais aussi les services de la Justice et les Collectivités territoriales.
Partez-vous en famille ?
Oui, c’est un véritable projet de vie !
Je pars aussi avec ma famille et, bien sûr, nos deux chats qui vont devoir s’acclimater à leur nouvel environnement.
Bien que mon emploi du temps s’annonce serré, nous avons hâte d’aller à la rencontre des Martiniquais.
J’ai soif de découvrir la culture antillaise, de m’attaquer aux chemins de randonnée — la Montagne
Pelée est déjà en ligne de mire ! — de savourer la gastronomie locale et de m’immerger dans la splendeur de l’île aux fleurs.
C’est une nouvelle page qui va s’écrire et une nouvelle aventure pour ma famille.
Excellent Simon ! Je vous remercie et vous souhaite une pleine réussite dans votre nouvelle mission en Martinique.
Cette année marquera les dix ans de participation de la douane au défilé du 14 juillet sur les Champs-Élysées. Un honneur et une reconnaissance pour ses agents.
En Martinique, les effectifs douaniers seront également présents aux cérémonies de notre fête nationale à Fort-de-France. De très belles nouvelles ! Mon soutien à tous !




