Bonjour Thierry. Nous sommes à la BRI Paris.
On peut le préciser comment ?
Bonjour Miss Konfidentielle.
On est au 36 quai des Orfèvres, siège historique de la PJ, où demeure la dernière unité de la police judiciaire parisienne, la BRI de Paris, qui est restée au cœur de la ville pour pouvoir la défendre au mieux.
Thierry, la dernière fois où nous nous sommes rencontrés pour une interview, c’était au PC Crise du RAID, c’était pour mémoire en décembre 2023.
Quel a été ton parcours depuis le PC Crise du RAID ?
Depuis décembre 2023, il y a beaucoup de choses qui se sont passées.
On a beaucoup préparé les JO. On était déjà en phase de préparation des #JOP2024 depuis un certain temps en décembre 2023, mais cela s’est accéléré dans le courant de l’année 2024.
Il y a eu une petite interruption dans la préparation, puisque je suis parti pendant un mois à Nouméa en Nouvelle-Calédonie.
C’était pendant les émeutes, une période assez sensible. J’y suis resté un mois pour reprendre du terrain et aider la direction territoriale de la police nationale à surmonter la situation sur place.
Tu gérais des équipes sur place à Nouméa ?
Je gérai l’équipe du RAID avec des renforts venus de l’échelon central pour compléter le dispositif de l’antenne locale. J’ai fait des missions qui sont assez extraordinaires dans l’histoire de la police et dans l’histoire du RAID, puisqu’il est rare que l’on soit confrontés à un tel degré d’émeutes et de sensibilité.
On a fait des missions en s’articulant avec les autres forces de sécurité intérieure présentes sur place. Je peux citer les CRS mais aussi les gendarmes mobiles et le GIGN.
On a fait des opérations conjointes, dont une très significative : la reprise du quartier de Rivière Salée, qui était particulièrement intense, et que j’ai eu la chance de planifier et de proposer aux autorités, de voir valider et de mettre en place. C’était vraiment une très belle aventure.

Thierry SABOT, chef adjoint du RAID, à Nouméa en Nouvelle-Calédonie © Thierry Sabot
Au retour, c’était la finalisation de l’organisation des JOP, qui se sont très bien passées parce que l’on avait un dispositif assez robuste, un dispositif global de la police, notamment pour toutes les questions d’ordre public.
Pour nous, unités d’intervention spécialisées, c’était vraiment la première fois que l’on travaillait vraiment main dans la main : RAID, GIGN, BRI, avec un objectif commun qui était que ces JO se passent le mieux possible et qu’on soit en capacité d’intervenir s’il y avait un incident.

Thierry SABOT « Laser 2 » du RAID avec la brigade fluviale de Paris (Préfecture de police) pour les JOP2024 © Thierry Sabot
Je pense que l’on a pu démontrer à tout le monde que l’on était capables de travailler ensemble, vraiment pour le meilleur. C’était vraiment un grand moment de liesse populaire, de sport et de partenariat entre forces d’intervention. C’était vraiment très intéressant.
Je me souviens très bien de mon interview de Simon Riondet avant le JOP2024 et qui s’attachait à fédérer RAID-BRI-GIGN.
En effet, c’était une volonté commune des trois chefs d’unité.
Après, globalement, sur la fin de l’année, j’ai glissé vers ma future affectation, qui est ma présente affectation aujourd’hui.
Je suis passé chef de la brigade de recherche et d’intervention de la direction de la police judiciaire de la préfecture de police de Paris, la BRI-PP en plus court.
Je suis arrivé en janvier 2025. Cela fait bientôt un an et demi que je suis à la tête de cette unité d’intervention, l’une des trois unités d’intervention spécialisées du troisième niveau du schéma national d’intervention des forces de sécurité intérieure françaises. Historiquement, c’est même la première puisque sa création date de 1964.
Chef de la BRI-PP, à qui es-tu rattaché ?
Je suis rattaché au directeur de la police judiciaire, puisque je suis l’une des brigades centrales de la police judiciaire parisienne, aux côtés de la brigade criminelle, de la brigade de répression du banditisme, de la brigade des stupéfiants, de la brigade des mineurs, de la brigade des fugitifs et de la brigade de répression du proxénétisme.
Mon cœur de métier, c’est vraiment l’investigation judiciaire, notamment au travers des techniques spéciales d’enquête, de la recherche du renseignement criminel ainsi que de la surveillance et filature auxquelles se rajoutent les interpellations à haut risque en milieu clos comme sur la voie publique.
J’ai par ailleurs une mission de contre-terrorisme au bénéfice de l’agglomération parisienne.
Très bien. Cela représente quel effectif, si on peut avoir une idée ?
Selon les fluctuations saisonnières, c’est entre 100 et 110 personnes.
Ce ne sont que des gens hyper motivés par leur métier, extrêmement disponibles, avec de gros caractères mais toujours le sourire. Un peu d’auto-dérision, c’est important quand on doit faire face à des situations complexes.
C’est une bonne équipe. Quels sont tes faits marquants depuis ton arrivée ?
Les événements les plus marquants, c’est la lutte contre ce que l’on appelle aujourd’hui les cryptorapts, puisque l’on a été impliqués au premier plan aux côtés de nos collègues de la BRB qui dirigeait l’enquête sur l’enlèvement du 1ᵉʳ mai 2025.
Un homme d’une d’une soixantaine d’années a été enlevé pour faire pression sur son fils, qui était un riche détenteur de cryptomonnaie vivant à l’étranger. Il y a eu une course contre la montre qui s’est jouée à ce moment-là pour essayer de localiser la victime de l’enlèvement, et une fois découvert son lieu de séquestration, donner l’assaut pour pouvoir le libérer.
Dans la foulée, il y a eu une deuxième affaire.
On a suivi un groupe criminel qui avait tenté un enlèvement dans Paris et qui ensuite s’était repositionné pour faire une nouvelle affaire en province. On a interpellé en flagrant délit, alors qu’ils allaient passer à l’acte, une dizaine d’individus qui s’organisaient à Nantes pour interpeller là aussi des gens du milieu de la cryptomonnaie. C’est vraiment un élément très significatif.
Je déduis qu’il y a une veille permanente sur les nouveaux sujets de cryptomonnaie et cryptorapts.
Absolument.
Par le passé, on avait de gros braquages de bijoutiers ou de banques mais aujourd’hui, même si on peut toujours avoir un fait significatif de ce type, nous sommes confrontés à une nouvelle forme de violence.
Clairement.
C’est une forme moderne où le banditisme aujourd’hui ne s’en prend plus aux banques parce qu’elles se sont sécurisées. Les transports de valeurs sont très sécurisés. Les bijouteries se sont énormément sécurisées.
Qui reste peu sécurisé ? Le particulier à son domicile. Quand ce particulier en plus a une existence importante sur les réseaux sociaux, se met en avant comme un grand détenteur de cryptomonnaie, essaie d’être influenceur sur les réseaux sociaux pour inciter des gens à investir dans ce milieu, il devient rapidement une cible pour les nouveaux groupes criminels qui s’intéressent à ce profil et qui mettent en place des stratagèmes pour essayer de récupérer cet argent extrêmement volatile.
Merci pour le focus intéressant.
Souhaites-tu évoquer un autre événement marquant depuis ton arrivée à la BRI ?
Il y a plein d’affaires qui se déroulent régulièrement.
Suite aux Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 qui nous a fortement mobilisés sur la mission d’ordre public, on a beaucoup remis le centre de l’activité sur les dossiers judiciaires.
C’est l’activité classique d’une BRI, c’est-à-dire que l’on prend les affaires comme elles se présentent, soit à notre initiative, soit en assistance d’un autre service d’enquête.
Ce sont des affaires de séquestration à domicile ou encore des affaires de narco-banditisme, un sujet majeur. Nous avons fait quelques saisies assez emblématiques de stupéfiants avec différents services de la police judiciaire parisienne (700 kg de cannabis en février avec la PJ 93, 2 tonnes en octobre avec le 3ème DPJ).
Est-ce qu’il y a des projets, des perspectives sur lesquels tu travailles pour 2026 ou 2027 ?
Mon gros sujet, c’est la cohérence du dispositif policier d’intervention spécialisé.
Je viens du RAID. Je suis à la BRI. J’aime autant ces deux unités. Elles sont aussi chères à mon cœur l’une que l’autre. Je veux qu’elles travaillent en cohésion parfaite l’une avec l’autre.
On y retrouve les mêmes mentalités de policiers dévoués à l’extrême à la protection de nos concitoyens.
Mon sujet, c’est d’essayer de mettre en avant cette entité qui n’a qu’une existence imparfaite pour l’instant, qui est la FIPN, la force d’intervention de la police nationale. Aujourd’hui, elle ne sert qu’en cas de crise majeure pour faire travailler ensemble les deux unités sur une même situation extrême.
J’aimerais donner à la FIPN une autre dimension : que ce soit une unité notamment de coordination des capacités critiques et des moyens spécialisés de ces unités-là.
On ne représente pas grand-chose : le RAID, c’est 500 personnes ; la BRI, c’est une centaine de personnes… au milieu de 135 000 policiers.
Face aux politiques de densification des achats, forcément on représente des besoins de niche.
Je suis persuadé que si deux entités de police, les deux unités d’intervention spécialisée de la police et de la préfecture de police parlent d’une même voix, c’est de nature à convaincre les autorités que l’on est dans le vrai quand on sollicite des moyens spécifiques.
J’essaye vraiment de travailler à ce renforcement de la Force d’Intervention de la Police nationale.

C’est un très beau projet.
Oui, pour moi, c’est très important. Je suis convaincu, et 2015 confirme cette vision, que s’il y a quelque chose de grave comme un attentat terroriste, il faut que l’on soit ensemble pour faire face.
On l’a vu à Vincennes, le RAID et la BRI étaient sur place. On l’a vu au Bataclan, le RAID et la BRI étaient sur place.
Pour traiter ce type d’événements, il faut que l’on soit raccord et que l’on travaille ensemble main dans la main. Il faut qu’au quotidien on se connaisse bien, qu’on s’entraîne ensemble, que l’on ait des objectifs communs.
Après, chacun a sa vie parce que l’on a deux unités très différentes.
Le RAID fait beaucoup de protection rapprochée. Ils vont être engagés à Évian dans les prochaines semaines. Nous, on fait beaucoup de police judiciaire qui nous mobilise au quotidien à faire de la filature et de la surveillance.
On fait des choses complémentaires qui ont du sens en termes de FIPN. Je voudrais que l’on avance là-dessus.
Une excellente nouvelle que de vouloir avancer sur le projet FIPN qui fédère le RAID et la BRI pour encore plus d’excellence des deux unités d’élite. Un autre projet te tient-il à cœur ?
J’ai un autre projet qui me tient énormément à cœur.
Je travaille a créer une association qui s’appelle SOUTIEN BRI Paris, et qui a pour vocation de promouvoir l’action de la BRI en soutien aux victimes du terrorisme et toutes les actions que fait la BRI en termes d’éducation à la citoyenneté.
On reçoit beaucoup de délégations, en particulier de jeunes, pour leur expliquer ce que c’est qu’être policier. Qu’est-ce que l’investissement, qu’est-ce que l’abnégation nécessaire pour devenir policier.
On a des contacts avec les victimes de terrorisme ou même de banditisme, puisque l’on conserve des contacts avec les victimes du Bataclan, avec les victimes des cryptorapts de l’année dernière.
On voulait le mettre en avant et pouvoir avoir une association qui puisse recourir au mécénat pour pouvoir monter des projets.
L’association SOUTIEN BRI est toute récente, elle a été publiée et nous avons créé un logo en interne que je trouve intéressant.
Puis-je découvrir le logo de l’association SOUTIEN BRI ?

Superbe ! Le logo incarne parfaitement les valeurs de la BRI.
Un site internet de SOUTIEN BRI verra t-il le jour ?
Le site internet de l’association SOUTIEN BRI est en cours de création avec à la tête de cette association, mon prédécesseur, Simon Riondet, qui a quitté la police nationale.
On a aussi un ancien directeur de la police judiciaire parisienne, l’ancien chef négociateur de la BRI qui est aussi parti à la retraite, un chef étoilé, un banquier et l’un des otages du Bataclan.
Une équipe efficace. Un remerciement Thierry pour notre entretien constructif et sympathique comme toujours.
Je vois une aquarelle très élégante dans ton bureau et l’irrésistible envie de nous prendre en photo proposée par Nicolas en mode JT du 20h00 où Thierry Sabot serait l’invitée de Miss Konfidentielle (sourire). Merci à Nicolas pour les photos.

Thierry SABOT devant l’aquarelle Le Stryge protège Paris de Anne-Marie PLÉ-BAGNEUX © Miss Konfidentielle

Thierry SABOT, chef de la BRI-PP et Miss Konfidentielle, journaliste en mode JT de 20h00 © Miss Konfidentielle
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