by Valérie Desforges

Antisémitisme : des français et responsables politiques rassemblés à Paris et en régions mardi 19 février 2019

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Des milliers de personnes ont afflué mardi soir place de la République à Paris pour dire non à l’antisémitisme, à l’appel d’une cinquantaine de partis, associations, mouvements. Dans la foule, des pancartes « Ça suffit » – le mot d’ordre du rassemblement -, « non à la banalisation de la haine ». Un périmètre de sécurité a été délimité par des barrières au centre de la place noire de monde, où les responsables politiques ont commencé à se presser vers 19 heures.

Édouard Philippe, accompagné de plusieurs membres du gouvernement, était présent. “Se rassembler, c’est nécessaire. Ça n’est pas suffisant, mais c’est nécessaire pour dénoncer ce qui n’est pas acceptable. Ensuite il y aura du travail d’éducation, de formation, probablement un travail législatif, aussi”, a déclaré le Premier ministre. « Il fallait aujourd’hui dire ça suffit, dire que tout n’est pas possible, et quand on voit ces actes qui se multiplient, il est temps de réagir ensemble et de la meilleure des manières », a affirmé de son côté le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, à l’origine de cette mobilisation massive. Selon les organisateurs du rassemblement, quelque 20 000 personnes se sont réunies dans la capitale mardi soir.

Face à la recrudescence des actes antisémites (+74 % en 2018), Olivier Faure avait lancé la semaine dernière un appel d’abord signé par quatorze partis, rejoints depuis par de nombreuses autres organisations. La maire de Paris, Anne Hidalgo (PS), le chef de file de Générations, Benoît Hamon, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse (LR), le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, des députés LREM et des représentants de la France insoumise ont notamment été aperçus.

« Ça suffit les croix gammées »

La cérémonie démarrée vers 19 h 30 s’est achevée vers 20 heures. Elle s’est ouverte sur une intervention du rabbin Delphine Horvilleur. “Quand l’antisémitisme ressurgit, d’où qu’il vienne et quelques nom qu’il porte, quand grandit la haine de l’autre, sous toutes ses formes, il s’agit d’un test pour la nation, le test de sa dignité et de sa grandeur. Parfois la République donne rendez-vous à ses enfants sur une place et elle nous demande : ‘sauras-tu être à la hauteur ?'”, a-t-elle déclaré devant la foule recueillie. Le chanteur Abd al Malik a conclu en chantant la Marseillaise, la voix étranglée par l’émotion. Entretemps, plusieurs jeunes ont lu des textes, symbole de la volonté des organisateurs de sensibiliser la jeunesse à la lutte contre l’antisémitisme.

L’ancien président socialiste François Hollande, arrivé vers 19 h 30, a fait valoir que « l’antisémitisme, c’est un fléau, c’est une attaque contre la République ». « Nous devons ici, au-delà des sensibilités, des fonctions occupées, des responsabilités exercées, être là pour que les Français puissent être eux-mêmes là. Car l’antisémitisme, ça n’est pas l’affaire des juifs, c’est l’affaire de tous les Français », a-t-il poursuivi. Également présent, l’ancien président de la république Nicolas Sarkozy a déclaré au micro de BFMTV notamment qu’il faisait “confiance aux autorités pour prendre les décisions nécessaires, mais il y a vraiement maintenant une question d’autorité. Un certain nombre d’individus provoquent, insultent l’autorité de l’État. L’État doit répondre. Je suis sûr qu’il le fera, mais il faut le faire maintenant et avec une fermeté extrême”.

Le président de LR, Laurent Wauquiez, a pour sa part lancé : « Ça suffit les croix gammées, les insultes », dans une allusion à la profanation d’un cimetière juif mardi, en Alsace, et aux insultes proférées à l’encontre du philosophe Alain Finkielkraut samedi, en marge d’une manifestation de « Gilets jaunes ». « C’est un sursaut républicain mais cela ne peut pas suffire non plus. On a besoin d’actes, de vraies décisions. Avant de changer la loi, commençons déjà par l’appliquer. Que les actes antisémites soient jugés. Derrière les actes antisémites, il y a la question de l’islamisme intégriste », a poursuivi Laurent Wauquiez.

Ian Brossat, le chef de file du PCF pour les Européennes, est venu avec Lassana Bathily, le héros de l’Hyper Cacher parisien. Des « Gilets jaunes » se sont rendus à la manifestation, notamment Côme Dunis et Frédéric Mestdjian, de la liste « Ralliement d’initiative citoyenne ». Dans le cortège place de la République, l’ancien candidat à l’élection présidentielle Jean Lassalle était également présent, de même que le président du Modem François Bayrou.

Rassemblement aussi à Ménilmontant

Plusieurs centaines de personnes étaient réunies mardi soir pour le rassemblement “contre les actes antisémites et contre leur instrumentalisation”, au métro Ménilmontant à Paris, organisé en parallèle du grand rassemblement contre l’antisémitisme place de la République, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse. Ces personnes étaient rassemblées sur le terre-plein du métro Ménilmontant, (XXe) dans le calme. Parmi elles, quelques-unes portaient des gilets jaunes. Une grande banderole accrochée sur une station de bus indique : “Gilet jaune contre l’antisémitisme”.

Simon Assoun, de l’Union juive française pour la paix (UJFP) a condamné “l’instrumentalisation de l’antisémitisme”. “En tant que Juifs, nous refusons d’être utilisés par le pouvoir pour casser un mouvement social comme celui des Gilets jaunes”. Pour le NPA, Omar Slaouti a expliqué que “nous ne pouvons pas être à République ce soir, car là-bas, il y a ceux qui structurent les inégalités sociales et raciales”. Le Parti des indigènes de la République (PIR), Solidarité Palestine, le Comité Adama, devaient également participer à ce rassemblement “contre les actes antisémites, contre leur instrumentalisation, pour le combat contre le racisme sous toutes ses formes”, une alternative au rassemblement à l’appel de nombreux partis place de la République.

Un millier de personnes à Lille

Des rassemblements avaient par ailleurs lieu dans toute la France. Plus d’un millier de personnes se sont rassemblées à Lille pour “dire non” à l’antisémitisme, à l’instar de la maire socialiste de Lille Martine Aubry et du président des Hauts-de-France Xavier Bertrand (ex-LR), a constaté une journaliste de l’Agence France-Presse. La sénatrice UDI du Nord Valérie Létard était également présente. Prenant la parole face à la foule, le délégué régional de la Ligue des droits de l’homme Alain Vantroys a rendu hommage aux “victimes de l’antisémitisme”, citant notamment “l’assassinat ignoble d’Ilan Halimi”, jeune juif torturé à mort par le “gang des barbares” en 2006, la mémoire de Mireille Knoll, octogénaire tuée à Paris en 2018, ou encore celle des victimes de l’Hypercacher en 2015.

Les participants ont ensuite respecté une minute de silence, largement applaudie par la foule. “On est heureux de se retrouver côte à côte”, au delà des partis politiques, pour dénoncer “les actes ignobles, abjects, insupportables” observés ces derniers mois, à déclaré Martine Aubry devant des journalistes, déplorant “les insultes, les graffitis, les profanations”. “Il faut dire non, non, non à l’antisémitisme ! (…) Je me sens extrêmement malade que la France en soit là, car ça veut dire que notre pays va très mal”, a-t-elle ajouté.

A Marseille, un rassemblement était également organisé, auquel participait le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon. “C’est toujours positif lorsque le peuple français se mobilise de cette façon là, pour dire ces choses-là. J’espère que ce soir nous sortirons plus forts de nous être rassemblés de cette façon, les Français seront plus conscients de la nécessité d’être le peuple de la liberté et de l’égalité”, a-t-il déclaré au micro de plusieurs médias.

La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen s’est de son côté recueillie à Bagneux (Hauts-de-Seine), devant une plaque en hommage à Ilan Halimi, jeune juif tué en 2006 après avoir été séquestré et torturé. Elle avait dénoncé dans la journée le fait qu’Olivier Faure ne l’ait pas invitée à signer l’appel.

Sources : AFP et Le Point, le 19 février 2019

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