8 mars 2022 – Interviews croisées de femmes artistes ambassadrices de l’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE)

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A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2022, j’ai le plaisir de donner la parole à des femmes artistes ambassadrices de l’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE). L’idée est venue autour d’un déjeuner informel à l’Ecole militaire à Paris avec l’équipe du Centre d’études stratégiques aérospatiales, CESA. Une manière élégante de mettre en lumière des femmes de qualité au service du ministère des Armées. Une manière aussi de démontrer notre attachement aux militaires français, à les soutenir alors que nous vivons une période de guerre en Ukraine. Pensées particulières à celles et ceux qui sont en opération extérieure (opex).

ALINE, TAMPOGRAPHE

© Aline, tampographe au Salon des Peintres de l’Air au Bourget, septembre 2021

En tant que contrôleuse de la navigation aérienne au sein de la Direction Générale de l’Aviation Civile mais aussi en tant que fille de militaire, recevoir l’insigne des Peintres de l’Air et de l’Espace de la part du CESA constitue une étape majeure dans ma quête de reconnaissance. C’est une fierté de faire partie de la communauté des ambassadeurs de l’Armée de l’Air et de l’Espace, et ainsi de représenter par mon art l’aventure humaine de l’aéronautique.

Sensible aux exploits des pionniers de l’aviation et attirée par le dessin depuis mon plus jeune âge, je conjugue ces deux passions en réalisant des portraits d’aviateurs et d’aviatrices à l’aide de tampons spécifiques en lien avec l’histoire de ces personnages. Le portrait est un exercice difficile, parvenir à retranscrire la présence d’un regard reste pour moi toujours un défi. C’est cette technique qui m’est propre, avec laquelle j’ai mis en valeur le regard pétillant empreint d’enthousiasme de Claudie Haigneré (photo ci-dessus), qui a séduit le jury du CESA.

Mes recherches sur les pionniers de l’aviation et de l’espace m’ont conduite à découvrir l’histoire passionnante de l’aviation et de ceux qui l’ont construite au péril de leur vie. J’ai aussi découvert que de nombreuses femmes avaient pris part à cette aventure et ce, dès le début. Mon objectif est de mettre ces histoires en lumière, en plongeant le spectateur dans la symbolique et la réalité de ces exploits pionniers. Lorsqu’on observe un de mes portraits, on reconnaît d’abord un visage connu, on lit la passion dans le regard. Puis en s’approchant, une deuxième lecture s’offre à nous. On déchiffre, on devine à quoi correspond tel ou tel tampon, et on lit l’histoire qu’il nous raconte. J’ai plusieurs fois observé des visiteurs incités à s’éloigner pour se rapprocher de nouveau et découvrir ce qu’ils n’avaient pas vu au premier coup d’œil. Si on regarde l’ensemble de mes portraits, on s’aperçoit que tous ont l’air heureux, quelque chose dans leur regard indique leur détermination à vouloir aller au bout de leur rêve, et on peut lire leur bonheur de l’avoir atteint. En parvenant à retranscrire cela, moi aussi j’ai le sentiment d’avoir relevé un défi et d’avoir atteint un objectif. C’est la passion et la détermination qui font qu’on se surpasse.

Ce qui me motive, c’est que lorsque je commence un portrait je ne sais jamais quel va être le résultat. Je n’ai pas de plan, je décide sur l’instant et à l’inspiration quel tampon je vais appliquer et à quel endroit. Le résultat est toujours une surprise.

Contre vents et marées, bravant la misogynie qui dominait la société à l’époque des premières envolées, nombreuses sont les femmes qui se sont arrachées à un avenir d’épouse et de mère bien rangées pour s’inventer un destin d’aéronaute, en sautant à pieds joints dans une nacelle, en mettant les mains dans le cambouis, en s’accrochant au manche. Leur enthousiasme et leur détermination étaient leur moteur. Par ces ailes qui m’ont été attribuées, je compte mettre en valeur ces femmes qui ont contribué à la construction de l’aviation d’aujourd’hui et dont les exploits sont parfois passés inaperçus.

L’enthousiasme qu’on lit dans leurs regards ne peut être que source d’inspiration pour les artistes mais aussi pour toutes les femmes qui cherchent à progresser. Dans les airs et dans l’espace, mais aussi dans la société. Ma conviction profonde est que s’élever est à la portée de toutes !

Aline, tampographe, et Anne-Catherine ROBERT-HAUGLUSTAINE au musée de l’air et de l’espace le 17 septembre 2021, jour de la remise des insignes des peintres de l’air © Daphné DESROSIERS

Céline, peintre

© Céline, peintre de l’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE)

Ma passion remonte sans doute à l’âge des jouets ! Je délaissais les poupées et préférais les Meccano ou les trains HO de mon père. L’avion est venu bien plus tard après ma passion pour les voitures.

J’en ai d’ailleurs fait ma carrière puisque je suis designer automobile.

Cette carrière a été internationale : deux ans en Allemagne à la maison mère de Mercedes puis deux ans en Italie toujours pour la même marque et comme l’on n’oublie jamais ses racines, j’ai fini avec 21 ans chez PSA. J’adore les belles mécaniques, l’avion du coup est aussi rentré dans ma vie. Après quelques années à m’exercer je me suis enfin décidée à passer le concours des Peintres de l’Air et de l’Espace que j’ai remporté du premier coup en 2019.

Les Ailes de la passion m’ont emportées bien loin des autres corps d’Armée même si, il y sûrement autant à vivre, on leur doit le respect. Nous ne manions pas des armes mais des pinceaux, à notre manière on écrit aussi l’histoire.

Je prépare le 3eme agrément qui aura lieu dans quelques années afin d’être titulaire à vie. Maintenant que je suis rentrée dans cette famille je ne veux plus la quitter. Je suis très fière d’être invitée sur les bases aériennes, les meetings aériens me font toujours tourner la tête.

Le concours pour être PAE est ouvert à tous. Il faut exposer ses travaux, que ce soient des sculptures, des peintures ou des photos.

J’adore la forme des vieux avions, au même titre que j’admire celles des voitures anciennes, celles qu’on appelle les Classiques.

Je passe volontiers d’œuvres aux couleurs éclatantes où l’auto est sublimée, à des compositions où l’avion transparait, avec une dynamique qui marque mon style, graphiquement très fort.

Rien ne me prédestinait à peindre des avions récents mais le Rafale et le Mirage m’ont prise sous leurs ailes. Ces oiseaux de fer m’intriguent et je respecte énormément les hommes qui les font voler. J’entends par là les pilotes bien sûr mais aussi les mécano etc.. Quand on me commande une toile ou une aquarelle, que ce soit un privé ou un escadron je mets tout mon savoir-faire et ma passion à retranscrire une émotion pour ces bijoux à 4 roues ou à hélice.

Je regrette que l’on en soit venu à créer la Journée internationale des droits des femmes, néanmoins elle a le mérite d’exister pour rappeler à une poignée d’hommes indélicats le respect qu’ils nous doivent. Je pense au bien vivre ensemble.

Peu importe son âge, j’encourage les femmes, les jeunes filles et les fillettes à rêver, quand on rêve la passion s’anime, la volonté fait le reste du chemin et il est vrai qu’un peu de chance ne fait pas de mal non plus.

Peu importe si le parcours est long, on arrive à se frayer un chemin quoi qu’il arrive, et si à la fin le résultat n’est pas celui qu’on attend, au moins il n’y a pas de regret on se sera donné l’opportunité de réussir. Le milieu dans lequel on vit peut-être hostile, mais il faut survoler tout ça et on sera encore plus méritantes. Dans le monde de l’Art, de l’Automobile, de l’Aéro, je suis autodidacte. Rien n’est acquis je cherche toujours des nouveautés, c’est ce qui m’anime tous les jours.

© lerafalenet

FRANCE, BASSONISTE

© France, bassoniste, à droite de la photo – Concert de mars 2021 pour l’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE) depuis le CRR de Paris

Je suis musicienne (bassoniste) au sein de l’orchestre de la musique de l’air.

Je suis donc un maillon de la chaîne que constitue l’orchestre de la Musique de l’air.

Notre mission, puisqu’elle est collective, est, d’une part, de participer au cérémonial militaire, et d’autre part, de contribuer au rayonnement de l’AAE (Armée de l’Air et de l’Espace) en véhiculant des valeurs chères aux aviatrices et aux aviateurs, telles que la cohésion, l’exigence, l’innovation et tant d’autres.

Nous avons, grâce à la musique, un outil qui nous permet de toucher un large spectre de la population, tel que les publics « isolés », les jeunes, ou plus récemment les soldats partis en opex, qui ont pu suivre en direct sur les réseaux sociaux certains concerts.

J’aime partager ma passion qu’est la musique !

Je suis aussi très heureuse de faire partie de cet orchestre, au sein duquel, l’esprit de groupe, de partage, et le soutien sont très présents !

De plus, grâce à un recrutement de haut niveau, nous sommes en capacité de répondre aux exigences de qualité qui sont les nôtres, de part notre formation, mais aussi celles attendues par l’AAE.

L’armée de l’air et de l’espace se distingue par sa capacité à innover et à sa modernité.

Récemment, nous avons pu valoriser ses caractéristiques en jouant des créations lors d’un concert.

Lorsque je suis entrée à l’orchestre de la musique de l’air, il y a un peu plus de vingt ans, nous étions très peu de femmes, environ 4 ou 5. La situation a beaucoup évolué, puisque nous sommes aujourd’hui plus nombreuses. L’AAE est l’armée la plus féminisée. Or, la place et le droit des femmes au sein d’une institution / société ne sont-ils pas des indicateurs caractéristiques de la direction empruntée ?

HELENE, CLARINETTISTE

© Hélène, clarinettiste, au centre de la photo, pour l’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE)

Je m’appelle Hélène et je suis clarinettiste. J’ai été reçue au concours de recrutement de la Musique de l’Air en décembre 2019. J’ai ensuite intégré l’orchestre quelques mois plus tard. Je fais actuellement partie du pupitre des premières clarinettes de l’orchestre d’harmonie, qui peut être apparenté au pupitre de premiers violons d’un orchestre symphonique. Les clarinettes dans un orchestre d’harmonie sont divisées en trois pupitres, les premières, les secondes et les solistes. 

Avant d’intégrer la Musique de l’Air, j’ai étudié au Pôle Supérieur Paris-Boulogne-Billancourt, où j’ai obtenu un DNSPM (diplôme national supérieur professionnel du musicien), un diplôme d’Etat d’enseignement de la clarinette et une licence de musicologie à la Sorbonne. Cette intense formation s’est avérée très complète et m’a préparée au métier de musicienne dans toutes ses dimensions : d’un côté l’interprétation et la performance instrumentale, et de l’autre l’histoire de la musique, la musicologie et ses différentes disciplines. J’ai également fait le choix de suivre la formation pédagogique, étant intéressée par l’enseignement et la transmission.

Par la suite, j’ai étudié à l’étranger, à Rotterdam, en vue de l’obtention d’un Master of Music, spécialisé dans la performance instrumentale et la recherche artistique, fortement liée à la pratique instrumentale. 

Les études musicales sont l’occasion d’apprivoiser les multiples facettes du métier de musicien, qui est un métier très protéiforme. 

J’ai compris rapidement que je souhaitais devenir musicienne professionnelle. C’est pour cela qu’après mon Bac, je me suis dirigée vers des études supérieures entièrement dédiées à la musique.

Dès lors que j’ai formulé l’envie de devenir musicienne professionnelle, j’ai toujours eu le souhait d’intégrer un orchestre. Tout d’abord, tout simplement pour jouer le répertoire orchestral et avoir le plaisir d’être au sein d’une formation qui propose une acoustique extrêmement riche, puissante -tant en émotions, textures, couleurs, sonorités…

D’autre part, dans une démarche plus philosophique, j’ai toujours eu l’envie d’intégrer un orchestre pour faire partie d’un ensemble d’individus œuvrant ensemble dans un but commun. Ces valeurs de cohésion, d’esprit d’équipe et de solidarité que l’on vit quotidiennement dans un orchestre sont celles que j’ai pu apprendre lorsque j’ai intégré l’institution militaire.

Faire partie de la Musique de l’Air était donc la réalisation d’un objectif professionnel et personnel. À présent, mon moteur est de m’intégrer toujours mieux au sein du pupitre et de l’orchestre auquel j’appartiens : j’ai à cœur d’être la plus appliquée et impliquée possible, tant sur le point instrumental et musical qu’humain. Tous ces aspects participent au collectif, qu’il s’agisse du niveau musical global de l’orchestre ou de l’atmosphère au sein de notre phalange. La Musique de l’Air s’inscrit dans le paysage culturel français des orchestres d’harmonie et elle en est actuellement une des plus belles représentantes. C’est un véritable plaisir d’en faire partie et de jouer avec tous les incroyables musiciens qui la composent. J’ai de formidables collègues, qui jouent infiniment bien et sont également très sympathiques et intéressants. Il est très motivant d’être à leurs côtés, et d’œuvrer tous ensemble, conjointement, pour interpréter les œuvres musicales (originales ou transcrites) et modeler cette matière vivante qu’est le son d’orchestre. 

Comme toute discipline d’excellence, le milieu musical est très concurrentiel et trouver sa place, encore plus en tant que jeune femme, peut être particulièrement ardu : la confiance peut souvent être ébranlée mais il faut garder bien à l’esprit ses objectifs et ses aspirations profondes.

Je pense toutefois que cela est plus facile en tant que femme dans la musique qu’il y a quelques années. J’ai moi-même eu des modèles féminins qui ont su m’inspirer. Par exemple, Sabine Meyer qui est la première femme clarinettiste à avoir intégré l’illustre Orchestre Philharmonique de Berlin en 1982. Elle a ouvert la voie à d’autres musiciennes qui ont pu alors concrétiser leurs rêves.

À toutes les petites filles musiciennes qui rêvent d’être professionnelles, n’ayez pas peur d’écouter vos envies et de vous lancer dans cette belle aventure qu’est la musique.

AURORE, CORNETTISTE

© Aurore, cornettiste pour l’Armée de l’Air et de l’Espace (AAE)

Je m’appelle Aurore et je suis sergent-chef au sein de l’Armée de l’Air et de l’Espace.

Voilà plus de 13 ans que j’ai rejoint l’unité de la Musique de l’Air, laquelle est un des ambassadeurs de l’AAE, sous la tutelle du CESA. Plus spécifiquement, je suis cornettiste au sein du Brassband et je joue également du clairon, instrument d’ordonnance, lors des cérémonies. Parmi mes missions, il m’arrive aussi de participer à des pelotons d’honneurs pour accueillir des personnalités de l’AAE comme le chef d’état major, le major général et l’inspecteur général de l’AAE.

Si je me suis présentée au concours pour intégrer la Musique de l’Air au départ, c’était principalement pour trouver un emploi dans le milieu de la musique et pouvoir vivre de ma passion. Puis, j’ai découvert plus en détail la mission de l’unité que je venais d’intégrer : être ambassadeur de l’Armée de l’Air et de l’Espace sur le territoire français ainsi qu’à l’international. Pour cela, nous devons répéter régulièrement pour préparer les cérémonies et les concerts qui font partie de notre quotidien. Ce que j’aime dans ces occasions et qui me motive à continuer jour après jour, c’est le fait de croiser d’autres personnes, partager avec elles les valeurs de l’armée ainsi que l’amour de la musique, et essayer de les transmettre à toutes celles et ceux qui le souhaitent.

Voici les messages que je souhaiterais faire passer en cette journée internationale des droits des femmes :

Toutes les femmes sont capables de faire n’importe quel métier, du moment que c’est ce dont elles ont envie !

Restez humble mais ne vous laissez pas marcher sur les pieds pour autant.

N’hésitez pas à demander de l’aide si vous en avez besoin, essayer de se débrouiller toute seule n’est pas toujours la bonne solution.

Essayer de voir le bon côté des choses, même quand ça vous paraît compliqué, ça peut permettre de trouver des solutions quand on pense être dans un cul-de-sac.

Un remerciement à chacune d’avoir pris le temps de répondre à l’interview. Des moments de partage chaleureux. L’art, superbe évasion pour chacune et leur public !

Un remerciement aux membres de l’équipe du Centre d’études stratégiques aérospatiales avec lesquels j’ai préparé ce sujet. L’enthousiasme était au rendez-vous ! Un petit mot sympathique aussi à Julien Sabéné, directeur du CESA, et Didier Descamps, chef de musique adjoint à la Musique de l’Air.

CESA – Ecole militaire : Pauline Pouthier Sainte-Rose, Marie Delavaud, Raphaël Pouyadou © Valérie Desforges

Un Bonus,
Partage d’expérience – 8 mars 2022, adjudant-chef Déborah Ferrand à l’École militaire

Note importante 

Il est strictement interdit de copier tout ou partie de l’article et d’utiliser les photos de Valérie Desforges sans son autorisation préalable écrite.

Les photos ont toutes des copyrights à respecter strictement.

Les photos qui défilent en Une (exceptée la première) :
12 février 2022, le Bourget – À l’occasion de la sortie du double CD sur le thème de l’Aviation et de l’espace. L’armée de l’Air et de l’Espace a organisé son concert caritatif annuel de la musique de l’air placé sous le haut patronage du chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace, le général d’armée aérienne Stéphane Mille.

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