Le 13 juin 2026 – Miss Konfidentielle a beaucoup apprécié l’intervention du GCA Marc Le Bouil, commandant la Défense aérienne et les opérations aériennes, COMDAOA, lors de la journée du colloque annuel de l’armée de l’Air et de l’Espace sur la thématique : « Gagner le combat aérospatial : héritage, enjeux contemporains et perspectives de la puissance militaire aérospatiale ». Le colloque se tenait le jeudi 28 mai 2026 à l’École militaire, et vous avez pu découvrir le premier article à lire du discours d’ouverture du GBA Patrice Le Saint, directeur du Centre d’Études Stratégiques Aérospatiales, CESA, qui organisait le colloque, et du chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, CEMAAE, le général GAA Jérôme Bellanger.
À la question posée au GCA Marc Le Bouil : Comment gagner le combat aérospatial aujourd’hui ? Vous trouverez des réponses claires, formulées avec pédagogie, qui permettent de mieux comprendre notre défense et notre cadre géopolitique. A l’heure des incertitudes en France, en Europe, à l’international, avoir connaissance de ces informations prises à la source me semble incontournable.
Nos aviateurs et aviatrices font un travail remarquable et qui assoie la crédibilité de notre puissance militaire aérospatiale.
Tout n’est pas parfait, il y a beaucoup de choses à faire. Mais aujourd’hui, nous sommes au rendez-vous de ces missions.
Comment gagner le combat aérospatial aujourd’hui ? Avant le Comment, il y a le Pourquoi, et avant le pourquoi, il y a le Quoi.
Le quoi renvoie à ces notions de combat et d’aéropatial.
Là, en parlant d’aérospatial, on trace une continuité qui ne va pas de soi pourtant. Évidemment, du point de vue physique, on n’a pas réussi à démontrer une discontinuité autour de la ligne de Kármán à 100 kilomètres à peu près entre les lois qui s’appliquent à un objet dans l’air et dans l’espace,
Mais je vais plus loin, il y a un lien très fort entre les opérations aériennes et les opérations spatiales à deux niveaux :
D’abord, aujourd’hui, on a rehaussé mes responsabilités d’un étage puisque je suis également responsable de la très haute altitude.
Ensuite, il n’y a pas d’opérations aériennes aujourd’hui sans segment spatial fort : le positionnement, la connectivité, le renseignement, la capacité à savoir ce qui se passe de l’autre côté de la colline. Il est impératif d’avoir une capacité spatiale forte.
En parallèle, Il ne peut pas y avoir de capacité spatiale forte s’il n’y a pas une protection suffisante du segment sol, puisqu’il faudra capter ces ondes et ces images. Et donc il y a une vulnérabilité des antennes, des réseaux sol qui permettent d’exploiter les informations venues des satellites.
En tant que commandant de la défense aérienne, je suis responsable d’assurer la protection du territoire national, et donc des endroits où se trouvent les capteurs et le segment sol de la composante spatiale. C’est ainsi qu’aujourd’hui, il y a une intrication très forte entre les opérations aériennes et les opérations spatiales. Voilà pour le premier point : pourquoi il est cohérent de parler de puissance aérospatiale.
En tant que commandant de la défense aérienne, je suis responsable d’assurer la protection du territoire national, et donc des endroits où se trouvent les capteurs et le segment sol de la composante spatiale. C’est ainsi qu’aujourd’hui, il y a une intrication très forte entre les opérations aériennes et les opérations spatiales. Voilà pour le premier point : pourquoi il est cohérent de parler de puissance aérospatiale.
Le deuxième point. On peut définir un mot par ce qu’il est ou par ce qu’il n’est pas. Le combat, ce n’est pas la guerre. Le combat peut être vu comme une phase de la guerre. Il est parfois suffisant et il est systématiquement nécessaire et déterminant dans un contexte qui est le nôtre et qui est de plus en plus hybride.
Le combat aérospatial, ce sont des phases qui se développent dans un ensemble plus vaste qui est la guerre. C’est-à-dire que dans tout l’ensemble de la guerre, il y a un combat aérospatial qui prend plusieurs formes. Au commencement, c’est le renseignement : savoir ce qui se passe de l’autre côté de la colline, c’est comprendre, connaître.
Aujourd’hui, les aviateurs qui sont engagés au Proche et au Moyen-Orient permettent de comprendre et de connaître, d’avoir une appréciation de situation autonome. Les tweets ne suffisent pas pour savoir ce qui se passe de l’autre côté. Il faut avoir une appréciation autonome dans un contexte de lutte informationnelle permanente.
Comprendre, c’est aussi se permettre de pouvoir créer la surprise, d’éviter d’être surpris et puis de déterminer les vulnérabilités de l’adversaire. Ces vulnérabilités vous renvoient à la deuxième mission qui est la mienne, et qui est cette question de la protection de nos propres vulnérabilités, donc du territoire national. Et pour revenir au retour d’expérience de la guerre du Golfe : si en 1994, il y a eu la création du Commandement de la défense et des opérations aériennes, où on rassemble auprès d’une même autorité la responsabilité de défendre le territoire national et de réaliser les opérations aériennes à partir du territoire national, c’est bien parce qu’il y a une cohérence à avoir cet ensemble réuni.
Nous développons aussi la défense aérienne élargie, c’est-à-dire une approche multicouches de la défense aérienne du territoire. Évidemment, je n’écarte pas les questions doctrinales sur la dissuasion nucléaire comme garante ultime de la protection du territoire. Pour autant, il faut que l’on soit en capacité de contrer certaines menaces aujourd’hui. J’y intègre le segment sol-air qu’il faut développer et l’alerte avancée. Cette capacité de défense aérienne élargie est propre à l’armée de l’Air et de l’Espace. Et puis il faut pouvoir frapper de loin. C’est la frappe dans la profondeur. C’est une caractéristique aujourd’hui de l’armée de l’Air et de l’Espace.
Le quoi, c’est pour faire quoi ? C’est pour réaliser deux choses essentielles.
D’abord, pouvoir faire de l’entrée en premier, c’est-à-dire aller chez l’adversaire, conquérir un espace de manœuvre, un espace de liberté. Ensuite, installer ce que l’on appelle la supériorité aérienne pour dérouler dans les différents milieux et champs des actions qui permettent de conduire la campagne générale. Et ces actions-là, aujourd’hui dans un milieu qui est de plus en plus contesté, sont devenues complexes.
La troisième dimension occupe une place centrale dans la conflictualité. Cela va de l’intimidation nucléaire jusqu’aux conflits et aux guerres d’aujourd’hui, avec des essaims de drones, des menaces en orbite. C’est également la capacité d’accompagner au plus près, d’illustrer et d’incarner la décision ou le positionnement politique. La France puissance d’équilibre aujourd’hui dans le Proche et Moyen-Orient : comment mieux l’incarner que par des avions qui, dès le jour du déclenchement de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran, sont déployés dans le cadre des accords de défense, ainsi qu’un certain nombre de moyens sol-air, moyens de ravitaillement, moyens d’attaque et de défense auprès de nos partenaires ? Nous affichons ainsi une position de défense, de présence dans la zone avec cette capacité de le faire et de continuer aujourd’hui le travail autour de l’initiative développée par la France, la Grande-Bretagne et l’Italie pour aider à la reprise du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz.
Cette capacité d’accompagner le niveau politique dans ses décisions et d’illustrer sa volonté et sa détermination est majeure aujourd’hui et elle est bien réalisée via les opérations aériennes.
Comment gagner ce combat aujourd’hui ? Aujourd’hui, on gagne d’abord parce qu’on installe une supériorité opérationnelle sur l’adversaire. Et donc tout de suite, on pense à l’avion de chasse qui est le dernier segment. L’avion de chasse, c’est l’outil d’application de la force. Avant, il y a le cerveau. Et le cerveau, c’est la planification puis l’exécution, c’est ce que l’on appelle le C2, le commandement et le contrôle, qui articulent cette capacité à gagner.
On gagne dans le combat aérospatial aujourd’hui quand on a un chef, une unicité de commandement dans la troisième dimension. Il faut un commandement centralisé parce qu’il y a un seul espace aérien, puis une intention, celle du chef, qui est correctement déclinée ensuite par des niveaux de contrôle qui sont distribués, qui seront plus près du terrain. Donc, typiquement, un peu comme pour le piano, il faut que la main gauche puisse jouer les accords pendant que la main droite joue la mélodie. Aujourd’hui, dans les différents cieux de combat, on a du commandement distribué au plus près, ce que l’on appelle le contrôle, et qui permet d’avoir cette efficacité dans les zones de contact, les zones d’application de la force aérienne.
Ensuite, il y a une exécution qui est décentralisée. Là, c’est grâce au talent et à la formation des aviateurs et aviatrices et jusqu’au plus près, jusqu’au cockpit, jusqu’à l’opérateur sol-air, jusqu’à la patrouille. Il y a cette mise en œuvre avec cette intention qui guide dans le brouillard de la guerre, face au brouillage, malgré les pannes. La mise en œuvre de l’intention déterminée est donc la résultante du C2 et du savoir-faire des opérateurs sur le terrain. Voilà le secret de l’efficacité.
S’il y a cette remarquable efficacité, constatée, des opérations aériennes que nous menons, c’est parce qu’il y a un savoir-faire qui est développé. Là, j’insiste sur l’entraînement adapté, sur la formation. Il y a une histoire, un passé, une expérience dans une armée de l’air et un espace comme la nôtre. Il y a une volonté et un courage. C’est l’humain qui gagne en haute intensité. Celui qui gagne, c’est donc celui qui arrive à former le mieux certainement, mais aussi le plus vite.
Comment gagner le combat ? Oui, comment ne pas perdre aussi ? Pour ne pas perdre le combat, il faut s’appuyer sur une certaine supériorité cognitive. Et là, je renvoie à la doctrine. La doctrine, c’est cet endroit où l’on rassemble les bonnes pratiques, les façons de faire qui ont du sens et qui fonctionnent.
Quelles sont les bonnes pratiques qui ont du sens et qui fonctionnent ?
Et quelles autres actualités dans le cadre géopolitique ?
Je vous invite à consulter l’ensemble de l’intervention du GCA Marc Le Bouil (dès 1:53:50) que je remercie pour son éclairage passionnant et l’ensemble du colloque.
Le lien direct : VIDÉO DU COLLOQUE
Et quelles autres actualités dans le cadre géopolitique ?
Je vous invite à consulter l’ensemble de l’intervention du GCA Marc Le Bouil (dès 1:53:50) que je remercie pour son éclairage passionnant et l’ensemble du colloque.
Le lien direct : VIDÉO DU COLLOQUE
A lire pour approfondir vos connaissances : les interviews, articles sur l’armée de l’Air et de l’Espace, le CESA, le CDAOA … les armées, la défense. Et la chaîne YouTube de Miss Konfidentielle avec des interviews militaires complémentaires.

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