by Valérie Desforges

Interview de Marc Hamel promu Général de la gendarmerie nationale

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Miss Konfidentielle vous invite à découvrir le parcours de Marc Hamel, gendarme de brigade à ses débuts. Promu Général en juin 2019. Un bel exemple d’ascenseur social au sein de la gendarmerie nationale.

Bonjour Général, félicitations pour votre promotion.
Avant de découvrir votre évolution au sein de la gendarmerie nationale, pouvez-vous préciser à nos lecteurs votre parcours étudiant ?

Bonjour Madame, Merci pour vos compliments.
Après un bac sciences éco, j’ai fait une prépa littéraire au Lycée militaire d’Autun. Ce sont deux années très importantes. Certes, j’ai échoué au concours de Saint-Cyr, mais j’y ai acquis des valeurs et appris ce qu’était une véritable camaraderie liée à notre militarité. J’ai toujours en tête la devise de cette belle école : « Pour la Patrie toujours présent » .

Vous avez choisi de débuter votre carrière dans l’armée de terre…

En fait, j’ai servi dans l’armée de terre pendant mes deux années de service militaire. J’étais dans un régiment d’infanterie du corps blindé mécanisé, à Épinal. Dans une armée de terre se préparant à ralentir les troupes du pacte de Varsovie (c’était au début des années 80). J’étais en section de mortiers lourds, et à ce titre j’ai surtout enchaîné les manœuvres dans tous les grands camps de l’Est.

J’ai donc souhaité intégrer la gendarmerie avec le sentiment de pouvoir y servir mon pays et mes concitoyens de manière plus concrète, tout en étant militaire.

Puis, vous avez intégré la gendarmerie nationale avec un cursus intéressant. Depuis 32 ans, quel est-il ?

J’ai débuté dans cette belle institution comme gendarme dans une brigade territoriale d’Alsace. A une période maintenant bien ancienne, où n’existaient pas les centres opérationnels de la gendarmerie et de ce fait la nuit tout appel à la gendarmerie aboutissait directement au gendarme de permanence qui répondait la plupart du temps depuis son lit, son conjoint vivant au même rythme. Une période où la posture naturelle du gendarme était sur le terrain, se déplaçant en 4L, habillé au quotidien en vareuse-chemise-cravate, armé d’un pistolet automatique et d’une machine à écrire. Le temps de présence au bureau était très limité.

Par la suite, j’ai intégré l’école des officiers de la gendarmerie pour une scolarité qui durait alors trois années. Celle-ci m’a permis de débuter une carrière d’officier puis d’alterner des commandements et des responsabilités en administration centrale ou en état-major.

J’ai ainsi pu commander en gendarmerie mobile à l’escadron de Saint-Étienne les Remiremont (88), la compagnie de gendarmerie départementale d’Avesnes-sur-Helpe (59) et le groupement des Vosges.

J’ai par ailleurs servi en état-major régional à Dijon comme chef de bureau organisation évaluation contrôle, à l’inspection générale de la gendarmerie en charge de l’audit des structures RH, régionales, à la DGGN comme chef du bureau ayant en charge tout ce qui relève de l’innovation participative et de la qualité puis comme chargé de mission à la direction des opérations et de l’emploi.

Je commande actuellement le centre d’enseignement supérieur de la gendarmerie, en charge de la formation continue des officiers de la gendarmerie. Cela me donne la chance de contribuer aux évolutions en cours. J’ai moi même suivi un cursus classique qui n’existe plus sous ce format : diplôme d’état-major avec une stage de cinq mois, École de Guerre pendant une année, puis une session nationale de l’Institut des Hautes Études de la Défense Nationale (IHEDN). Pour autant l’environnement et les besoins des officiers d’aujourd’hui et surtout de demain ne sont plus les mêmes.

Venons à votre actualité. Racontez-nous..

Cette promotion comme officier général me permet d’accéder à ce que nous appelons un temps de commandement de niveau 4. Ce sera celui de la gendarmerie de l’armement, gendarmerie spécialisée ayant en charge la protection des établissements de la direction générale de l’armement ainsi que quelques autres établissements. Étant auditeur de la 51ème promotion de l’IHEDN Armement Économie Défense, j’apprécie d’autant plus cette affectation.

Est-ce une fierté ? 

Bien évidemment je suis fier de cet accès au généralat qui représente toujours une étape importante. Toute ma famille et belle famille l’est également. Mon père n’est plus là pour me le dire, ma mère le fait pour lui. Quant à ma femme, elle est heureuse pour moi. Et je suis surtout fier de sa présence à mes côtés depuis 34 ans, et sans laquelle rien n’aurait été possible.

J’ai eu de nombreux témoignages et compliments, dont certains très touchants. Je ne citerai que mon premier commandant de brigade qui m’a vu arriver jeune gendarme, le major en retraite André Logel, avec qui j’ai toujours gardé contact.

Je suis très reconnaissant à la gendarmerie de m’avoir permis un tel parcours. J’ai surtout pu rencontrer des gens passionnants, supérieurs hiérarchiques, camarades ou subordonnés, mais également en dehors de la gendarmerie. J’ai fait des choses très singulières : me rendre sur les cinq continents, vivre deux fois le 14 juillet 1995 en passant la ligne de changement de date entre Nouméa et Tahiti, visiter le Japon et ressentir une secousse sismique à Fukushima, mais également sauter en parachute, voler en avion de chasse au dessus du Mont Saint-Michel, faire des stages commandos, de la haute montagne, etc. 

Mais notre vie professionnelle est jalonnée de drames, de misère et de morts. Nous rencontrons des familles meurtries par la perte d’un être cher, sur la route ou par la violence des autres, de drames familiaux, de vies gâchées par la drogue, etc. Et nous rencontrons également des personnes qui donnent de vraies leçons de courage.  

Comment voyez-vous l’avenir ?

Cette affectation sera vraisemblablement la dernière car je suis à trois ans et demi de la limite d’âge de mon grade. Je vais donc m’investir avec passion dans ce nouveau commandement. Ensuite, je savourerai les joies de la retraite.

Votre carrière vous occupe grandement, cependant l’équilibre familial est important à vous écouter. Quel est votre secret ?

Mon secret, qui n’en est pas un, est d’avoir la chance de vivre avec une femme extraordinaire que je connais depuis 34 ans et avec laquelle j’ai eu 3 enfants formidables. Ma grande fierté réside dans leur capacité à s’être approprié les valeurs que nous nous sommes efforcés de leur transmettre, et ce malgré le handicap subi par deux d’entre eux malades.

Je suis né à Issy-les-Moulineaux, mais je suis devenu Vosgien de cœur et par alliance. J’ai eu la chance d’y servir plusieurs fois. Nous avons une maison à Saint-Dié des Vosges où nous allons le plus souvent possible. Nous y sommes extrêmement bien.

Parmi mes loisirs figurent les promenades dans notre beau massif avec mon épouse et ma chienne, la course à pied et la natation. Mais avant tout il y a la lecture. J’ai toujours quelque chose à lire en version papier ou en version électronique sur mon smartphone. Je lis de tout des romans policiers ou historiques, des livres de stratégie, d’histoire, d’économie, de philosophie. Je collectionne les San Antonio, mais depuis le décès de Frédéric Dard, je n’en ai plus à lire…

J’en viens à présent à votre philosophie de vie. Quelle est-elle ?

Prendre les gens comme ils sont, et ne retenir que le meilleur d’eux-mêmes. C’est valable dans la vie quotidienne et notamment au travail. Pour moi un bon chef, commandant ou manager, doit connaître ses subordonnés et s’efforcer d’obtenir le meilleur de ce qu’ils peuvent donner, et non pas attendre qu’ils soient comme il souhaiterait, et surtout admettre qu’ils ne sont pas forcément comme lui. Il doit absorber le stress et diffuser la sérénité. Il doit responsabiliser ses subordonnés, leur permettre de s’exprimer et de s’épanouir.

Je reste fortement opposé à la pensée du « c’était mieux avant ». J’aime l’histoire et s’y intéresser ou s’en inspirer est évidemment très utile. En revanche il importe de toujours raisonner avec le référentiel du moment et non avec celui du passé, ni refaire l’histoire avec un référentiel actuel.

Je suis très optimiste, sans doute en raison de ma foi chrétienne. Je trouve que nous avons de jeunes générations très prometteuses.

Merci à vous pour cet entretien agréable et complet. Belle suite dans le cadre de vos nouvelles fonctions tout en profitant des grandes promenades dans les Vosges que vous appréciez tant.

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