by Valérie Desforges

Le procès du Groupe Servier débute ce lundi 23 septembre 2019 à Paris

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Le procès du Groupe Servier débute ce lundi 23 septembre 2019 à Paris suite au scandale du Mediator, un antidiabétique tenu pour responsable de centaines de morts. Au total, onze personnes morales et douze personnes physiques seront jugées, toutes soupçonnées à des degrés divers dans ce scandale sanitaire.

Les “mensonges” de la galaxie Servier

La maison-mère et neuf filiales du deuxième groupe pharmaceutique français répondront devant le tribunal correctionnel de diverses infractions, notamment de “tromperie aggravée” et d’“homicides et blessures involontaires”, mais aussi d’“escroquerie” au préjudice de la sécurité sociale et des mutuelles.

Deux anciens cadres de la firme sont également renvoyés: son ancien numéro deux Jean-Philippe Seta et son ex-secrétaire général Christian Bazantay.

Pour les juges d’instruction, le groupe Servier a “sciemment caché” les propriétés anorexigènes du médicament, présenté pendant les trente-trois ans de sa commercialisation jusqu’à son retrait fin 2009 comme un anti-diabétique, et délibérément “occulté ses effets secondaires nuisibles”.

Cette “volonté de dissimuler” la réalité pharmacologique du Mediator se poursuit malgré diverses alertes à partir du milieu des années 1990 sur les risques mortels associés aux anorexigènes, risques qui avaient poussé les laboratoires à retirer du marché “par extrême précaution” deux produits cousins, le Ponderal et l’Isomeride, en 1997, soulignent les juges.

Le Mediator restera lui encore douze ans sur le marché et continuera d’être remboursé au taux maximal de 65%.

La “passivité” des autorités sanitaires

Alors qu’elle avait elle-même lancé dès 1995 une enquête de pharmacovigilance sur les effets indésirables du benfluorex, le principe actif du Mediator, l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé, devenue ANSM après le scandale, ndlr) est “restée sourde” aux alertes, montrant “son incapacité à assurer un contrôle effectif réel du médicament”, relèvent les juges.

Ces “nombreuses anomalies et négligences, parfois fort suspectes” de l’Agence dans le suivi administratif du Mediator relèvent de fautes “non intentionnelles” et ne sont pas pour les magistrats instructeurs “de nature comparable” à celles reprochées au groupe Servier.

L’ANSM sera jugée pour “homicides et blessures involontaires” pour avoir tardé à suspendre l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du médicament.

Les “multiples conflits d’intérêts”

Pour les juges, “l’inertie” de l’Agence du médicament s’explique en partie par une “mise sous influence financière” par le groupe Servier “de nombreux responsables, agents et experts des autorités de santé”. Plusieurs responsables de l’Afssaps chargés du suivi du Mediator étaient ainsi d’anciens salariés des laboratoires Servier ou le sont devenus rapidement après avoir quitté l’Agence du médicament.

C’est le cas de Jean-Michel Alexandre, ex-directeur de l’évaluation du médicament à l’Afssaps, rémunéré “très généreusement” comme “conseiller personnel” de Servier juste après son départ, et de Charles Caulin, membre pendant 17 ans de la commission d’autorisation de mise sur le marché de l’Afssaps, dont il fut aussi président, puis devenu consultant de la firme.

Un ex-cadre de l’Afssaps chargé de la pharmacovigilance, Eric Abadie, mis en cause pour avoir caché que son épouse était l’avocate des laboratoires, est décédé depuis son renvoi en correctionnelle.

Trois experts rémunérés par Servier, Michel Detilleux, Jean-Roger Claude et Bernard Rouveix, qui parallèlement siégeaient à des commissions des autorités de santé statuant notamment sur des produits du groupe pharmaceutique, sont renvoyés pour “prise illégale d’intérêts”. Seront jugés pour le même délit François Lhoste, qui fut chargé de mission au ministère de la Santé, et Jacques Massol, ancien membre de la Haute Autorité de santé et de la Direction générale de la santé.

L’instruction a également révélé les liens troubles entre la firme et le monde politique mais seule une élue, l’ex-sénatrice Marie-Thérèse Hermange, prendra place sur le banc des prévenus.

Elle est soupçonnée d’avoir modifié la rédaction finale d’un rapport sur le Mediator, après une “visite clandestine” au Sénat d’un conseiller du groupe Servier et ancien directeur général de l’Inserm, Claude Griscelli, révélée par une écoute téléphonique. Claude Griscelli répondra devant le tribunal de “trafic d’influence” et l’ex-sénatrice de complicité de ce délit. Cinq personnes mises en examen dans ce dossier sont depuis décédées, au premier rang desquelles le fondateur et patron des laboratoires, Jacques Servier.

Source : AFP

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