by Valérie Desforges

Interview de Clémence Mermet, commissaire divisionnaire, Chef du service de criminalistique numérique de la police scientifique

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C’est une joie d’interviewer Clémence Mermet, commissaire divisionnaire, Chef du service du criminalistique numérique de la police scientifique dans le cadre de Miss Konfidentielle. Un poste à haute responsabilité qui nécessite d’avoir du caractère, de la patience, de l’humilité… et la volonté de toujours apprendre. Le regard et le timbre de sa voix valident aussitôt ces qualités humaines.

Bonjour Clémence,

Après le Bac, vous avez décidé de partir aux Etats-Unis.

J’ai effectivement choisi de partir juste après mon bac pour une année de scolarité en high school aux Etat-Unis. Cette expérience a été marquante dans la mesure où elle m’a permis de comprendre d’une part que pour tout problème, il y avait une solution, et d’autre part, que j’avais les moyens de les trouver moi-même…

De retour en France, vous avez décidé de suivre un cursus classique vous permettant d’accéder à la magistrature. Pourquoi alors avoir suivi le chemin de la police nationale ?

Dès le lycée, tout était très clair dans mon esprit, je souhaitais devenir magistrat ! C’est donc  assez logiquement que j’ai débuté des études de droit qui m’ont, dès la première année, passionnée. 

Après ma maîtrise de droit privé et une année d’étude au CPAG de l’IEP de Lyon, j’ai présenté le concours de commissaire de police, comme challenge, puis celui de la magistrature. J’ai appris mon admission au concours de commissaire avant la magistrature. J’ai donc intégré l’Ecole Nationale Supérieure de la Police en « attendant » les résultats de l’ENM. Au cours des deux premiers mois de ma scolarité, j’ai compris que le métier de policier correspondait beaucoup plus à mes attentes et à mon tempérament : j’avais besoin de me sentir au cœur de l’enquête, au contact des délinquants et des victimes. Je souhaitai participer à la gestion de crise, à celle de l’ordre public. En outre, la dimension managériale du métier devenait pour moi un élément essentiel. J’ai  pris conscience que je voulais diriger une équipe. J’ai donc rapidement acquis la conviction que je resterai dans la police, quel que soit le résultat du concours de la magistrature…

Intégrée au sein de la police, vous avez toujours aimé sortir de vos zones de confort. 

Le statut de commissaire de police nous contraint à changer très régulièrement de fonctions. C’est une chance qui nous impose, néanmoins, de sortir souvent de notre zone de confort. Depuis mon affectation en sortie d’école, j’ai occupé quatre postes, et appris 4 métiers différents. Tous ont été source d’enseignements, de progression mais aussi une remise en cause de mes acquis. J’ai débuté, jeune commissaire, comme chef de la Sûreté Départementale de la Drôme, à Valence. Cela correspondait à mes premières aspirations de participer aux enquêtes. J’ai appris au contact de mes effectifs, l’importance du rôle de chef et ce qui était attendu de lui. J’ai vu beaucoup d’horreurs dans les affaires qui ont renforcé ma détermination dans la lutte contre la délinquance. Je suis ensuite devenue le chef du commissariat de Bron, dans la banlieue Est lyonnaise où les violences urbaines étaient régulières et mes effectifs pas suffisamment nombreux. En 2011, j’ai été affectée comme chef du service de la police aux frontières de l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry. J’ai découvert le monde aéroportuaire, ses règles, son langage, ses interconnexions. J’ai vécu, avec mon équipe, de nombreux services d’ordre, voyages officiels, et crises importantes (accidents, grèves généralisées, manifestations). Je suis, depuis 2 ans, le chef du service de criminalistique numérique de la police scientifique. En tant que service central, nous avons en charge le pilotage de l’activité de police scientifique dans le domaine du numérique. Nous sommes le service de pointe de la police nationale. Nous procédons  donc aux analyses les plus complexes ou les plus sensibles. Entourée d’une équipe mixte de scientifiques et de policiers, les experts de mon service cherchent les preuves dans tous les supports numériques que cela soit dans le domaine informatique, téléphonique, dans les vidéos ou dans le son. Nous devons faire face à de nombreux défis liés aux grandes et rapides avancées technologiques et plus particulièrement, à celui du chiffrement des données.

Passons aux accomplissements dont vous êtes fière..

Tout ce qui a été accompli, l’a été avec mes équipes. C’est donc à eux que je dois la réussite de projets, de gestion de crise, d’affaires… Certaines enquêtes ou évènements m’ont particulièrement marquée. Cela correspond d’ailleurs souvent à des affaires vécues en tant que tout jeune commissaire. Je pense notamment à une enquête relative à une femme retrouvée enterrée dans son jardin après avoir été assassinée ou à une intervention en pleine nuit, avec le GIPN de l’époque, en zone sensible après des coups de feux entre deux bandes rivales J’ai vécu aussi des moments très fort à l’aéroport non seulement lors de services d’ordre d’envergure et de gestion de crise difficiles, mais aussi lors d’importants projets comme celui de la construction de notre commissariat au sein d’un nouveau terminal.

et à vos actualités qui ne manquent pas de piment !

Les projets de mon service sont nombreux et enthousiasmants ! Notre devise est « de la police scientifique du quotidien à celle de l’exceptionnel, au service de l’enquête ».. Je peux vous donner quelques exemples. Pour le quotidien tout d’abord, nous considérons que pour chaque enquête, au même titre qu’il y a aujourd’hui systématiquement des recherches de traces papillaires ou d’ADN, il est fondamental que le policier puisse trouver des preuves dans les téléphones portables. C’est pourquoi nous pilotons le projet « kiosk » qui permettra aux enquêteurs non spécialistes de rapidement extraire puis analyser le contenu d’un support mobile, au moyen d’une borne tactile, de manière guidée, sécurisée et en garantissant l’intégrité des données. Cet outil sera d’ailleurs présenté sur le stand du Ministère de l’Intérieur à MILIPOL. Pour les affaires plus complexes, je peux citer le projet VOXCRIM dédié à la comparaison de voix. Il s’agit ici de déterminer si deux enregistrements de parole ont été produits par une seule personne ou par deux personnes différentes. Nous développons également des outils et des méthodes de pointe pour procéder au décryptage de données chiffrées. Nous avons aussi mis en place une plateforme de calculs intensifs ou nous travaillons sur l’intelligence artificielle.

Trouvez-vous le temps de gérer votre vie personnelle ?

Je suis passionnée par mon métier, mais ma famille – mon mari et mes 4 enfants – sont une priorité pour moi. Mon équilibre professionnel est lié à mon équilibre familial ! Nous avons la chance de pouvoir souvent nous évader en famille notamment en montagne où je pratique très régulièrement l’alpinisme et le ski de randonnée. Je me sens bien surtout sur les sommets, c’est vital pour moi ! Le retour à la nature, aux choses simples, l’effort, l’engagement, la solidarité en cordée sont des valeurs essentielles à mes yeux. 

Si vous aviez deux personnes à remercier. A qui penseriez-vous ?

Il y a beaucoup de personnes que je souhaite remercier, et en toute priorité les collègues avec qui je travaille depuis ma sortie d’école. C’est grâce à eux que je progresse, ce sont eux qui me font avancer, qui m’apprennent l’humilité. Mes adjoints ont été toujours été pour moi des personnes indispensables dans mon action au quotidien. C’est pourquoi je les remercie tout particulièrement, et notamment le Commandant EF Henri F. adjoint à l’aéroport et Hugo L, mon collaborateur le plus précieux aujourd’hui !

J’ai une pensée aussi très forte pour mon premier chef, Jean-Pierre GHENASSIA, qui m’a guidé, conseillé et fait confiance dans mes premiers pas de commissaire. Je lui dois beaucoup ! 

Un grand remerciement pour cette interview qui donne du peps ! Et belles réussites dans tous vos projets énoncés.

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