by Valérie Desforges

Interview de Bérénice Vignard… de la Coupe du monde d’escrime à la gendarmerie nationale

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Bérénice Vignard reconnue à l’international pour ses succès dans le milieu sportif : participations aux Coupes du monde et championnats d’Europe d’escrime… a posé l’épée afin de rejoindre la gendarmerie nationale. Aujourd’hui adjointe au chef du bureau de la reconversion, elle a accepté de répondre à l’interview de Miss Konfidentielle. 

Bonjour Bérénice,

Racontez-nous votre parcours d’escrimeuse…

J’ai découvert l’escrime à l’âge de 7 ans à l’occasion d’une animation scolaire. A cette époque, je jouais au basket en club, comme mes frères et à l’imitation de mon père, ancien basketteur.
L’année suivante, avec mes frères et à notre demande, nos parents nous inscrivaient à l’escrime, à l’Espérance du Creusot. Nous allions commencer à nous y initier à ce sport, de front à la pratique du basket, poursuivie jusqu’à notre entrée au collège.
Je participais à ma première compétition en 1992 et, en juin 1993, je devenais championne de Saône-et-Loire poussine au fleuret, terminant l’année invaincue.
La suite est l’histoire d’une fidélité sans faille au club de mes débuts qui m’a menée du titre de championne de Saône-et-Loire, à celui de championne du monde juniors épée par équipe et vice-championne du monde cadette individuelle épée en 2001 à Gdansk. Dès mon passage dans la catégorie benjamine, j’avais en effet délaissé le fleuret pour l’épée.
Le club du Creusot, s’il est très ancien (118 ans cette année), est un petit club qui a néanmoins formé beaucoup de bons escrimeurs, même si je reste la seule à y avoir gagné des titres internationaux. Malgré des sollicitations, notamment quand j’ai été pensionnaire pendant 5 ans du pôle épée dames, je n’ai jamais envisagé de le quitter, m’y sentant dans mon élément.
J’ai arrêté ma carrière en 2012. En 21 ans, au cours de celle-ci, j’ai totalisé 39 sélections dans les équipes de FRANCE juniors et seniors. Outre mes médailles aux championnats du monde, j’ai gagné en individuelle le bronze à la coupe du monde à Dijon en 2000 et une médaille de ce même métal à la coupe européenne d’escrime par équipe en 2006 à Troyes.
J’ai totalisé 14 podiums aux championnats de FRANCE individuels et par équipe des catégories minimes à la catégorie seniors, tant dans les compétitions FFE, que dans les compétions FNSU.
Mes derniers faits d’armes marquants ont cependant été réalisés sous les couleurs du ministère de l’Intérieur. En 2009, j’ai en effet été championne de FRANCE entreprises individuelle et 3ème par équipe mixte, sous les couleurs du ministère, et encore 3ème individuelle et 2ème par équipe en 2010.
Cette même année, j’ai également terminé 7ème et premier français du tournoi international mixte de la police à Berlin, alors que j’étais la seule fille et la seule représentante de la gendarmerie de la sélection française.

Mes années en tant que sportive de haut niveau m’ont permis d’acquérir la maîtrise de soi. Mais également le sens de l’équipe, ce qui peut paraître étonnant dans un sport individuel, mais ce qui est bien le cas, j’ai découvert en effet ma capacité de me muer de simple équipière en leader d’équipe. Enfin, au Pôle où le management d’une équipe de sportifs de haut niveau n’est pas une sinécure pour l’encadrement, j’étais utilisée comme relais par les entraîneurs pour faire passer leurs décisions et assurer la cohésion du groupe. A l’époque, je ne le savais pas mais je développais déjà mes qualités de manager pour ma vie professionnelle…

Vous avez posé l’épée pour rejoindre les bancs de l’IRA. Est-ce indiscret de vous demander pourquoi ?

Bien que passionnée par l’escrime, je savais que je ne pourrais pas en vivre car il ne s’agit pas d’un sport professionnel. Aussi, forte de mon master 2 en droit public, j’ai commencé a passer les concours. C’est ainsi que j’ai réussi notamment le concours d’attaché d’administration d’Etat, et que j’ai intégré l’institut régional d’administration de Metz.
Suite à la scolarité, notre affectation était conditionnée par le classement de fin d’année. J’étais suffisamment bien positionnée pour prétendre à un poste d’administration centrale comme je le désirais,  mais pas assez pour choisir le périmètre que je souhaitais.
C’est ainsi, que j’ai été affectée en gendarmerie alors même que je n’avais aucune culture militaire de par mon milieu familial. J’avoue avoir été un peu déçue, non pas par manque de respect pour l’institution que j’admirais du fait de ses missions, mais parce que le périmètre avait la réputation auprès des élèves-stagiaires de ne pas donner de parcours de carrière aux personnels civils. Le directeur d’IRA, voyant ma déception, m’a cité un vers de René Char qui m’accompagne désormais depuis 10 ans « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront ». 

Quelle a alors été votre ascension ?

Pour mon premier poste, j’ai été affectée en tant que rédactrice au bureau des droits individuels. Je rédigeais les mémoires en défense suite aux recours des militaires à l’encontre de trop-perçus de solde. La matière sous son premier aspect austère s’est vite révélée passionnante. La complexité des questions juridiques et le maniement des calculs et des chiffres me plaisaient. Mon chef de bureau de l’époque m’a transmis son goût de la perfection et sa pugnacité à mener à bien les dossiers quelles que soient les difficultés rencontrées. C’est lui également, qui très rapidement, m’a fait confiance et proposé de nouvelles responsabilités au sein du bureau en m’accordant le poste de chef de section pension-contentieux.  C’est ainsi que je me suis retrouvée à encadrer ma première équipe composée d’officiers et de sous-officiers. La mission était de taille puisqu’il fallait mettre en œuvre la réforme des retraites nouvellement adoptée et amorcer la modernisation de la liquidation des pensions. Soucieuse d’évoluer professionnellement, afin notamment de passer l’examen professionnel me permettant d’accéder à mon grade supérieur, j’ai cherché une nouvelle affectation au ministère de l’intérieur. C’est alors, qu’un collaborateur avec lequel j’avais travaillé lors de la réforme des retraites m’a proposé le poste de chargé de projet auprès du sous-directeur de la gestion du personnel. Poste que j’ai immédiatement accepté car la transversalité du poste me plaisait. Bien sûr, j’ai vite été rattrapée par mes domaines de compétences et j’ai été chargée de l’indemnitaire des personnels civils cette fois-ci ! Suite à ma réussite à l’examen professionnel d’attaché principal, je suis adjointe au chef de bureau de la reconversion depuis septembre 2018. 

Si je fais le bilan de ces dix années, je suis passée de rédactrice à adjointe au chef de bureau, d’attachée à CAIOM à compter du 1er janvier 2020. Je mesure à quel point ce parcours est une belle ascension notamment lorsque j’échange avec mes anciens camarades de promotion qui ne sont pas encore à ces niveaux de responsabilité ou de grade. Je me rends compte aussi à quel point les missions confiées ont été passionnantes et mon rythme soutenu ! On ne s’ennuie pas en gendarmerie.
Ceci est bien sûr dû à mon investissement personnel, à mon attachement sans faille à l’institution gendarmerie mais également aux soutiens de mes équipes qui ont toujours été remarquables et aidantes et à mes supérieurs hiérarchiques qui ont cru en mes compétences et qui m’ont fait confiance.
La gendarmerie est une institution qui sait donner quand on lui donne. 

Depuis septembre 2018, vous êtes adjointe au chef du bureau de la reconversion. Quelles sont vos missions ?

Depuis 2018, je suis adjointe au chef de bureau de la reconversion. Ce bureau, relevant de l’administration centrale, est chargé d’élaborer la politique de la reconversion de la gendarmerie et de la chaîne territoriale composée de 22 centres d’orientation et de reconversion (COR).
La reconversion a une double ambition : apporter des réponses personnalisées aux militaires de la gendarmerie nationale dans le cadre de leur évolution professionnelle et sensibiliser les employeurs aux compétences détenues par les personnels de la gendarmerie nationale.
Chaque année, des milliers de militaires de la gendarmerie nationale poussent la porte d’un COR afin d’évoluer vers une nouvelle carrière dans le secteur civil. Outre une oreille attentive, le COR propose à chacun de ces candidats un parcours adapté à ses besoins reposant sur une aide à la définition du projet professionnel, à la formation, à l’acquisition des techniques de recherches d’emploi et enfin une mise en relation avec des recruteurs. Il existe autant de projets que de candidats. Le candidat peut chercher à transposer les compétences déjà acquises en interne ou changer totalement de voie en se formant sur un métier dont il ne détient pas forcément les techniques.
C’est ainsi que ces candidats à la reconversion partiront en tant que directeur de sécurité, menuisier ou encore confiseur.
En parallèle à cet accompagnement, le conseiller en emploi se charge d’entrer en contact avec les employeurs de son bassin d’emploi afin de leur expliquer les savoir-faire et savoir-être développés par les militaires de la gendarmerie lors de formations exigeantes, et mis en œuvre dans un contexte opérationnel difficile.
Le conseiller en emploi en ciblant les besoins et les attentes des employeurs est un véritable consultant en sourcing gratuit au profit de ceux-ci.
Ce poste de par sa dualité de missions  m’enrichit quotidiennement. J’apprécie son côté tourné vers l’humain. J’avoue être admirative de ces hommes et de ces femmes qui font le choix et prennent le risque de changer de vie. Même si la démarche est de plus en plus fréquente dans notre société actuelle, elle demande une sacrée remise en question. Puis, j’apprécie son ouverture sur le privé. Ces entreprises nous donnent une culture du privé (que je n’ai jamais eue personnellement) et nous questionnent dans nos modes de fonctionnement. 

Vous travaillez sur un projet numérique novateur actuellement. De quoi s’agit-il ?

Je suis contente que vous souleviez ce point, car pour ne rien vous cacher, nous sommes très fiers de ce projet numérique qui est le fruit d’une belle collaboration entre notre bureau et ceux techniques.
Depuis maintenant un mois, les conseillers en emploi de la chaîne reconversion ont à leur disposition un outil intégré. Cet outil est une aide à la décision pour le conseiller et automatise la mise en relation entre le candidat et l’employeur, ce qui permet un gain de temps considérable pour le conseiller en emploi qui peut se consacrer pleinement à l’accompagnement des personnels.
Le succès de cette première étape, nous incite à continuer pour la mise en œuvre cette fois-ci d’un job-board sur internet qui élargira notre visibilité auprès des conjoints des gendarmes ou des militaires ayant quitté l’institution. Cette nouvelle année s’annonce riche en défis technologiques ! 

Comment occupez-vous votre temps en dehors de votre vie professionnelle ?

Mon temps en dehors de ma vie professionnelle est entièrement consacré à mes deux petits garçons de 18 mois et 3 ans. Lorsque je rentre, j’ai une 2ème, voire une 3ème journée qui commence. Ils sont encore petits et demandent une attention de tous les instants. J’avoue que je leur donne volontiers tout le temps qui me reste car c’est qui me rend la plus heureuse.
Mes loisirs et ceux de mon époux tournent autour d’eux. J’essaie de les sensibiliser à ce que j’aime : les livres, les sorties au musée, le sport…, tandis que leur papa se charge de les ouvrir à la musique et à l’anglais. Mais nous restons avant tout à l’écoute de leurs envies et nous orientons nos activités en fonction d’eux. Pour ma part, ils m’apprennent beaucoup, sur des sujets pour lesquels je n’aurais jamais imaginé avoir le moindre attrait un jour. Par exemple, je suis désormais incollable sur les dinosaures et je connais toutes les fermes de Paris ! Lorsque j’ai besoin de me ressourcer, je retourne en Bourgogne dans ma famille. La nature y est magnifique et apaisante. Quand je n’ai pas l’opportunité de m’échapper loin de Paris et que je souhaite un temps rien que pour moi, je lis. C’est la raison pour laquelle les transports en commun ne me dérangent pas. Ils sont pour moi l’occasion de lire encore et encore…

Merci à vous pour cet entretien qui prouve qu’avec de la volonté, il est possible d’avancer. Le travail, le sport, la culture, la nature, la famille sont vos sources d’équilibre. Belle suite…

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