by Valérie Desforges

Interview de Virginie Dhaze, Cheffe de la Communication du SCPTS (Service Central de Police Technique et Scientifique)

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Virginie Dhaze a retenu l’attention de Miss Konfidentielle. Après avoir suivi avec succès une carrière dans le secteur du Tourisme, Virginie Dhaze occupe depuis 2019 le poste de Chef du service Communication de la Police Technique Scientifique (PTS). Un virage étonnant qui mérite toute notre attention.

Bonjour Virginie,

Vous avez vécu de belles expériences professionnelles dans le secteur du Tourisme. Racontez-nous..

J’en garde un excellent souvenir.
C’est un secteur auquel on reste généralement très attaché, qui est particulièrement dynamique parce qu’il est sans cesse contraint de se réinventer.
Les professionnels du tourisme ont une capacité d’adaptation remarquable, aux différentes cultures, aux climats géopolitiques, aux disruptions en tous genres. Ils sont passionnés et souvent passionnants.
Des entreprises comme le Club Méditerranée ou Disneyland Paris, sont d’excellentes écoles : ce sont des terrains fertiles pour la créativité, où l’on enseigne l’importance de l’intelligence collective et de la sécurité, et, évidemment la valeur d’une marque forte. Ce sont ces expériences qui ont probablement développé mon appétit de découverte, et le plaisir à exercer ce métier de communicant.

Puis vous avez postulé sans trop y croire à l’annonce de candidature de la Police nationale. Pour quelles raisons avoir tenté votre chance dans un univers si lointain du vôtre ?

Même si j’avais des velléités de rejoindre un secteur innovant, notamment après mon passage dans la robotique, je n’avais jamais songé à la Police scientifique. J’ignorais que leur direction était située en région lyonnaise et que cette dernière disposait d’un service de communication.
Puis ce qui était une surprise a laissé place à l’évidence, dès le processus de recrutement : des valeurs communes, la contribution à des missions dont on ne questionne plus l’utilité, et une véritable envie de porter l’image des personnels qui sont engagés dans cette discipline, et pour lesquels j’éprouve un profond respect.

Quel poste avez-vous décroché ? Pour quelles missions précises ? 

Celui de « Cheffe de la Communication » du SCPTS (Service Central de Police Technique et Scientifique), l’équivalent du siège de la Police scientifique de la Police nationale. Le service est intégré à l’État-major et gère la communication interne et externe. Il est composé de 8 personnes représentatives de la mixité de notre organisation : des policiers, des scientifiques, et des personnels administratifs.
La Police scientifique se développe à vive allure, tant au niveau des volumes d’activité qu’au niveau de ses procédés. La démarche d’innovation est au cœur du réacteur, et c’est notamment à ce titre que la communication sert de pierre angulaire.
Nous nous adressons à différents interlocuteurs, professionnels et grand public, dont les enquêteurs, qui sont nos premiers prescripteurs, et les personnels de Police scientifique qui sont répartis sur le territoire national.

Vous avez découvert un univers très différent de celui du privé. Est-ce indiscret de vous demander comment vous vivez ce changement ?

Le secteur public est, par nature, très différent du secteur privé.
Ce qui peut surprendre, c’est que les différences au sein de la Police scientifique ne sont pas toujours là où on les attend : si je m’attendais à rencontrer des personnes très engagées dans leur mission, j’ai été plus étonnée par leur ouverture d’esprit et leur solidarité par exemple. Ici on s’enquiert du sort de l’autre, on se soucie de celui des victimes, de celui de ses collègues. C’est un réflexe. C’est très spontané. Finalement cela crée une différence fondamentale avec l’individualisme ambiant. Je n’ai pas retrouvé autant de préoccupations collectives dans le privé. Ici on se sent membre d’un groupe, c’est une véritable force.
Et puis il s’agit d’hommes et de femmes de droit pour les uns, de sciences pour les autres : on retrouve donc une culture de la rigueur, un sens de l’exactitude, un soin du mode opératoire. J’aime beaucoup cet équilibre entre le respect des règles et la dynamique d’expérimentation. Donc pour répondre à votre question, humainement, le changement est plutôt positif ! Administrativement, disons qu’il faut s’adapter à de nouvelles règles de fonctionnement qui sont un peu plus lourdes, mais qui n’empêchent pas le résultat, heureusement !

Nos lecteurs ne connaissent pas tous le rôle de la PTS. Cela serait intéressant de nous informer et de nous faire part de vos actualités.

Le succès des fictions sur cet univers à la fin des années 90 a apporté son lot de fantasmes. En réalité, c’est un peu différent :  par exemple, les agents de Police scientifique ne sont pas des enquêteurs. Ils fournissent des indices de nature scientifique aux enquêteurs, qui vont compléter, voire orienter, leurs investigations.
Ensuite, c’est une discipline d’origine française : nous avons plus de 100 ans d’expérience en la matière, vous imaginez ?!
Deux hommes, un employé de préfecture de police puis un professeur de médecine, en sont les instigateurs, et leur histoire est fascinante.
Alphonse Bertillon, est à l’origine du premier fichier d’identification de délinquants et criminels. Si l’idée d’enregistrer leurs mesures corporelles, puis leurs empreintes digitales paraît d’abord saugrenue, elle finit par prouver son efficacité : plus de 15 000 délinquants récidivistes seront identifiés grâce à ce fichier. Nous sommes en 1902 lorsque le premier d’entre eux est arrêté grâce à ses empreintes. Le développement de la criminalistique est alors amorcé.

Huit ans plus tard, le professeur Edmond Locard fonde le premier laboratoire de police scientifique à Lyon : c’est à lui que nous devons les premières analyses de taches de sang, les comparaisons d’écritures ou encore l’expertise des armes.
Aujourd’hui encore, le principe de l’échange que M. Locard a formulé un siècle plus tôt est d’actualité : un malfaiteur laisse une trace de son passage et emporte avec lui des traces des lieux où il est passé.
La mission de la Police scientifique est ici résumée : prélever, révéler et identifier ces traces.
Pour parvenir à ces résultats, elle se dote d’expertises et d’expériences dans différents domaines de compétences (biologie, chimie, mathématiques, ingénierie…) grâce auxquelles elle élabore des solutions toujours plus novatrices.
Et à l’heure actuelle, elle traite environ 75 % de l’activité de criminalistique en France. Autant vous dire qu’on ne s’ennuie pas…

Je vous présente la toute nouvelle vidéo de la Police Nationale – Service Central de la Police Technique et Scientifique :

 

A vous écouter, vous semblez très heureuse à la PTS. Je me trompe ?

Vous ne vous trompez pas !
D’abord il y a la mission : c’est très enthousiasmant de devoir traiter d’un sujet à la fois utile et évolutif. On a un sentiment de fierté, de servir une cause qui concerne la société toute entière, sans se focaliser en priorité sur la performance financière. A l’heure où de nombreux managers s’épuisent à remettre du « sens » dans leur ouvrage, ici nous n’en manquons pas, et c’est une vraie motivation.
Ensuite il y a le périmètre : c’est plus commode de piloter les deux aspects de la communication (interne/externe). On peut s’assurer de la cohérence des messages et maîtriser les cadences de diffusion entre les différents auditoires.
Et puis, il y a les Hommes : quand on exerce ce métier, il faut surtout de l’envie et de la bienveillance, et à ce titre, je crois que notre équipe est calibrée à la hauteur de la tâche !

Pour autant, la passion de voyager ne vous quitte pas. Notamment les milieux extrêmes..

Une passion ne disparaît pas comme ça et l’Homo sapiens est un grand voyageur naturel depuis plus de 200 000 ans… il me semble que nous sommes nombreux à en porter l’héritage, n’est-ce pas Valérie ?
Ce qui est fascinant dans le voyage c’est qu’on n’en revient jamais vraiment indemne. On en revient souvent dans une meilleure version de soi-même, même lorsqu’ils ne sont pas de tout repos.
Les milieux extrêmes m’ont toujours attirée : les déserts, les jungles etc. Je suis conquise par la beauté de la faune et de la flore de ces écosystèmes, et surprise par leur niveau d’interdépendance. Mon plus beau souvenir : les « larmes bleues » de Bornéo, un plancton bioluminescent qui irradie la mer au moindre mouvement, uniquement à marée basse. Une merveille : je vous le conseille !

1 commentaire
  1. Chaullet dit

    Une très belle réussite.

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