by Valérie Desforges

République Tchèque – Jiří Šlitr, un original en chef expose à Paris

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Le Centre tchèque de Paris et la Galerie Villa Pellé de Prague présentent jusqu’au 11 avril une exposition inédite en France de dessins intitulée  Šlitr Šlitr Šlitr consacrée au compositeur, pianiste, comédien et artiste emblématique tchèque des années 60.

Jiří Šlitr est principalement connu du public tchèque pour ses apparitions et prestations artistiques en tant que musicien, acteur et chanteur de premier ordre. Pendant sa carrière, il a composé des mélodies et plus de trois cents chansons pour Le Théâtre Semafor : acronyme tchèque de Sept petites formes (Sedm malých forem), soit sept genres de théâtre et de musiques différents : cinéma, poésie, jazz, spectacles de marionnettes, danse, beaux-arts et cabaret. Des œuvres musicales, loufoques, décalées voire absurdes, dignes des extravagances créatives des Frères Jacques, Boris Vian, Boby La Pointe ou Nino Ferrer qui sévissaient sur les ondes en France sensiblement à la même époque. Sa musique a aussi accompagné plus de vingt œuvres dramatiques et cinématographiques. Il a notamment composé la musique pour les films suivants : « Kdyby tisíc klarinetů / S’il y avait mille clarinettes », « Bylo nás deset / On était dix », « Zločin v šantánu / Crime au café-concert » (il y interprète aussi un rôle). Artiste protéiforme, Jiří Šlitr a également contribué au succès de la Nouvelle Vague tchèque en composant la musique pour le film de Miloš Forman « Černý Petr / L’As de pique » et pour le premier long métrage de Věra Chytilová « O něčem jiném / Quelque chose d’autre ».

Art du dessin 

Quant à l’art du dessin, la seconde passion artistique de Šlitr, elle est moins connue et reste dans l’ombre de ses activités précédentes. Malgré un certain nombre d’expositions nationales et internationales, vingt publications accompagnées de ses illustrations, l’intérêt pour le travail de Šlitr au cours de la dernière décennie a quelque peu diminué. L’exposition actuelle présentée à Paris jusqu’au 11 avril de ses œuvres confirme néanmoins que les dessins de Šlitr, comme ses chansons, restent pour le public d’aujourd’hui compréhensibles et attractifs. Sans-avoir étudié aucune discipline artistique, Šlitr s’est notamment largement inspiré des arts plastiques de son époque, qu’il a eu la chance de découvrir pendant ses voyages à New York, Londres, Paris ou Vienne. L’une des impulsions importantes pour se libérer de la représentation réaliste et inventer son propre style a été initiée lors de son séjour à Bruxelles pour l’EXPO 58, où il était le protagoniste du premier spectacle de Laterna Magika. Šlitr était enchanté par les figures abstraites de Paul Klee, Pablo Picasso, Joan Miró ainsi que par les tendances novatrices du dessin et de la caricature. A cette époque, l’œuvre du caricaturiste Saul Steinberg, juif roumain basé à New York a fortement résonné en Tchécoslovaquie. En créant un dessin dynamique, schématique et humoristique, Šlitr est devenu l’un des principaux artistes caricaturistes et illustrateurs tchécoslovaques de la fin des années 50 et 60.

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Mort prématurée 

Le charme majeur du travail de Šlitr réside dans sa connexion étroite au monde de la musique, du cinéma et du théâtre. L’artiste trouve finalement son propre style, proche du rythme du jazz, à la fin des années 50. Les dessins exposés aujourd’hui à Paris ont été principalement réalisés pendant les dix dernières années avant sa mort prématurée – il a été retrouvé asphyxié dans son appartement praguois – en 1969 à l’âge de 45 ans. Dans les années qui suivirent son comparse et alter ego à la scène Jiří Suchý décide de continuer l’aventure du théâtre Semafor avec la comédienne Jitka Molavcová. Son engagement auprès de l’opposition anti-communiste le conduit à devoir démissionner de son poste de directeur du théâtre. En dépit des persécutions et des pressions du régime communiste, Jiří Suchý essaye tant bien que mal de continuer à écrire et à créer. Le retour de la démocratie en 1989 ne va pas sans de nouveau soucis, notamment financiers. De nos jours, le théâtre Semafor à Prague existe toujours et un spectacle  rétrospectif a été donné pour le 60e anniversaire de sa création en 2019. C’est toute cette période de créativité foisonnante sur fond d’années de plomb que cette exposition itinérante se propose d’aborder, à travers l’œuvre picturale et la démarche artistique d’un iconoclaste et trublion éclairé dont les airs et les tubes ont bercé jusqu’à maintenant des générations de tchèques. 

Le Centre tchèque de Paris
18 rue Bonaparte 75006 Paris
Téléphone : 01 53 73 00 22 

Exposition Šlitr Šlitr Šlitr jusqu’au 11 avril dans la Salle Janáček – Tous les jours de 13h00 à 18h00. Fermé le dimanche et lundi – Entrée gratuite. 

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