by Valérie Desforges

Journée internationale des femmes 2020 – trois femmes de la police nationale se confient

Lola Menahem à Paris, Anne-Sophie Rouland à Nantes et Elisabeth Jouvin à Lyon

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Trois femmes de la police nationale se confient à nous en toute simplicité le 8 mars 2020 à l’occasion de la Journée internationale des femmes : Lola Menahem à Paris, Anne-Sophie Rouland à Nantes et Elisabeth Jouvin à Lyon. Trois personnalités inspirantes. Miss Konfidentielle remercie chacune pour leur confiance. Belle lecture.

Avant-propos

En 1945, la Charte des Nations Unies énonçait pour la première fois dans un accord international le principe d’égalité entre les femmes et les hommes. Les Nations Unies célébraient leur première journée internationale des femmes le 8 mars 1975, à l’occasion de l’année internationale des femmes. Deux ans plus tard, en décembre 1977, l’Assemblée générale des Nations Unies adoptait une résolution instituant une Journée des Nations Unies pour les droits des femmes et la paix internationale, à observer par les États membres dans le respect de leurs traditions historiques et nationales. La Journée internationale des femmes émerge pour la première fois des mouvements ouvriers au tournant du XXe siècle en Amérique du Nord et en Europe. La première Journée nationale de la femme est célébrée aux États-Unis le 28 février 1909, organisée par le Parti socialiste américain en hommage à la grève des travailleurs du textile à New York en 1908 où les femmes protestèrent contre leurs conditions de travail. En 1917 en Russie, les femmes choisissent de protester et de faire grève  pour exiger « le Pain et la Paix », le dernier dimanche de février (le 8 mars selon le calendrier grégorien), aboutissant finalement à l’adoption du droit de vote pour les femmes en Russie. La Journée internationale des femmes est l’occasion de célébrer les progrès réalisés pour l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes, mais aussi de mener une réflexion critique sur ces efforts et d’œuvrer pour un plus grand dynamisme mondial. C’est l’occasion de mettre en avant les actes remarquables réalisés par les femmes et de s’unir pour faire progresser l’égalité des genres dans le monde. Source : Unesco

Les Konfidences de Lola Menahem, commissaire de Police –  Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) à Paris 

« J’ai vécu presque toute ma vie à Paris, mais je suis née dans le Var et j’y suis très attachée. Je me rends régulièrement à Toulon et à Marseille où habitent une partie de ma famille et de mes amis.

A 15 ans, je voulais déjà travailler pour la collectivité, être au cœur du système, réfléchir à des solutions pour améliorer l’organisation de notre société. J’ai commencé à m’intéresser à la politique puis très rapidement, j’ai compris que mon envie de servir serait plus accomplie en tant que fonctionnaire d’Etat.

A l’issue d’un cursus universitaire à Sciences Po Paris (master affaires publiques), je réussis le concours de commissaire et j’intègre l’Ecole Nationale Supérieure de la Police en 2015. Je choisis un poste dans un endroit qui bouge : chef du service d’accueil et d’investigation de proximité du commissariat de Saint-Denis dans le 93. Et oui, bon choix, on apprend vite et bien, humainement et professionnellement !

Après deux ans au commissariat de Saint-Denis, je choisis un poste très différent mais tout aussi passionnant : chef d’état-major adjoint de la Direction Centrale de la Police Judiciaire. Loin des réveils matinaux des trafiquants de stupéfiant des cités dyonisiennes, je découvre les enquêtes d’exception de la police judiciaire et les projets innovants de cette direction.

L’état-major est le coeur du réacteur de la police judiciaire. Notre objectif est de valoriser les affaires hors norme des services (par exemple la saisie de 3,3 tonnes de cocaïne par le nouvel Office antistup le 27 février 2020) et le savoir-faire des enquêteurs qui redoublent d’ingéniosité et de créativité pour anticiper et contrecarrer les menaces de la criminalité organisée, de la délinquance financière ou encore de la cybercriminalité. 

La première question que l’on me pose quand je dis que je suis policier est celle de la place de la femme dans la police. Cela signifierait qu’en 2020, le fameux slogan « la police, un métier d’homme » serait toujours d’actualité. Il est vrai que quand on prend la tête d’un service d’enquêteurs expérimentés, présents depuis de nombreuses années et avec des forts caractères, en étant une jeune femme de 26 ans, ce n’est pas neutre. Si l’étonnement et le scepticisme des uns sont surtout liés à mon jeune âge et à mon manque d’expérience, je ne peux pas ignorer que le fait que je sois une femme y est aussi pour quelque chose. Certains regards, certaines remarques, des mots plus hauts que les autres, autant de moyens de tester tout nouvel arrivant, mais ceux-ci prennent une dimension particulière lorsque vous êtes une femme. C’est un peu déconcertant au début. On ne sait pas si on doit répondre, on ne sait pas quoi répondre. J’ai décidé de prendre mon temps sans me laisser marcher sur les pieds. J’ai attendu d’être un peu plus solide sur mes connaissances et ma vision du service et du métier pour exprimer clairement mes opinions, avec conviction dans certains cas et plus d’humour et de légèreté dans d’autres. 

Aborder spontanément la question de la disponibilité en la liant à celle de l’articulation vie de femme/vie privée est assez révélateur de notre perception des femmes dans un environnement professionnel et notamment dans la police. A la disponibilité présumée des hommes s’opposerait l’indisponibilité présumée des femmes. Il serait plus compliqué pour elles de s’impliquer pleinement dans un métier prenant, en raison de leur charge domestique. Je pense que cette vision est en train d’évoluer et cette mutation concerne aussi bien les hommes que les femmes. Notre génération donne toute sa place à l’épanouissement personnel, qui ne s’accomplit pas forcément d’ailleurs à travers le foyer. 

Mon métier exige une grande disponibilité mais le reste du temps, je vis. C’est une question de choix et personnellement, je ne souhaite pas que ma vie personnelle se résume aux miettes de ma vie professionnelle. Je prends le temps de courir sur les quais de Seine au moment du déjeuner ou de me rendre à des cours de crossfit. Je décide de partir parfois un peu plus tôt le soir pour rejoindre des amis, me rendre à des concerts ou à des spectacles.

Je fais partie de la génération de la fin de l’alphabet (X,Y,W,Z, difficile à suivre). Chaque semaine, au cours de soirées avec des amis du même âge souvent déçus par le monde du travail, je prends conscience de la chance que j’ai de trouver un sens à mon métier, de parler avec enthousiasme de ce que je fais. Il ne faut pas se méprendre, être policier exige une implication qui va au-delà d’une profession classique.

Mais cela vaut bien l’exaltation d’un quotidien qui n’en est pas un, car aucune journée ne se ressemble et les joies de travailler avec des collaborateurs motivés, jeunes ou expérimentés, généralistes ou experts, créatifs ou rigoureux, mais qui n’arrêtent jamais de vous surprendre ! »

Les Konfidences de Anne-Sophie Rouland, capitaine de Police à la Direction Départementale de la Sécurité Publique à Nantes (DDSP 44)

« Originaire d’Alençon dans l’Orne, je suis attachée à cette ville. Ma famille y réside toujours. J’apprécie les forêts alentours, lieux de ressourcement à l’état pur. Je vis à Nantes depuis 2007. Il n’y a pas de forêts comparables… mais nous sommes à moins d’une heure de la mer !

Après le lycée, j’ai choisi la fac de droit. Je me suis spécialisée en droit pénal et sciences criminelles. Je suis partie un an sur Rennes pour obtenir ma Maîtrise. Après un an de préparation aux concours de la fonction publique à l’université Paris Panthéon Assas, j’ai réussi le concours d’Officier de Police. A 23 ans, j’ai intégré l’Ecole Nationale Supérieure des Officiers de Police (ENSOP) basée à Cannes-Ecluse (77). Durant 18 mois, j’ai alterné l’école et les stages dans les Hauts-de-Seine (92). Ces immersions m’ont permis de découvrir l’ensemble des métiers proposés par la Police Nationale. Plus de 120 métiers différents ! Il me restait juste à trouver le bon.

En sortie d’école en 2002, j’ai choisi l’investigation. Mon premier poste était un groupe de traitement judiciaire (groupe FLAG) à Paris 6 ème tout près de la place Saint-Sulpice. J’ai adoré ce commissariat de quartier avec une ambiance familiale. J’ai découvert sur ce premier poste des collègues originaires de toute la France, fiers de leur métier et professionnels avant tout. Une expérience très formatrice.

En 2007, j’ai été mutée à Nantes. J’ai passé huit ans au sein de la Brigade Financière de la Sûreté Départementale. Ces années à lutter contre la délinquance financière m’ont permis d’acquérir la patience et la rigueur dans mon travail.

Je suis depuis 5 ans, au sein de l’état-major du commissariat de Nantes en charge de la communication. Un métier nouveau tout aussi passionnant. Je m’occupe des relations avec les médias et du compte twitter de la Police Nationale 44. Ma mission est de mettre le travail de mes collègues en avant. Faire connaître l’ensemble de leur mission, de leur compétence et montrer leur engagement au quotidien. Twitter est un formidable vecteur pour ouvrir notre institution vers l’extérieur. On peut s’adresser directement aux citoyens sans filtre. J’essaie d’avoir une communication dynamique notamment lors des maintiens de l’ordre en remettant les scènes dans leur contexte et en montrant la violence subie par mes collègues sur le terrain. J’essaie à mon niveau d’apporter un équilibre aux attaques que l’on subit. 

J’aime ce poste car j’ai le sentiment de travailler pour les policiers. Avant je travaillais pour les victimes, aujourd’hui je suis au service de mes collègues.

J’ai passé plusieurs concours en lien avec le droit pénal. J’ai laissé faire le hasard et c’est la Police qui m’a choisi. Je n’avais pas envisagé cette carrière. Mais avec du recul, ce métier est une évidence. La Police nationale a des valeurs qui me correspondent comme la diplomatie, l’écoute, le relationnel, et être utile aux autres.

En ce jour International des femmes, je suis contente de dire que j’apprécie travailler dans un milieu d’hommes. Je pense que les relations sont plus saines et plus franches. Je n’ai jamais été confrontée à des réflexions sexistes de la part de mes collègues. En revanche certains mis en cause refusent de s’adresser à une femme ou nous ignorent lors d’une opération de Police. La première fois ça choque, après ça glisse. 

Il est vrai cependant qu’il est nécessaire d’avoir une vie familiale équilibrée pour encaisser certaines situations. Mon compagnon est policier, je pense que cela facilite ma vie professionnelle. Pouvoir parler de la journée et avoir un interlocuteur qui comprend nos difficultés est essentiel.
En tant que femme, j’arrive à bien vivre mon métier. En tant que mère, c’est plus délicat. On se met la pression pour être un bon flic et être une bonne mère. Interpeller un délinquant mais arriver à l’heure au périscolaire. C’est propre à toute mère, on culpabilise de ne pas faire assez pour nos enfants. Lorsqu’on est dans un groupe d’investigation, on a des horaires extensibles et on se doit d’être disponible. 

J’étais à cette période tirailler entre mon métier et ma fille. Aujourd’hui, en état-major, avec des horaires plus fixes, je peux dire que j’ai trouvé la bonne articulation entre vie professionnelle et vie familiale, je suis plus épanouie dans mon travail. 

A ces femmes qui n’osent pas intégrer la Police ou à mes futures collègues en école de Police, je voudrais les rassurer à l’heure des violences et des critiques contre les forces de l’ordre. C’est une belle profession, ce n’est pas qu’un métier mais plusieurs en un. On se sent utile aux autres.

En plus de la diversité des spécialités, on a la chance de pouvoir changer de métier plusieurs fois au cours de sa carrière. Il n’y a pas le temps pour la routine. Si c’était à refaire, je signerai de nouveau ! »

Les Konfidences de Elisabeth Jouvin, commandant à la Direction Départementale de la Sécurité Publique du Rhône (DDSP 69)  

« Je suis née à Grenoble car mes parents sont originaires d’un village à quelques kilomètres de Grenoble dans la vallée du Grésivaudan. Quand j’ai eu 7 ans, mon père a été muté en Savoie. Je me considère donc plus savoyarde qu’iséroise. Je suis très attachée à mon village car il y a la maison familiale où nous nous retrouvons régulièrement en famille avec mes soeurs, neveux et nièce, des moments bruyants, joyeux et toujours très précieux. J’éprouve ce besoin de retrouver mes racines, de retrouver les miens, de retrouver les paysages et l’environnement de mon enfance. Cela m’apaise, cela me rassure.

J’ai passé mon bac et suis partie en faculté de droit à Chambéry avant de réussir pendant ma première année de fac le concours d’inspecteur de police. En 1989, à 18 ans, j’ai intégré l’ESIPN (Ecole Supérieure des Inspecteurs de la Police Nationale) à Cannes-Ecluse (77). Cette école m’a marquée car j’ai fêté mes 19 ans pendant ma scolarité. J’étais très jeune mais à cette époque là, cela me semblait normal, c’était dans la continuité de mes études.

A ma sortie d’école de police, j’ai été affectée  la DCPJ à PARIS au groupe de répression du trafic de faux documents pendant 9 ans. J’ai exactement fait ce pourquoi j’étais entrée dans la police : du travail d’investigation, de terrain, des planques, des filatures, des arrestations bien sûr. Mais, au risque de surprendre, j’ai envie de dire que ce que je trouvais le plus intéressant n’était pas forcément le “saute dessus” mais c’était la phase de préparation du dossier, où les enquêteurs récoltent tous les éléments (à charge et à décharge d’ailleurs) pour “accrocher” un suspect. 

J’ai poursuivi ma carrière à Grenoble toujours en police judiciaire en changeant de spécialités : section criminelle, section stupéfiants et section financière. Puis j’ai interrompu ma carrière deux ans pour suivre mon conjoint à l’étranger. 

De retour il y a deux ans, j’ai intégré la Sécurité Publique du Rhône au pôle communication : un monde professionnel tout à fait nouveau pour moi et une nouvelle approche de mon métier qui a nécessité une formation comme tous les chargés de communication de la PN. Relations avec les médias, gestion de la communication interne via un site intranet… Notre mission de communication est une mission de police : informer la population, valoriser nos actions et nos policiers, faire des actions de prévention…

Dès l’adolescence je savais que je voulais être inspecteur de police. Personne dans ma famille n’est policier. J’ai fait mon stage de 3ème dans un commissariat et cela m’a conforté dans ma vocation. J’ai ensuite poursuivi mes études dans le but de passer le concours d’inspecteur. On me demande souvent d’où vient cette vocation et pourquoi j’ai eu envie de faire ce métier : et bien, je pense que j’avais profondément envie de participer à la mission de justice pour la sécurité quotidienne de nos concitoyens et en faisant en sorte de présenter à la justice ceux qui ne respectent pas la loi. 

Je ne suis pas féministe dans le sens vindicatif du terme. Je suis pour la parité entre les hommes et les femmes et je reconnais qu’il faut veiller à ce que cette parité soit respectée. A titre personnel, je n’ai jamais eu de complexe à être policier “un métier d’homme” comme le slogan de recrutement des années 80.. Dans tous les services où j’ai eu l’occasion d’exercer, je me suis sentie à ma place et je pense (sans être présomptueuse) que j’ai effectué les missions qu’on attendait de moi. Même s’il est évident que j’ai eu à entendre des sarcasmes, des réflexions plus ou moins sexistes, des blagues plus ou moins triviales… en fait, en choisissant ce métier, je m’y attendais un peu alors peut être que je me suis fait une carapace et j’ai toujours eu tendance à le prendre avec une certaine hauteur en considérant que ceux qui “s’amusaient” à cela n’étaient finalement pas très intelligents. Pour ce qui me concerne, cela n’a jamais évidemment dépassé des limites acceptables : je n’ai jamais eu à signaler de débordements exagérés de collègues masculins. Au quotidien, je le prenais donc avec distance voire en le détournant avec humour.

Le seul moment où j’ai réellement été en difficulté a été après la naissance de ma fille : en effet, je n’avais plus la même disponibilité pour mon travail et surtout j’avais un nouveau rôle à jouer : le rôle d’une vie (pour moi) pour une femme : être maman. Je me sentais mal à l’aise par rapport à mon travail car moins disponible et je culpabilisais en même temps par rapport à ma fille car je souhaitais être plus présente avec elle. Après quelques mois compliqués, j’ai finalement retrouvé un équilibre parfait dans un autre service, la financière, qui me permettais d’avoir des horaires un peu plus fixes tout en exerçant toujours une mission de police judiciaire.

La situation et la place des femmes s’est grandement améliorée dans la PN depuis les années 80 : avant, elles demeuraient l’exception encore plus dans les postes à responsabilité. Maintenant, même si du chemin reste à faire, la question ne se pose plus. 

Je ne suis pas pour instaurer des quotas hommes-femmes : même si certains services conservent des recrutements exclusivement masculins, l’accession aux métiers et aux postes à responsabilité reste et doit rester une question de compétence, d’envie, de conscience et sûrement pas une question de sexe. 

Plus généralement, notre institution permet à chacun et chacune de trouver sa place. On dit qu’il existe 100 métiers dans la police nationale ! Alors, sans occulter les difficultés du métier, à partir du moment où la future recrue a la volonté de servir et protéger son prochain : tous les profils sont bienvenus. Nous pouvons être #FiersDêtrePoliciers »


Important : les photos sont légendées et sont créditées. Aucune photo est libre de droit.
Lola Menahem ©DCPJ
Anne-Sophie Rouland ©Police nationale DDSP 44
Elisabeth Jouvin ©Police nationale DDSP 69

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