by Valérie Desforges

Interview de Franck Denion, coordonnateur du CISPD de Melun Val de Seine

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Miss Konfidentielle a le plaisir d’interviewer Franck Denion, personnalité dynamique et sympathique de l’Agglomération Melun Val de Seine, située aux portes du Grand Paris et qui abrite notamment la Gendarmerie Nationale (le Groupement départementale, l’EOGN, le Musée de la Gendarmerie..) mais aussi la Direction départementale de la sécurité publique et plusieurs commissariats. Franck Denion, aujourd’hui coordonnateur du CISPD de Melun Val de Seine nous raconte spontanément son parcours, ses fonctions actuelles, sa philosophie de vie et ses loisirs. 

Bonjour Franck,

Vous avez débuté jeune dans la vie active, 14 ans, est-ce bien cela ?

Absolument. Je suis rentré dans la vie active à 14 ans dans le secteur agricole. A l’époque, je voulais travailler pour ne pas être une charge pour mes parents. L’agriculture était le seul secteur autorisé à recruter à cet âge. Cela a duré quatre ans, et ce tout en poursuivant ma scolarité. 

Cette expérience m’a démontré combien la vie active était difficile. Je n’ai jamais entendu un ouvrier se plaindre malgré la fatigue et les douleurs évidentes. C’est peut-être de cette expérience que j’ai appris à supporter la pénibilité de certaines situations.

Quelques années plus tard, vous décidez de rejoindre la police. Quel est le lien entre le secteur agricole et celui de la police ? 

Aucun ! J’ai toujours voulu avoir un métier actif et surtout je ne me voyais pas dans un bureau. Au départ, je voulais être sapeur-pompier !

L’un de mes voisins qui travaillait à la BAC 40 (Brigade anti-criminalité à Bobigny) m’a convaincu de rejoindre la police. En l’écoutant, j’ai voulu en savoir davantage. J’ai alors choisi de faire mon service dans la police nationale et plus précisément à la CRS 7, en section autoroutière. J’ai appris à aimer le métier et j’ai eu envie de m’engager pour mon pays. 

En 1993, à l’âge de 20 ans, je passe un concours d’agent de police municipale afin de rejoindre un ami qui venait de débuter sa carrière à Sartrouville dans les Yvelines. Coup du sort, le copain démissionne la veille de mon arrivée en poste. Dans ce métier, aux interventions de basse, moyenne et haute intensité, j’apprends, au contact de mes paires, à alterner la rigueur, le courage et la déontologie, trois vertus éminemment importantes dans les métiers liés à la défense et à la sécurité. 

14 ans plus tard, j’ai eu le plaisir de recevoir la médaille des 20 ans de travail. Celle-ci récompensait à la fois le temps passé dans l’agriculture et dans la police. A ce moment là, j’ai ressenti un sentiment de reconnaissance et de fierté car j’avais conscience de l’originalité de la situation.

C’est là que votre cheminement s’accélère…

Effectivement. Quelques années et collectivités plus tard, je deviens responsable d’une police municipale d’une quarantaine d’agents. A ce moment là, je suis confronté à cette question récurrente de mes subalternes : « Chef, vous avez quoi comme diplôme ? ».
Certificat d’études, Bac en poche, chef de la police municipale, réserviste opérationnel de la gendarmerie affecté au PSIG d’Evry, chargé de cours pour le CNFPT (Centre National de la Fonction Publique Territoriale) et expérience réussie ne suffisent plus à me légitimer. 

Ce léger complexe et une soif de théorisation me poussent alors à reprendre les études tout en poursuivant ma carrière : DESS en 2005 (IPAG – aujourd’hui école de Droit Université Clermont Auvergne – dans laquelle je deviens enseignant vacataire grâce à François CHOUVEL, alors directeur de l’IPAG), Master II Pro en 2006 (Université de Nice Sophia-Antipolis) et Master II Recherche en 2007 (CE – IEP de Toulouse I) en droit et science politique. Dans le même temps, je passe les concours de catégorie B en 2004 puis de catégorie A en 2010. 

Dans la foulée, je suis nommé directeur de la police municipale à Montfermeil puis directeur adjoint de la police et sécurité civile municipales à Saint-Etienne, une police composée de 160 agents de police et une direction totale de 240 effectifs – la 7ème plus grande de France, tout en intégrant le Centre d’études et de recherches sur la police à l’université de Toulouse pour poursuivre en thèse de droit et science politique.

Aujourd’hui quelles sont vos fonctions ?

Elles sont toujours intenses. Je suis coordonnateur du CISPD (le Conseil Intercommunal de Sécurité et de Prévention de la Délinquance) de Melun Val de Seine depuis 2016. Je travaille avec tous les partenaires du domaine de la défense, de la sécurité et de la prévention afin de lutter contre la délinquance en toute synergie et cohérence. Nous essayons avec un ensemble de 65 partenaires de trouver des solutions rapides, concrètes, pragmatiques, économiques… et qui fonctionnent ! 

Voici des exemples,
Nous avons créé un GITD (Groupe intercommunal de traitement de la délinquance – une première en France en 2016) qui fait ses preuves et qui est piloté par la Procureure de Melun (Madame ANGELELLI);
Une police intercommunale des transports, la seconde en France et la 1ère en Ile-de- France ;
Nous organisons des séminaires sur diverses thématiques (lutte contre la radicalisation, matinale des travaux d’intérêt général (TIG), un séminaire des polices municipales) ;
Nous avons créé en partenariat avec la Préfecture de Seine-et-Marne (Karine MULOT-RADOJCIC), l’Université de Melun (Frédéric DEBOVE) et l’Education nationale (Franck THENARD-DUVIVIER) une cordée de la réussite appelée « module ». Il s’agit d’une formation complémentaire pré-universitaire destinée aux jeunes lycéens souhaitant poursuivre leurs études dans le domaine de la défense et de la sécurité. Celle-ci vient d’ailleurs de démarrer à l’université de Melun.

Parallèlement, je suis :
intervenant pour le CNFPT ;
réserviste au PSIG d’Evry ;
il m’arrive d’encadrer des PMG (préparation militaire gendarmerie) à Beynes dans les Yvelines. La photo que vous voyez, c’est le P1 ! Un groupe de réservistes incroyable. Il me manque parfois ! ;
je suis jury de concours pour les CIG (Centre Interdépartemental de Gestion Grande et Petite couronnes) et le CDG 77 (Centre de Gestion de la Fonction Publique Territoriale de Seine-et-Marne) depuis très longtemps ;
j’interviens également, une à deux fois dans l’année à l’EOGN (École des officiers de la Gendarmerie nationale), l’Ecole de la Magistrature ou encore l’ENSP (Ecole Nationale Supérieure de la Police) à Cannes-Ecluse… le tout sur mes congés annuels, le soir ou le samedi.

Pour finir, j’ai rédigé de nombreux ouvrages dont l’un est préfacé par Charles PELLEGRINI « mémento de l’ASVP chez Les éditions La Baule », ex patron de l’OCRB (Office Central de Répression du Banditisme), un autre par François CHOUVEL « Police missions et moyens chez Territorial éditions », l’ex directeur de l’IPAG, puis un par Jean-Marc BERLIERE (Les écrits professionnels chez Les éditions La Baule »), célèbre historien de la police, une petite fierté !

Je sais que cela fait beaucoup mais si l’on gère rigoureusement son agenda, on y arrive !

Que pensez-vous de votre chemin… des satisfactions, des déceptions ?

Ne sachant pas rester sans rien faire, j’ai beaucoup appris. Les moteurs de ma motivation sont l’innovation, la recherche de solutions concrètes, mon attachement à l’intérêt général, la transmission des savoirs, la relation à l’autre.

J’ai croisé des gens formidables dans ma carrière qui est loin d’être terminée. Sans eux, je n’aurais certainement pas pris autant de plaisir. C’est toujours délicat de citer des personnes car vous en oubliez inévitablement. Pour autant, je peux en citer quelques uns car je ressens beaucoup de reconnaissance pour eux. Il s’agit du Commandant de gendarmerie de réserve Jean GILLET, c’est lui qui m’a fait rentrer au PSIG il y a 20 ans sous les ordres du Major Didier VASELLI… un militaire dur mais juste. Il est un ami aujourd’hui. Jean est un incroyable spécialiste des armes avec lequel d’ailleurs nous avons remporté un titre militaire européen devant 24 autres nations. Mon ami Pascal, décédé en 2013 et qui était toujours là quoi qu’il arrive. Il y a aussi l’incroyable Frédéric DEBOVE avec qui nous réfléchissons beaucoup pour trouver des solutions en faveur de ceux qui veulent tout connaître du droit et de la sécurité et avec lequel je cours parfois. Sans que je puisse citer tout le monde, je dois tout de même encore citer François CHOUVEL qui m’a toujours fait confiance et beaucoup aidé. Et puis, il y a des personnalités avec lesquelles j’ai travaillé et qui m’ont beaucoup marqué par leur personnalité et leur charisme comme François MOLINS, alors procureur de Bobigny à l’époque, François DRIOL, Colonel des sapeurs-pompiers au SDIS 42, Xavier LEMOINE, maire de Montfermeil ou encore Guy PETIT, Commissaire de police à Villepinte, aujourd’hui décédé.

Lorsque l’on s’investit autant dans son travail, il est vrai que l’on passe à côté de bon nombre de choses. Et même si vous dormez peu et que vous récupérez rapidement, ce qui est mon cas, il y a un prix à payer. Par exemple, sur un plan familial, je n’ai pas vraiment vu grandir mes enfants ni beaucoup vu mon épouse durant une certaine période. On a connu deux périodes très difficiles. Aujourd’hui, tout est rentré dans l’ordre et je fais attention à bien concilier les deux.

Nous devons bientôt nous quitter. Avec un tel plein d’énergie, arrivez-vous à vous canaliser ?

Oui. Je cours dès que je peux. A une époque, je courais jusqu’à 200 km par mois à raison de quatre fois par semaine. Aujourd’hui, je cours des semi-marathons, une distance qui me permet de décompresser, de me ressourcer. Courir m’apporte du calme, un équilibre physique et psychique.

Je lis également la presse tous les matins. Et j’adore Jean d’Ormesson. Dernièrement, j’ai lu sa pièce de théâtre « La Conversation » qui m’a vraiment inspiré. J’ai été épaté de voir avec quel talent il a pu à la fois compter un bout de l’histoire de France, tout en faisant parler Napoléon Bonaparte avec Jean-Jacques-Régis de Cambacérès. Une conversation qui n’a jamais eu lieu mais qui aurait pu. Un régal à lire en une soirée !

Je terminerai par une citation de Jean d’Ormesson qui me résume assez bien dans notre entretien : « Quelle qu’elle soit, la vie est belle ! Oui, la vie est une vallée de larmes… Mais c’est aussi une vallée de roses ! ». 

1 commentaire
  1. Franck Denion dit

    Merci chère Valérie pour votre excellent travail ! Ne changez rien ! À très bientôt j’espère, Franck Denion

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