by Valérie Desforges

Covid-19 / animaux : Point et conseils de la docteure vétérinaire Sophie Desforges

0

Miss Konfidentielle s’interroge comme de nombreux propriétaires de chien ou de chat sur l’impact du Covid-19 sur son animal de compagnie et les précautions à prendre afin d’éviter d’être contaminé par son animal et que celui-ci contamine l’entourage. Sophie Desforges, Docteure vétérinaire à Neuilly-sur-Seine (milieu urbain) et à Vernon (milieu péri-urbain/rural) exerce en cette période de coronavirus. Elle suit le sujet au quotidien et partage avec nous ses connaissances. 

Bonjour Sophie,

Quel est votre parcours ?

J’ai intégré l’Ecole Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort après 2 années de classe préparatoire aux grandes écoles BCPST (Biologie, Chimie, Physique, Sciences de la Terre) au lycée Sainte Geneviève à Versailles (78).

J’ai obtenu mon doctorat vétérinaire suite à mes cinq années d’école, dont la dernière année d’orientation en médecine et chirurgie des petits animaux domestiques, et la soutenance de ma thèse expérimentale portant sur la recherche de substances dopantes après administration de phytothérapie chez des chevaux de sport, réalisée en partenariat avec un laboratoire de phytothérapie et l’Institut Français du Cheval et de l’Equitation. 

Aujourd’hui, je suis docteure vétérinaire dans deux structures vétérinaires dédiées aux soins des petits animaux de compagnie : une clinique vétérinaire à Neuilly-sur-Seine (92) et un cabinet vétérinaire à Vernon (27). 

Je pratique chaque jour la médecine et la chirurgie des animaux de compagnie : chats, chiens et petits mammifères tels que lapins, souris, rats, hamsters et cochons d’Inde… 

La différence principale entre les deux localisations est le type de pathologies que je rencontre. Ceci est lié aux styles de vie et aux risques qui varient selon qu’un animal vive en ville ou à la campagne. 

Ces deux façons de travailler sont complémentaires et épanouissantes. Et ce qui ne change pas, c’est la pédagogie dont il faut faire preuve avec les propriétaires des animaux car ce sont eux qui vivent au quotidien avec leur animal. Une relation de confiance avec eux permet d’offrir une prise en charge optimale pour leur animal. 

Vous exercez en cette période de Covid-19. Merci d’être sur le terrain en cas d’urgence pour soigner et sauver nos animaux. 

Que savez-vous de l’impact de ce virus sur nos animaux de compagnie ?

Dès les débuts de l’épidémie en France, le 9 mars 2020, l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a réuni un groupe d’experts dirigé par le Dr Sophie Lepoder, professeure de virologie, immunologie et vaccinologie à l’Ecole Vétérinaire d’Alfort, pour évaluer les risques potentiels de transmission du SARS-coronavirus 2 (SARS-CoV2), l’agent du Covid19 humain, entre les animaux domestiques (chien, chat, oiseaux, reptiles, animaux de rente) et l’Homme. Ce document retrace l’histoire des coronavirus, identifiés depuis plusieurs dizaines d’années, et il en existe 4 genres. La génétique semble montrer que le réservoir animal du SARS-CoV-2 est la chauve-souris. Mais ce qui est rassurant, c’est que selon les analyses phylogénétiques, aucun virus appartenant au sous-groupe du SARS-CoV-2 n’a été détecté chez les animaux domestiques et il n’existe pas de lien génétique direct entre le SARS-CoV-2 et les souches de Betacoronavirus isolées chez les animaux domestiques.

Concernant le cas particulier du chien testé positif au SARS-CoV-2 à Hong Kong, les tests réalisés ne mettent en évidence que l’ARN du virus et non pas la présence du virus vivant. Une contamination passive de l’animal au niveau des cavités orales et nasales (au même titre qu’on contamine passivement son appartement dans lequel on est confiné lorsqu’on est malade) est donc probable.  

La conclusion de ce rapport est donc qu’il y a une très faible probabilité du risque de transmission de l’Homme aux animaux domestiques de cette souche virale, selon les données actuelles.

Plus récemment, l’article du Professeur Etienne Thiry de la Faculté de médecine vétérinaire de Liège du 27 mars 2020, cite qu’il n’y a, à ce jour, que deux chiens et un chat reconnus contaminés par le virus, et ce suite à leur confinement avec leur propriétaire lui-même atteint du Covid-19.

Un laboratoire d’analyse a réalisé une étude internationale portant sur plus de 4000 prélèvements de chevaux, de chats et de chiens aux USA et en Corée du Sud, entre le 14/02/2020 et le 13/03/2020. Aucun résultat viropositif n’a été mis en évidence. Nos animaux de compagnie sont considérés comme des « culs-de-sac épidémiologiques ». La contamination d’un animal de compagnie par son propriétaire est donc un événement très rare qui ne semble pas permettre la transmission à d’autres animaux ou à l’homme.

Les propriétaires d’animaux vous posent des questions pratiques afin de protéger leurs foyers. 

Effectivement, les propriétaires me posent de nombreuses questions, ce qui est normal.

Il ne faut surtout pas, comme il a été constaté ces derniers jours par certains vétérinaires, nettoyer votre animal avec du gel hydro-alcoolique, ni de l’eau de javel, au risque de mettre gravement en péril sa santé. 

Ainsi, à titre de précaution supplémentaire, même si la transmission de l’animal à l’homme ou à un autre animal n’est pas démontrée, je vous propose quelques conseils au regard des informations recueillies dans les documents précédemment cités. 

Certaines sont propres à tous les foyers, et sont des mesures d’hygiène classique qui préviennent de toute manière un grand nombre d’autres maladies zoonotiques (c’est-à-dire transmissible de l’animal à l’homme) :

  • Éviter les contacts étroits avec son animal domestique surtout au niveau de la face ;
  • Se laver les mains au savon après contact avec son animal, surtout après un entretien de litière ou de la gamelle ; 

Pour les propriétaires de chiens, il faut continuer à les sortir pour respecter leur bien-être :

  • Maintenir une distance avec les autres chiens au cours de la promenade ;
  • Tenir le chien éloigné des matières fécales et ramasser les matières fécales de son chien ;
  • Eventuellement, nettoyer les coussinets plantaires (au savon doux pour chien, formulé pour respecter leur barrière cutanée et le pH de leur peau) après la promenade.

Pour les animaux qui vivent en maison avec jardin : 

  • Pour un chien qui a une cabane, une couche, des jouets dans le jardin, il faut éviter qu’ils soient utilisés par un autre animal, donc de préférence ne pas les laisser sans surveillance ;
  • Pour les chats, l’idéal est de ne pas toucher les chats de ses voisins lorsqu’ils viennent se promener dans son propre jardin, de ne pas les laisser entrer chez soi, et réciproquement de prier ses voisins d’en faire autant avec leurs chats.

J’en profite pour rappeler, avec la multiplication des Skyp’apéro et autres moments conviviaux en visio, qu’il ne faut pas partager son verre d’alcool avec son animal, l’alcool étant très toxique pour leur foie. 

Et si une personne a le Covid-19 au sein du foyer, que faire ? 

Dans ce cas, il faut continuer de s’occuper de son animal mais avec quelques règles supplémentaires, dont certaines s’appliquent aussi de toute façon pour une personne malade qui n’aurait pas d’animaux de compagnie. A savoir : 

  • Maintenir les animaux de compagnie dans l’habitation (à l’exception des balades hygiéniques journalières pour un chien) ;
  • Le propriétaire doit se nettoyer et se désinfecter fréquemment les mains et porter un masque ;
  • Aérer les locaux et nettoyer le sol avec un détergent ménager ;
  • L’idéal est de désigner une personne proche non contaminée pour nourrir et soigner l’animal et de réserver des vêtements de surface spécifiquement pour le soin de l’animal (se changer dans l’appartement à l’entrée et avant de sortir, en évitant le contact entre les vêtements d’intérieur et d’extérieur) ;
  • Laisser le collier et la laisse à l’entrée, en évitant le contact avec le patient positif ;
  • Maintenir la promenade du chien nécessaire à son bien être en le gardant à distance des autres animaux et en ramassant ses matières fécales ;
  • Nettoyer les coussinets plantaires avant et après la promenade (au savon doux pour chien, formulé pour respecter leur barrière cutanée et le pH de leur peau) ;

Pour un propriétaire hospitalisé, il faut respecter les mêmes mesures de sécurité lorsqu’un proche vient s’occuper de l’animal.

Merci Sophie. Avez-vous un message avant de nous quitter ?

La crise sanitaire que nous vivons est évidemment source d’inquiétude pour tout le monde. Il ne faut cependant pas abandonner son animal, de manière générale, mais plus particulièrement en ce moment. Adopter un animal, c’est en endosser la responsabilité et ce quoi qu’il arrive. Les animaux de compagnie ne sont pas des objets, ce sont des âmes sensibles.

Les animaux nous apportent tant ! Amour, bien-être…Nous aussi devons en échange garantir leur sécurité et leur bien-être. Ne nous laissons pas aveugler par les fausses informations qui circulent tellement vite dans notre monde connecté. Ces temps particuliers de confinement nous donnent l’opportunité de nous recentrer sur l’essentiel, et je pense personnellement que notre relation avec nos animaux de compagnie en fait partie…

Pour en savoir plus : 

  1. Avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail relatif à une demande urgente sur certains risques liés au COVID-19, Maisons-Alfort, le 9 mars 2020, https://www.anses.fr/fr/system/files/SABA2020SA0037-1.pdf 
  2. Coronavirus et animaux domestiques : les faits – La contamination du chien et du chat : actuellement, un événement rare, Professeur Etienne THIRY, Faculté de médecine vétérinaire de Liège, https://www.formavet.be/coronavirus-27-03-2020/
  3. Questions et réponses sur la maladie à coronavirus 2019 (COVID-19), OIE, dernière mise à jour : 30/03/2020, https://www.oie.int/fr/expertise-scientifique/informations-specifiques-et-recommandations/questions-et-reponses-sur-le-nouveau-coronavirus2019

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.