Regards croisés de 4 Attachés de sécurité intérieure (ASI) au 3e colloque de la DCIS

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Le 1er septembre 2023 – Dans le cadre du colloque annuel de la Direction de la coopération internationale de sécurité (DCIS) du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer, j’ai l’honneur de rencontrer 4 attachés de sécurité intérieure : Norven FLORENDEAU (ASI Cuba); Didier PLUNIAN (ASI Tunisie), Laurent Moscatello (ASI Singapour), Grégory CORNILLON (ASI Australie).

Cet événement organisé par Mme Sophie HATT, Directrice de la DCIS, réunit les cadres de la Police nationale et de la Gendarmerie Nationale déployés aux 4 coins du monde sur des postes d’attachés de sécurité intérieure, de chefs d’antenne ou d’experts nationaux détachés auprès d’organisations internationales. Il est l’occasion d’échanges sur les enjeux de coopération auxquels les participants sont confrontés dans le cadre de leurs missions à l’étranger.

Le colloque prend fin cet après-midi en présence et soutien du préfet M. Frédéric VEAUX, Directeur général de la Police nationale (DGPN) et du général d’armée Christian RODRIGUEZ, Directeur général de la gendarmerie nationale (DGGN).

Chaque ASI, policier ou militaire, s’envolera aussitôt vers sa destination en ambassade à l’étranger.

Bonjour Norven,

Les étapes marquantes de votre parcours professionnel 

En étapes marquantes, c’est évidemment mon entrée dans la police qui fait suite à un Master 2 en droit pénal. Rentrer dans cette administration, au service de la collectivité, du citoyen, était vraiment mon unique objectif.

J’ai donc passé le concours et je suis rentrée en 1998 à l’École nationale des officiers de police. J’ai ensuite choisi d’ intégrer un commissariat pour travailler à la police du quotidien. Mon goût prononcé pour le judiciaire m’a amenée à exercer pendant une vingtaine d’années dans différents commissariats de police, comme cheffe de services d’ accueil et d’investigation de proximité.
Au cours de ces années, j’ai pu diriger le plus grand service d’investigation de proximité des Hauts-de-Seine ce qui m’a permis de développer une grande polyvalence dans de nombreux domaines judiciaires ou de voie publique. C’est ce qui m’a plu dans cette fonction. C’est aussi ce qui fait la richesse de la DCIS, une direction où l on retrouve des profils professionnels très variés.

Les motivations à vivre l’expérience d’ASI et les moteurs dans le choix du pays

Des missions ou des rencontres ont nourri mon souhait de travailler à l’international. Au cours de mes enquêtes, j’ai pu travailler sur des phénomènes de bandes criminelles organisées transnationales. J’ai ainsi mesuré l’importance de la coopération internationale en matière  sécuritaire.

Et il y a aussi eu des rencontres. Des collègues en poste à l’étranger grâce à la DCI, Direction de coopération internationale à l’époque, m’ont fait part de leurs extraordinaires expériences et m’ont donné envie de postuler.

J’ai intégré la DCI en 2020, à la Centrale, au sein d’une unité d’analyse portant sur les phénomènes de criminalité organisée, puis à l’état-major dans le cadre de la DCIS, comme cheffe du bureau des référents thématiques et études comparées. Cela m’a permis de mieux connaître la Direction, d’identifier les acteurs et les différents outils de coopération, d’avoir une vision plus précise et de confirmer ma volonté de travailler non plus seulement à la Centrale mais vraiment à l’étranger.

J’ai choisi la région Caraïbes. J’ai postulé à la fois sur le poste d’ASI à Cuba et le poste d’ODL en République Dominicaine. Il s’agit d’une région clef pour  la France qui a  un rôle important à jouer en matière de sécurité régionale. En tous cas, c’est le souhait que j’ai de participer à cette coopération de sécurité. Et c’est Cuba qui a été retenu.

L’état d’esprit sur l’instant pour la nouvelle expérience d’ASI

Il s’agit d’un projet évidemment professionnel et c’est aussi un projet familial.
Une grande expérience de vie qui nous attend. Et là, tout de suite, j’ai le terme de challenge en tête.

Bonjour Didier,

Les étapes marquantes de votre parcours professionnel 

Tout d’abord la police judiciaire exercée durant ces 10 dernières années, comme chef de section au sein du bureau de la police judiciaire de la DGGN, en charge de la rédaction de la doctrine relative à la criminalistique, à la cyber sécurité et au renseignement judiciaire ; puis comme commandant de la section de recherches de Grenoble, chargée notamment de la lutte contre les atteintes aux personnes les plus violentes et la criminalité organisée ; puis comme chef du bureau de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent de la DGGN.
Cette période a été très riche en événements importants.

Je peux mettre en exergue 2 épisodes majeurs : en premier lieu l’enlèvement d’une petite fille lors d’un mariage en Isère fin août 2017, et l’interpellation de Nordahl Lelandais début septembre ; et le développement d’une enquête judiciaire entre 2018 et 2020 ayant permis de déjouer un projet d’attentat terroriste lié à l’ultradroite, avec en point d’orgue en juin 2023 la première audience pour ce type de dossier à la cour d’assises spéciale de Paris.
Ensuite, plut tôt dans la carrière, une implication pendant 7 années dans la sécurité publique, dont une partie dans le territoire ultramarin de la Réunion, qui a été synonyme d’un engagement constant au service de la population et de l’opportunité de relever des challenges de pilotage et de commandement les plus exigeants, parce que liés aux effectifs les plus nombreux et dispersés. Je retiens notamment de cette période la nécessité d’une coordination et d’une coopération indispensables avec tous les partenaires, dans l’intérêt des territoires concernés.
Enfin, le dernier thème porte sur la confrontation aux crises et sur la coopération institutionnelle. Au fil de ma carrière et pas uniquement lors de ma première affectation qui m’a conduit à commander le peloton d’intervention d’un escadron de gendarmerie mobile, j’ai été confronté à des événements de haute intensité opérationnelle et de grande sensibilité politique et médiatique, liées à des calamités publiques ou à des émeutes à la Réunion ou en Nouvelle-Calédonie, ou depuis 2017 à des manifestations et des destructions de biens par des mouvements de l’ultra gauche faisant montre de modes d’action particulièrement violents. Je peux par exemple citer l’incendie criminel de 2 casernes de gendarmerie lors du dernier trimestre de 2017. Dans ce cadre, J’ai été amené à entretenir très régulièrement des relations partenariales au sein du MIOM et avec plusieurs ministères, notamment avec les services spécialisés de renseignement du 1er cercle, avec les préfectures et avec les directions de la DGPN ; ou encore avec la DACG.

Ce parcours diversifié mais dont l’écriture est devenue cohérente au fil du temps a été autant d’occasions de vivre des expériences managériales très riches et de rencontrer des partenaires enrichissants, et par conséquent de développer des compétences dans de nombreux domaines d’activité de l’institution Gendarmerie.

Les motivations à vivre l’expérience d’ASI et les moteurs dans le choix du pays

L’expérience acquise constitue aussi une opportunité de relever de nouveaux défis internes. C’est pourquoi j’ai fait acte de candidature à l’international, notamment comme attaché de sécurité intérieure, afin d’être plongé dans l’interministérialité. Ce n’était pas la première fois que j’inscrivais cette volonté dans mes fiches de vœux.

Je n’avais pas de moteur dans le choix du pays mais plutôt la conscience de mon niveau d’anglais qui n’est pas d’une fluidité à toute épreuve et n’ayant pas de compétence linguistique spécifique je me suis mis à la disposition de mon RH sur des pays francophones. Donc naturellement les différents pays d’Afrique et du Moyen-Orient ont été inscrits sur ma fiche de vœux.

L’état d’esprit sur l’instant pour la nouvelle expérience d’ASI

Après 4 semaines passées sur le territoire tunisien, la certitude déjà que ce nouveau métier va être passionnant. J’ai une grande curiosité de découvrir toutes les facettes de ce métier.
En même temps, déjà beaucoup de plaisir à rencontrer les membres de mon équipe, les personnels présents de l’ambassade où règne une ambiance de travail très plaisante, et mes partenaires tunisiens. Et puis la population tunisienne qui est très accueillante. Une vraie satisfaction.

Un grand enthousiasme personnel de vouloir jouer le rôle que l’on attend de moi et que l’on m’a confié.

Bonjour Laurent,

Les étapes marquantes de votre parcours professionnel 

Après l’école des commissaires, j’ai été affecté à la DST Paris en charge des questions européennes et des liaisons internationales avec beaucoup de travail opérationnel et d’échanges sur des affaires en cours.
Ensuite, j’ai été affecté à l’anti-terrorisme en zone sud-est avec des campagnes d’attentat. Puis après j’ai été en charge de l’animation des brigades régionales Rhône-Alpes-Auvergne sur le contre-espionnage, l’ingérence économique… Puis, changement de service, toujours dans le renseignement, en tant que chef de section de recherche aux renseignements généraux (Paris) : j’étais en charge de tous les extrémismes. Extrême gauche, extrême droite, sectes … Tout type de menace sur les intérêts nationaux et lutte contre tout extrémisme sous la direction de Bernard Squarcini.

Après 7 ans, on m’a dit « Il faut grandir professionnellement » et j’ai répondu « Donnez-moi un poste ». Et donc je suis devenu directeur régional des RG à Besançon pour la Franche-Comté sans avoir été en territorial avant. Là j’ai animé 4 départements avec une centaine de personnes sur des thématiques très variées : beaucoup de social, de l’extrémisme et aussi un réseau terroriste démantelé. Une filière partie en Irak avec une infiltration judiciaire (DCPJ) d’un collègue dans un groupe terro. Ce qui se faisait en stup. Là c’était la 1ère infiltration en groupe terro. C’était vraiment super intéressant à monter et gérer.

Et puis le bing bang du renseignement, donc obligé de faire un choix et je suis parti 3 ans comme sous-directeur sécurité et terrorisme à Interpol.

Ensuite j’ai voulu revenir sur des fonctions équivalentes, on m’a répondu que « Cela n’était pas possible » alors je suis parti dans le privé comme responsable sécurité monde du groupe Accor.
Au bout de 5 ans, Je suis revenu dans l’institution police pour diverses raisons et j’ai été affecté à l’ENSP, en charge de toute la formation des commissaires et des officiers, puis dernier poste : l’international et le partenariat.

Aujourd’hui, je suis le futur ASI zonal à Singapour.

Les motivations à vivre l’expérience d’ASI et les moteurs dans le choix du pays

Sur les motivations, j’ai toujours été intéressé par l’international. Même dans les affectations en territorial. Aujourd’hui, c’est juste le déroulé normal de ma carrière portée par l’international.
A Interpol et dans le privé, j’ai beaucoup travaillé sur la zone Asie. Donc je la connais bien.
J’ai travaillé à Singapour avant, donc j’ai déjà un réseau assez fort sur la zone asiatique.

Et puis je voulais un poste à grande dimension, je ne voulais pas forcément un pays. Là j’ai une dimension zonale, j’ai 18 pays, toute la zone Asie-Pacifique. Je vais animer aussi des ASI avec un rôle d’animation et de coordination très important.

L’état d’esprit sur l’instant pour la nouvelle expérience d’ASI

J’ai tellement entendu parler de ce colloque annuel DCIS. J’y ai même participé comme extérieur.
Là je suis dedans et je suis impatient de partir ! Je sais que je suis attendu, mon prédécesseur part cette semaine. Je vais préparer immédiatement la venue du ministre de l’Intérieur singapourien en France auprès de son homologue et pour sa visite de Milipol.

Bonjour Grégory,

Les étapes marquantes de votre parcours professionnel 

Mon parcours professionnel s’est dessiné d’abord à l’université. J’ai fait des études de droit jusqu’à faire de la recherche en droit public. Et à l’issue de cette séquence, j’ai cherché quelque chose de plus concret. Et donc je me suis tourné vers le métier de commissaire de police. J’ai passé les concours de commissaire de police en 2003 à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or à la 55e promotion Marianne. A l’issue, j’ai été affecté sur deux postes successifs en sécurité publique en région parisienne. Ensuite je voulais faire la police judiciaire, de l’investigation. Pendant 12 ans, j’ai travaillé à la Direction de la police judiciaire de Paris dans différents services : des brigades centrales aux services territoriaux jusqu’à intégrer la Brigade de recherche et d’intervention de Paris. C’était un peu un rêve d’enfant et un objectif professionnel que j’avais ancré fort. Une expérience incroyable.
Après j’ai voulu élargir mon spectre et j’ai rejoint l’OFAST, l’Office anti-stupéfiants pour diriger le pôle opérationnel. C’est une expérience brève mais formidable parce que tournée à la fois vers la stratégie et l’opérationnel, et beaucoup de contacts déjà à l’étranger soit dans le cadre de nos affaires judiciaires soit dans le cadre de relations avec les pays étrangers pour mieux lutter ensemble contre le trafic de stupéfiants.

Les motivations à vivre l’expérience d’ASI et les moteurs dans le choix du pays

La motivation est de trouver un nouveau challenge professionnel. J’avais envie de découvrir un autre univers, travailler dans interministériel avec des gens qui viennent d’horizons complètement différents de ceux que j’ai fréquenté jusqu’ici. Et être capable de s’adapter et de porter des projets. D’être faiseur de coopérations internationales, de faire des choses, de proposer, de tisser des liens parce que je crois très fort à la coopération internationale pour lutter contre le crime organisé.

J’ai candidaté sur un seul poste et j’ai eu la chance d’être retenu sur ce poste.
Je l’ai choisi parce qu’il correspond à mon profil en terme linguistique, d’environnement familial. Et puis aussi parce que c’était une création de poste : donc cela rajoute un challenge au challenge. Le SSI est compétent sur l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et très prochainement le Vanuatu. Ce sont des pays très différents avec des problématiques de criminalité très différentes. Donc cela va enrichir l’expérience et on va s’étoffer avec la présence d’un ODL sur place et d’une VIA recrutée par la DCIS. On aura une petite équipe pour faire vivre ce poste tout juste créé.

L’état d’esprit sur l’instant pour la nouvelle expérience d’ASI

Aujourd’hui, je dirais que je suis impatient de relever le challenge.
Le recrutement est un long processus avec les aspects professionnels et personnels.
J’ai envie de me jeter dans le bain, de lâcher les mains du bord du toboggan, de partir et d’embrasser cette nouvelle carrière.

 

Un remerciement pour votre engagement qui participe à la sécurité intérieure de la France. Je vous souhaite une expérience passionnante !

Un remerciement appuyé à Mme Sophie HATT et son équipe, en particulier Patricia M.


Note importante : il est strictement interdit de copier tout ou partie de l’article.

 

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