by Valérie Desforges

La belle et Thyeste : interview de la maquilleuse Elodie Mansuy

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Thyeste de Thomas Jolly fut incontestablement la pépite de cette 72e édition du festival d’Avignon. Une mise en scène audacieuse portée par des acteurs parfaits.

Et la qualité technique de cette pièce de Sénèque ne se limite pas aux décors incroyables (une énorme tête et une main tout aussi gigantesque) un soin tout particulier a été apporté aux costumes, aux coiffures et au maquillage.

A cette occasion nous avons rencontré la maquilleuse Elodie Mansuy, également en charge des coiffures, qui a aimablement répondu à nos questions et accepté de donner quelques conseils pour ceux et celles que le métier intéresserait.

Enfin, si vous n’étiez pas à Avignon cet été, Thyeste vient à vous par le biais d’une tournée (voir en bas de l’article pour connaitre les lieux et les dates). 

L’occasion de découvrir le fabuleux travail d’Elodie Mansuy, dont elle nous parle avec passion.

Qui êtes-vous Elodie Mansuy ? Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?

J’ai 36 ans, j’habite à Rouen, je suis normande. J’ai commencé par des études supérieures pour obtenir un titre de psychosociologue / psychologie du consommateur puis j’ai travaillé au développement commercial chez Yves Saint Laurent Beauté et l’Oréal où j’ai fini par m’intéresser principalement à la formation maquillage ce qui m’a donné envie de changer de métier et de me reconvertir, à 30 ans, ce qui fut le début d’une autre vie.

Comment avez-vous procédé pour cette reconversion ?

J’ai fait 2 écoles de maquillages, dont une en formation intensive, puis un masterclass et enfin une formation en coiffure studio. Ensuite je me suis attelée à concrétiser cette reconversion en me créant un réseau et surtout, très vite, un book avec des photos de qualité afin de présenter mon travail. C’est d’ailleurs très important si on veut se faire une place dans ce métier : il faut beaucoup travailler et garder des traces de ses réalisations, avec de belles photos.

Justement quels sont vos conseils si on veut se lancer ?

Les tutos sur Internet sont souvent détachés de la réalité de la demande donc le plus important c’est d’avoir une bonne formation de base en choisissant l’école qui correspond à ses attentes et envies professionnelles, à ne pas confondre avec une école d’esthétique principalement axée sur le soin/l’épilation où les cours de maquillages sont très succincts. Il faut ensuite se confronter rapidement à la réalité du métier, pratiquer le plus possible et assister les maquilleurs qui nous inspirent. C’est un métier artistique donc les belles photos et les références, les belles rencontres, comptent. 

Quelles qualités sont nécessaires ?

C’est un travail qui demande d’être organisée, créative et prête à faire de nouvelles expériences sans cesse, la routine n’existe pas. Il faut se tenir au courant de l’actualité des produits, des techniques, faire une veille des tendances.

Comment êtes-vous arrivée sur le projet de Thyeste ?

Par un ami plasticien taxidermiste, Sylvain Wavrant, qui a fait appel à moi pour le maquillage d’une de ses mises en scène, ce qui m’a permis de travailler pour la première fois sur un projet de théâtre et d’être repérée par Thomas Jolly.

Je n’avais jamais travaillé sur ce type de création auparavant, mon univers habituel étant plutôt la mode/beauté et les parutions magazines.

Thomas Jolly est quelqu’un de très humain et respectueux du travail de chacun. Il exprime sa vision puis laisse place à une grande liberté créative. Pour Thyeste il voulait sortir des codes habituels du théâtre : teint blanc/yeux noircis/bouche rouge/contours de visages et expressions très marqués…et travailler sur un maquillage soigné qui soit à la fois beau de près et visible de loin.  Ce qui était très challengeant ! Ici il était question de créer des maquillages raffinés, beaux et inquiétants. La ligne directrice donnée par Thomas était “un univers fascinant d’étrangeté”.

J’ai intégré des paillettes au maquillage des personnages afin d’apporter de la lumière à l’ambiance sombre de la pièce et d’accentuer ce côté fascinant. Ce qui m’a plu c’est que Thyeste version Thomas Jolly c’est un projet intemporel, transverse. La palette d’inspiration était vaste : de l’Antiquité à la science-fiction. C’était très riche de pouvoir mélanger les époques, les inspirations.

Avez-vous collaboré avec d’autres maquilleurs ?

Sur Thyeste j’ai également travaillé avec un tatoueur, Mikki Bold. Il a créé le design sur mesure et j’ai travaillé sur la technique de pose et l’ajout de strass pour obtenir une création unique. Thyeste et Atrée sont des jumeaux et Thomas Jolly voulait qu’ils soient tatoués de la même manière afin de faire référence à cette gémellité. Cela rappelle que quand Atrée fait du mal à Thyeste il se fait du mal à lui-même aussi. Le spectacle a été joué au Palais des Papes et on peut voir correctement les détails du maquillage jusqu’au 15e rang environ (note de la journaliste : je confirme) Ce n’était donc pas un maquillage de théâtre classique à réaliser, il fallait partir sur quelque chose de vraiment travaillé, un ornement pour les visages des acteurs.

Avez-vous rencontré des contraintes particulières ?

Il fallait tenir compte de la captation vidéo. Il fallait donc que le maquillage soit « captable ». 

Comme je vous l’ai dit, normalement le maquillage de théâtre est plutôt grossier, si on s’approche de près on constate que c’est plutôt sommaire. Thomas Jolly voulait que sur Thyeste, au contraire, quand on s’approche, le maquillage soit beau, proche de ce qui se fait dans les domaines de la mode ou du cinéma. On a donc procédé avec des tests lumière. On a fait des tests en loge avec différentes couleurs de gélatine sur un projecteur et de nombreux essais sur scène. A un moment sur scène Atrée évolue dans une couleur rouge et il fallait adapter le maquillage à ces variations de lumière. Tout a vraiment été pensé avec soin.

Comment se passe le quotidien d’une maquilleuse sur un festival comme Avignon ?

C’est sportif ! Tout est question d’organisation. J’arrive et je maquille le premier acteur à entrer sur scène, je me tiens prête à remaquiller Thyeste qui sort d’une forêt et dont le maquillage change ensuite. Lors de ce passage, entre le changement de costume, la coiffure et le maquillage nous sommes à 8 mains sur l’acteur. Je m’occupe aussi des coiffures donc je suis occupée. J’ai appris aux acteurs à être autonomes dans la réalisation de leur maquillage car je ne vais pas les accompagner sur la tournée de Thyeste. Je fais les retouches, je dois tenir compte du planning des acteurs pour les maquiller, de leurs entrées et sorties sur scène. Je suis très concentrée pendant toute la représentation.

Souhaiteriez-vous recommencer cette expérience ?

Avec plaisir, j’ai adoré ! C’était magique ! La dimension artistique de mon travail a été mise en valeur, ce fut l’occasion de pratiquer, de progresser, d’échanger avec des personnes passionnées, de travailler sur un spectacle de qualité. C’est je crois l’une de mes plus belles expériences humainement et professionnellement !

Qu’avez-vous apprécié le plus ?

Beaucoup de choses ! J’ai adoré que le maquillage soit une discipline reconnue, avec une vraie place au sein de ce projet. Pouvoir sortir des codes, des habitudes, qui plus est à Avignon dans le cadre du festival dans un décor aussi sublime que le Palais des Papes ! Pour un début, je ne pouvais rêver mieux. 

Quels sont vos projets ?

Déjà rentrer chez moi, en Normandie. Ensuite j’ai des projets sur des campagnes publicitaires, notamment pour un réseau de salles de sport.

Je développe ma page Facebook ainsi que mon compte Instagram
J’ai bien sûr d’autres projets dont je ne parle pas encore : chaque chose en son temps !

Merci Elodie Mansuy qui a eu la gentillesse de nous répondre pendant sa pause dans la frénésie géniale de ce 72e festival d’Avignon ! Dates et lieux de la tournée de la pièce Thyeste par Thomas Jolly et sa troupe La Piccolia Familia : http://www.lapiccolafamilia.fr/tourneethyeste/

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