by Valérie Desforges

Interview de Didier Gueguen, ancien négociateur de crise au RAID

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Didier Gueguen, ancien négociateur de crise au RAID et formateur aujourd’hui est un homme de terrain qui mérite toute notre attention. Engagé avec force pour la sécurité de notre pays, il a accepté de répondre à l’interview de Miss Konfidentielle.

Bonjour Didier,

Quel parcours vous a mené à cette responsabilité de négociateur de crise au sein du RAID ?

Je suis entré dans la police en 1992 un peu par hasard. J’avais à l’époque passé les tests pour entrer à la BSPP (Pompiers de paris) que j’avais réussi. J’attendais donc de partir pour cette unité prestigieuse, mais les instructeurs m’avaient aussi prévenu que l’attente était parfois longue pour intégrer la formation initiale.

Impatient, je me suis engagé chez les parachutistes. Quelques temps plus tard, j’ai reçu mon affectation chez les para, mais en tant qu’appelé du contingent ! J’ai donc effectué mon service militaire normal au 1er RCP à Bordeaux et non comme engagé volontaire.

J’ai passé une année extraordinaire dans ce régiment et notamment 4 mois en Guyane au 3ème REI, régiment de légionnaires qui nous ont vite calmé avec le fameux stage en forêt équatoriale à Regina, le célébre CEFE. Puis 2 mois sur le fleuve Maroni à contrôler le flux migratoire et participer à la  vérification d’identité des orpailleurs clandestins en renfort des gendarmes qui m’ont donné envie de poursuivre mon aventure et de donner une nouvelle direction à ma future carrière professionnelle.

Retour à la vie civile et plusieurs petits boulots plus tard, je passe le concours police à la demande express de ma mère qui voit d’un œil douteux certaines de mes fréquentations !

J’ai repris la boxe anglaise en quittant l’armée et je cours déjà pas mal. J’entre en école de police en me demandant ce que j’y fais mais très vite, j’y retrouve des amis et un engagement sportif très présent. Mes qualités sportives et notamment pugilistiques m’attirent la sympathie des moniteurs de sport et de tir qui m’ont « à la bonne » et je passe un an à enchaîner les compétitions sportives police ou civil en course à pied.

J’intègre les CRS en 93 à Velizy, et c’est une nouvelle vie pour moi, assez proche de ce que j’ai pu connaître à l’armée au niveau ambiance. On me demande déjà pourquoi je ne passe pas les tests du raid ! Je ne m’en sens pas capable encore, trop immature.

Je m’entraîne toujours en boxe et combat à l’occasion en Bretagne ce qui me permet de m’entraîner quelques fois au RAID entre collègues. 

Un peu rudes sur le ring les collègues d’ailleurs car ils aiment un peu de viande fraîche de temps en temps ! J’y rencontre Mr PATUREL pour la première fois. Véritable légende au sein de cette unité. Il soignera mon œil à la suite d’un round particulièrement viril avec un officier du groupe d’intervention.
L’idée de passer les tests commence à germer mais je n’ai que 24 ans et je ne m’estime pas encore près. Je me suis mis au triathlon à cette époque et,nageant  pas trop mal, je passe les tests pour devenir nageur sauveteur. Je surveillerai donc les plages en tant que CRS pendant 5 ans à Brest à la maison ! 

J’ai 30 ans quand le télégramme pour les habilitations du RAID tombent, suivi de près par celui des GIPN (  Groupe d’Intervention de la Police Nationale) aux missions similaires mais basés en province. Ces groupes deviendrons en 2014 les antennes RAID.
Je postule, réussi ces habilitations et choisis le groupe de Bordeaux ou je resterai 13 années. 13 ans que je n’ai pas vu passer. 

Ambiance, camaraderie, missions diverses et entraînements sportifs quotidiens pour être capable de tenir des heures en mission malgré les 30 à 40 kilos de protection balistique et d’armement sur le dos vous happent et vous incitent à ne jamais prendre de vacances de peur de rater …: «l’ INTER» .

A mon arrivée au Groupe, les négociations sur les forcenés sont encore désordonnées et non structurées. Pire, c’est souvent le patron qui négocie avec plus ou moins de succès.
Il faudra attendre la création d’un groupe négociation au RAID pour avoir enfin des négociateurs professionnels.
La différence entre les négociateurs des Antennes RAID et ceux du RAID parisien est qu’ils sont également opérateur dans la colonne d’assaut quand ils ne négocient pas. C’est une force car il connaît parfaitement les besoins de la colonne mais c’est aussi une faiblesse car par rapport à la cellule négociation du RAID Parisien, ils sont moins spécialisés dans ce domaine bien particulier qu’est la communication.

La cellule négociation de Paris garde donc un visuel permanent sur les différentes interventions qui peuvent avoir lieu sur tout le territoire et une veille qui peut venir en aide aux négociateurs de province si le besoin s’en fait sentir.

Le RAID reste un univers encore mal connu du grand public. De quoi s’agit-il exactement et quelles étaient vos missions ?

Le RAID est né le 3 octobre 1985, le Ministre de l’intérieur Mr Pierre JOXE crée cette unité pour répondre à la menace terroriste nationale et au grand banditisme organisé. Il ne s’agit pas de concurrencer les GIPN ni le GIGN mais bien de se doter d’un outil polyvalent, professionnalisé dans tous les domaines de l’intervention et disponible H24.

Plusieurs groupes composent l’unité, comme la cynophile (chiens d’assaut), les varappeurs (escalade), l’effraction (spécialiste en ouverture de portes), les plongeurs, les parachutistes, la négociation.
Les missions du RAID sont multiples mais on peut parler de la gestion des forcenés retranchés, des prises d’otages, des suicidaires dangereux ainsi que de la protection de personnalités en France ou des Ambassadeurs de France en Afghanistan et au Liban.

En 2013, je m’intéresse de plus en plus à la négociation de crise qui permet souvent d’éviter aux groupes d’assaut de devoir prendre des risques que l’on peut éviter grâce aux mots, à l’écoute active notamment. Il faut bien sûr être volontaire pour être négociateur car sans réelle envie d’aider la personne en crise, la communication sera un échec. 

Je suis donc formé à la négociation de crise au RAID 75 en 2011, le groupe négo est à cette époque dirigé par Christophe CAUPENNE une figure de la négociation de crise en France. Dans son groupe, 2 filles dont Christelle, véritable puits de connaissance en psychologie et criminologie qui me formera et avec laquelle je formerai à mon tour des policiers en Côte d’Ivoire puis au Mexique.

Quelle a été votre plus grande fierté au RAID ?

La négociation la plus difficile psychologiquement et physiquement fut un face à face de 2h30 avec un homme qui tenait deux sabres sous le cou d’une cadre de la SNCF dans un train en gare de Bordeaux.
Sa seule revendication étant de voir le procureur qui l’avait mis en prison en raison de sa couleur pour lui cracher à la figure… ma seule alternative, hormis celle d’intervenir moi-même, puisque je suis le seul face à lui, est de lui faire accepter la présence de binômes d’assauts sur ses flancs. 2H30 de communication sur ses envies, sa religion, sa vie en prison et depuis sa sortie etc …. Un face à face parfois tendu quand il lui semble que les gars sont trop proches de lui. Cette intervention finira bien puisqu’il sera interpellé par les binômes d’assauts alors que, par les mots, j’arrive à lui faire baisser ses armes de quelques centimètres. J’apprendrai ensuite qu‘il s’agissait de la femme d’un préfet, d’où la présence sur place de toutes les autorités du département !

Je suis également intervenu à plusieurs reprises sur des individus se réclamant d’Al-Qaïda et notamment lors d’une prise d’otage dans une banque à Toulouse ou un individu était entré avec un bidon d’essence et un pistolet. Sa revendication était de combattre le raid qui avait selon lui abattu Mohammed Merah. L’inter se terminera par la sortie des 4 otages à tour de rôle après 5 heures de négociation et un face à face entre le groupe d’intervention et ce combattant de la foi perturbé psychologiquement .

Aujourd’hui, vous êtes formateur.

J’ai quitté le RAID 33 il y a 4 ans et j’ai créé une micro-entreprise spécialisée dans la négociation de crise et la gestion des agressions. Visible sur internet.

Je propose également avec mes partenaires de travail des stages cohésion et confiance en soi, des séminaires d’entreprises, des conférences sur la négociation de crise ou le management bienveillant dans les unités spécialisées et le parallèle que l’on peut faire avec le monde de l’entreprise.

Je propose aussi mon expertise en prévention de la radicalisation et la gestion du risque terroriste malheureusement encore trop souvent d’actualité.

Je viens de valider à l’université Paris Descartes un D.U médiation gestion des conflits et négociation de crise et je commence en novembre un D.U radicalisation et terrorisme à Paris Diderot afin de parfaire mes connaissances dans ces domaines.

Sur un plan plus personnel, avez-vous des loisirs, des passions, des causes que vous défendez ?

Mes loisirs tournent souvent autour du sport puisque depuis 27 ans je pratique le triathlon et notamment les distances IRONMAN. J’essaie d’en faire 2 chaque année et de découvrir à chaque fois un nouveau pays, les voyages étant une autre de mes passions.

Avec des policiers de la région aquitaine nous avons créé une association pour faire connaître la spondyloarthrite ankylosante dont souffre l’un de nous et de récolter des dons pour la recherche chaque année. Nous participons à des triathlons et des trails partout en France pour en parler au plus grand nombre. Il est facile de nous suivre sur les réseaux sociaux avec le nom de l’équipe : IRONSPONDYMAN.

Je fais également partie d’une équipe de joyeux policiers déguisés en super héros et qui essaient de redonner le sourire aux enfants malades de la région Girondine. Nous intervenons gratuitement dans les hôpitaux mais aussi lors de fêtes ou anniversaires pour ces enfants en souffrance. À suivre donc également sur la page de JOC’S Heroes sur linkedin ou FB. J’en ai fini avec la pub pour ces associations, mais il me semble qu’elles méritent un coup de projecteur.

Avez-vous un message à faire passer ?

Je pense que la vie vaut d’être vécue et de profiter de chaque instant comme d’une chance. J’ai pu voyager de par mon métier mais aussi à titre personnel partout dans le monde et j’ai pu découvrir beaucoup de pays ou la survie est une règle, ou la famine règne et il est bon parfois de ne pas oublier que nous sommes privilégiés. Je repars en octobre en famille au Cambodge 3 semaines et je suis fier d’inculquer cela à mes enfants. 

Un grand merci à vous pour toutes ces réponses spontanées !

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