by Valérie Desforges

Interview de Vanessa Escot, Chef du bureau Rayonnement à l’Ecole de guerre


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Suite à l’interview de Vincent Guéquière, Miss Konfidentielle s’est naturellement tournée vers Vanessa Escot, Chef du bureau Rayonnement à l’Ecole de guerre, afin de mettre en lumière son parcours de femme au sein d’un univers d’hommes. Discrète et sympathique, elle nous ouvre des portes. Celles de son parcours, de l’Ecole de guerre, de ses actualités et de sa personnalité, en toute simplicité.

Bonjour Vanessa,

Votre parcours en tant que femme est susceptible d’être source d’inspiration pour des lectrices. Je vous invite à le partager.

Bonjour Valérie, mon parcours est en effet atypique mais peut-être pas suffisamment pour constituer une source d’inspiration !

Je suis née à Orléans et y ai fait une partie de mes études. Mais c’est à Bordeaux que je fais la rencontre de la gendarmerie… après avoir poussé la porte d’un centre d’information et de recrutement. A ce moment-là on ne pouvait pas parler de vocation puisque je cherchais un job d’étudiant qui me permettrait de financer ma licence en langues étrangères ! 

Avec le recul, je sais que rejoindre les rangs de la gendarmerie ne peut être un engagement fortuit. Il est vrai que mon grand-père était gendarme et que j’ai également un oncle qui a exercé comme officier de gendarmerie dans la filière Police Judiciaire, nous n’avions jamais cependant évoqué leur métier auparavant. En découvrant cette institution à 20 ans, je réalise ainsi que je partage et adhère naturellement à nombre de ses valeurs, en particulier la recherche de la justice et de l’équité dans la société, même si cela peut paraitre naïf…Je passe les tests de sélection et m’engage comme gendarme adjoint volontaire (agent de police judiciaire adjoint) tout en poursuivant mes études à Bordeaux. Un an après, ressentant le besoin de m’épanouir en exerçant davantage de responsabilités, et encouragée par ma hiérarchie, je rejoins l’école des officiers de la gendarmerie à Melun. 

S’ensuit un parcours riche et varié au cours duquel je poursuis des études en communication et exerce sous plusieurs statuts. Ceci me conduit à tous les échelons de commandement, en métropole comme en outre-mer (Réunion et Guyane), en passant par le Service d’information et de communication de la gendarmerie (SIRPA), le Cabinet du directeur de la Gendarmerie nationale à Beauvau ou encore la Garde républicaine. J’ai même eu l’opportunité de mener une mission d’expertise en communication au profit du Ministère de l’intérieur et des Troupes de l’intérieur ukrainiens ! 

J’ai rejoint cet été l’encadrement de l’Ecole de Guerre après y avoir passé un an de scolarité. Me voici donc aujourd’hui dans un organisme interarmées ! Et je suis heureuse d’évoluer au milieu de camarades avec lesquels la gendarmerie partage les codes et valeurs liées à son enracinement et son identité militaires. Donc si une seule chose peut constituer une source d’inspiration dans mon parcours, c’est l’idée de donner un sens à sa vie par l’engagement, celui de vivre selon son éthique et à la lumière de sa morale.

Avez-vous des expériences qui vous ont marquée ? 

Elles sont nombreuses. A l’image de notre temps, elles touchent aux enjeux climatiques, sociétaux, terroristes et se matérialisent toujours par des drames humains. Je pense immédiatement à la gestion du cyclone Dina en 2002, l’un des plus violents que l’île de la Réunion ait connu, durant lequel je suis de permanence en salle opérationnelle, je pense aussi à la disparition du petit Antoine dans le Puy-de-Dôme en 2008  et la mobilisation de tous les acteurs des chaînes opérationnelle et de communication lorsque je suis affectée au SIRPA, je pense encore à la traque des frères Kouachi et à la gestion du crash de l’avion de la Germanwings  en 2015 alors que j’occupe les fonctions de chargée de communication  au Cabinet du directeur général de la gendarmerie, je pense enfin au décès en service d’un jeune motocycliste de la Garde républicaine lorsque je suis à la tête du bureau accompagnement du personnel en 2017. Plus qu’une succession d’événements, de dates ou d’affectations, ce sont finalement les émotions qui restent. On revit ce moteur commun à tous qui nous permet de jouer « notre partition » dans la gestion de l’événement, cette ressource interne qui permet de transcender la stupeur, la sidération et parfois le sentiment d’impuissance parce qu’on aimerait en « faire davantage ». C’est aussi paradoxalement à ce moment-là que l’on ressent une fierté immense d’être un rouage important d’une chaîne humaine qui fonctionne, on mesure alors la chance de pouvoir exercer un métier qui a du sens.

Depuis juillet 2019, vous êtes Chef du bureau Rayonnement à l’Ecole de guerre

– L’Ecole de guerre porte une histoire passionnante. Cela serait un honneur que vous nous l’a contiez

L’Ecole militaire a été fondée le 18 janvier 1751 par Louis XV « pour entretenir et éduquer dans la guerre cinq cents jeunes gentilshommes » au cœur de Paris. En son sein, apparaît en 1876 l’école supérieure de guerre pour former les officiers d’Etat-major de l’armée de terre en réaction à la défaite de 1870, avant que la marine et l’armée de l’air ne fassent de même. En 1948, en réaction à la défaite de 1940, le cours supérieur interarmées est institué pour compléter l’enseignement des trois écoles supérieures en matière de stratégie (notamment nucléaire) et d’enjeux internationaux. En 1993, en réaction à la fin de la guerre froide, toutes ces écoles fusionnent dans un collège interarmées de défense mais, la tradition restant la plus forte, ce collège reprend en 2011 l’appellation d’école de guerre. Elle prépare aujourd’hui les meilleurs officiers supérieurs des armées françaises, amies et alliées à devenir les chefs militaires de demain. 

150 à 200 officiers supérieurs la rejoignent chaque année au terme d’un processus particulièrement sélectif car la spécificité du monde militaire est de réévaluer régulièrement les perspectives ouvertes par les formations acquises. Issus de l’armée de Terre, de la Marine nationale, de l’armée de l’Air, de la Gendarmerie nationale et des différentes directions ou services de soutien, ils ont tous assumé avec succès au cours d’une première partie de carrière des responsabilités opérationnelles et de commandement au sein de leur corps d’appartenance. Ils sont rejoints par 70 à 90 stagiaires étrangers, car plus de 60 pays choisissent chaque année de confier la formation de leurs officiers supérieurs à la France. 

Le vice-amiral Loïc Finaz, actuel directeur de l’Ecole de guerre, a souhaité que cette dernière soit complètement ouverte sur le monde et la société civile, et c’est dans cet esprit qu’elle accueille également des auditeurs civils. Députés, représentants de l’industrie de défense, ingénieurs, avocats, écrivains, cinéastes ou journalistes auxquels tout l’enseignement de l’Ecole de guerre est ouvert, sont ainsi pour celle-là un enrichissement exceptionnel. Ouverte sur l’interarmées, l’interministériel et l’international, pluridisciplinaire et s’appuyant sur de nombreux partenariats, la formation reçue se veut représentative de l’« approche globale », qui prévaut aujourd’hui dans la résolution des crises et dans les engagements en opération, dans un monde de plus en plus complexe, où les barrières du temps et de l’espace s’estompent chaque jour un peu plus. En outre, l’École de guerre développe un projet centré sur chaque officier, en tenant compte de ses expériences passées et de ses orientations de carrière future, et qui le positionne en acteur de sa formation. Personnalisation, responsabilisation et ouverture sont les maîtres-mots qui régissent les principes pédagogiques de l’enseignement qui y est délivré ! Au niveau collectif, il s’agit de comprendre la nature profonde de la conflictualité et la réponse militaire apportée sous la forme d’opérations planifiées puis conduites. Au niveau individuel, il faut se connaître pour innover afin de surprendre, tout en sachant convaincre pour faire adhérer.

– Votre titre est énigmatique. Que signifie t-il ?

Avec mon adjoint le Premier Maitre LENER de la Marine nationale,  nous avons pour mission de valoriser l’Ecole de Guerre, son modèle unique, l’enseignement qui y est délivré et les travaux qui y sont réalisés, auprès des communautés de la défense, de l’enseignement et de la recherche, et du grand public. Nous animons la politique de communication de l’école en liaison avec la cellule communication de l’Etat-Major des armées, en activant de tous les leviers de rayonnement à notre disposition (réseaux sociaux, création d’événements, publications, animation d’un réseau partenarial). Même si chaque officier stagiaire contribue au rayonnement de l’école, nous nous appuyons sur quatre comités spécifiques : communication, maison d’édition, conférences et « La croisée des Mondes » -qui est l’évènement de clôture de fin de scolarité. Ces comités sont animés par les stagiaires volontaires, dans une démarche de responsabilisation. En leur laissant le choix de leurs activités, ils participent ainsi à l’enrichissement de l’enseignement !

Pour y avoir effectué ma scolarité l’année dernière, je suis aujourd’hui heureuse de contribuer au rayonnement de l’Ecole de guerre. C’est une pépite qui fait grandir ses officiers individuellement et collectivement en leur ouvrant des fenêtres sur l’extérieur et en les confrontant aux opinions extérieures. C’est une année inoubliable qui marque le parcours de tous les officiers qui y sont passés.

– Il me semble que vous avez trois actualités à partager avec nous. Vous vous lancez ?

Oui ! L’Ecole de guerre c’est aussi une maison d’édition dirigée par les officiers de la promotion et qui a fêté son premier anniversaire en novembre dernier. Les éditions de l’école de guerre contribuent à la diffusion de la pensée militaire, géopolitique et stratégique française, en publiant les meilleurs mémoires des stagiaires mais aussi les manuscrits d’auteurs civils ou militaires dont la vision peut être plus libre voire parfois atypique. Une dernière collection “Quartier libre” vient de voir le jour. Plus originale, elle publie des romans et le premier de la collection vient de paraître, il s’agit de « Frères de solitudes ». Il s’agit du vingtième ouvrage de notre maison d’édition. L’auteur nous transporte dans un monde inconnu, secret, opérationnel et bouleversant. Vous pouvez vous le procurer ici :  https://ecoledeguerre.paris/editions/

L’Ecole de guerre organise un cycle de conférences accessibles au public, qui participent à la volonté d’ouverture de la maison. Les thèmes de réflexion et les intervenants sont divers et permettent de trouver des références parfois très éloignées du métier des armes ! Nous avons reçu Martin Bouygues au sujet du leadership, Isabelle Autissier et Erik Orsenna sur les enjeux du Grand Nord, et nous accueillerons bientôt  Jérôme Fourquet et Pierre Vermeren, François Molins, Sonia Mabrouk ou encore Michel Barnier !  Les personnes intéressées par nos événements peuvent s’inscrire.

Une dernière actualité nous occupe, il s’agit du recrutement des auditeurs civils qui vient de s’ouvrir pour la prochaine promotion (cycle 2020-2021). Si l’Ecole de guerre est l’école des chefs de demain, cette ambition ne peut se réaliser sans ouverture sur la société civile : les auditeurs civils en sont les ambassadeurs et en retour, ils enrichissent leur compréhension des enjeux de défense. Le bureau Rayonnement attend les CV et lettres de motivation avant le 15 mai 2020.

En fait, il se passe toujours quelque chose à l’Ecole de guerre, les projets fourmillent car les officiers sont des moteurs de formule 1 et génèrent mille activités ! Un seul moyen pour nous suivre c’est de vous abonner sur nos réseaux sociaux ! Facebook et Twitter

Sérieuse au bureau, prenez-vous le temps de vous détendre ?

J’aimerais vous dire que je suis une grande fan de course à pieds  et de défis sportifs en tout genre ! Malheureusement, je n’ai jamais réussi à attraper le virus du sport. Dans les faits, c’est la musique électro-industrielle et les concerts qui me ressourcent ! Les décibels me permettent d’évacuer les tensions et m’aident à me reconnecter à moi-même ! Je suis également accro aux voyages, les grands comme les petits… étant issue d’une famille de globe-trotters, je me sens bien partout dans le monde ! Et j’apprécie particulièrement retrouver mes racines à la Réunion, île magnifique d’où est originaire une partie de ma famille.

Nous allons nous quitter. Souhaitez-vous dire un dernier mot, une citation qui vous tient à cœur ?

Je citerais François de la Rochefoucauld « Il y a du mérite sans élévation mais il n’y a point d’élévation sans quelque mérite » En étant affectée au SIRPA puis au cabinet du directeur général, j’ai été aux premières loges pour vivre et accompagner certaines évolutions majeures. Comme toute organisation, la gendarmerie connait et s’adapte au gré de  transformations ou de réformes liées à des contextes sécuritaire et économique mouvants, tout en gardant son ADN de force armée qui vit et fonctionne au sein d’un environnement civil, la population, au profit de laquelle elle agit. Cela implique de nécessaires ajustements en matière de gestion des ressources humaines en interne, qui peuvent se traduire soit par des opportunités, soit des obstacles.

Personnellement, j’ai connu les deux, j’ai parfois pu couper dans les virages et parfois dû revoir certains de mes projets. En faisant une rétrospective, je réalise que mon parcours est celui que je me suis construit, soit en suivant des études sur un plan académique  soit en passant des examens et concours internes exigeants, tout en menant au mieux mes missions au sein de structures parfois exposées. Ainsi, ce chemin a été possible grâce à certains de mes chefs ou camarades qui m’ont aidée, appuyée ou qui ont misé sur un profil atypique. « On est les autres » disait Henri Laborit, et j’aimerais aujourd’hui rendre hommage à ces personnes qui dans l’action, savent prendre en compte l’intérêt collectif de la mission tout en tenant compte du facteur humain.

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