by Valérie Desforges

Interview de Cécile Pommereau, une personnalité atypique

#cecilepommereau

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Miss Konfidentielle aime partager avec vous ses entrevues avec des personnalités qui ne manquent pas de nous surprendre. Cécile Pommereau est un bel exemple. Connue pour son succès littéraire « Immortel Ad Vitam » qui a reçu un prix, elle a bien d’autres cordes à son arc.. et pas des moindres !

Bonjour Cécile,
Parlez-nous de votre polar fantastique « Immortel Ad Vitam »

Je suis autrice d’un roman, éditée depuis un peu plus d’un an au sein de la maison Noir d’Absinthe. Mon roman, « Immortel Ad Vitam » est un polar fantastique, où l’on suit du point de vue interne, deux personnages : Fred, un gentil loser à qui la vie n’a pas fait de cadeau et qui se rend compte qu’il est immortel lorsqu’il tente de se suicider, et Jean, un flicard au bord de la retraite qui enquête sur un homicide où le cadavre s’est fait la belle. Le thème du texte peut sembler sombre au premier abord, mais en réalité l’emploi d’une dose massive d’humour noir et de cynisme permet de contre-balancer. J’aime travailler sur l’improbable, et quand une situation devient tellement merdique qu’elle prête à sourire, je suis dans mon élément. Malgré l’aspect fantastique du roman, j’essaie d’être toujours juste dans les interactions entre mes personnages.

D’ailleurs, dans la vraie vie, c’est quelque chose que je trouve fascinant à observer. Les attitudes, les positions, le langage, en fonction de qui s’adresse à qui. Ces codes sociaux qui ne sont jamais énoncés à haute voix, mais que tout le monde connaît. Ces réflexions ont tendance à « poper » dans mon crâne à la vitesse et la régularité d’une fenêtre publicitaire sur internet. Tiens d’ailleurs, pourquoi personne ne parle dans la salle d’attente de chez le médecin ?

J’ai commencé à écrire pour ça : m’amuser, partager. Et puis à un moment donné, sans vraiment le vouloir, c’est devenu une sorte d’exutoire. Pendant un temps, j’étais pétrie d’angoisses à l’idée de mourir. Je suis quelqu’un de pragmatique, donc difficile de me dire que ça n’arrivera pas un jour. Ça a duré pendant bien un an, à m’en empêcher de dormir. Et à ce moment-là, j’ai commencé à écrire sur un jeune homme qui n’arrive pas à mourir.
Coïncidence ? Je ne crois pas ! Je n’ai jamais cherché à faire de mon roman une thérapie, mais le fait est qu’une fois les derniers mots posés, mes angoisses s’étaient envolées.

Immortel ad vitam, ce n’est pas tant l’histoire d’une enquête que celle de la reconstruction de mes deux personnages. En y réfléchissant, je me dis que tous les trois, nous étions des vases communicants. Nous avons tous joué notre rôle pour régler les problèmes des deux autres. Je dois avouer que j’ai beaucoup d’affection pour eux et je crois, d’ailleurs, que je ne suis pas la seule, puisque mon roman a reçu le prix des auteurs inconnus 2018, catégorie imaginaire, un prix organisé par des blogueurs littéraires.

Écrire est très important pour moi. Ça ponctue mon quotidien, me permet de formuler mes pensées avec plus de clarté, de réfléchir à des sujets que je n’aurais que vaguement survolé à un autre moment.

Après la parution d’Immortel Ad Vitam, j’ai écrit deux nouvelles, « Les larmes de Cernunnos » qui est un préquel à mon roman, et « Elisabeth », publiée dans le recueil « La Folie et l’absinthe », toujours aux éditions Noir d’Absinthe.

Il n’y a pas que la littérature qui vous passionne…

Je suis une touche à tout hyperactive. Donnez-moi une matière, j’en ferai quelque chose. Papier, plastique, métal, cuir, tissu, mousse ! Je ne sais pas faire ? Qu’importe, j’apprends ! Je repère un tutoriel et je me lance. Je suis insatiable. Je fabrique pour le seul plaisir de créer. D’ailleurs, bien souvent mes créations terminent dans ma cave, faute de place ailleurs.

Dans mes dernières créations, j’ai par exemple fait un bouclier viking en mousse pour un collègue de ma maison d’édition qui écrit sur le sujet. J’ai maintenant le plaisir de le voir exposer son bouclier sur chaque salon où nous dédicaçons. J’ai également pas mal exploré le mouvement steampunk, notamment en customisant des pistolets en plastique pour leur donner un aspect vieillit et métallique, et j’ai terminé tout récemment un dragon en papier mâché.

En fait, je découvre une nouvelle idée, un concept, et lorsque je le maîtrise à peu près, je passe à autre chose. La vie est trop courte pour se cantonner à ce qu’on connaît.

J’utilise mes activités artistiques pour me forcer à la concentration. Mes pensées sont une puce qui saute sans cesse d’un sujet à l’autre. Il est très difficile pour moi de penser à une seule chose à la fois et peu d’activités me demandent suffisamment de concentration pour ne pas me disperser. Les activités artistiques en font partie, j’ai donc opté pour : « occuper mes mains pour discipliner ma tête ».

Souhaitez-vous développer vos talents dans un nouveau domaine artistique ?

Oui, toujours ! J’adorerais par exemple apprendre la danse, ou travailler le bois. Malheureusement les jours plafonnant à 24 heures, il m’est tout bonnement impossible d’apprendre et faire tout ce dont j’ai envie. Je dois avouer que la taille de mon appartement est également un frein à mes projets. Donnez-moi un atelier, et je conquerrai le monde !

Vous êtes incroyable. Avez-vous une actualité susceptible d’attiser notre curiosité ?

Je travaille actuellement à la rédaction de mon second roman. L’idée est venue plus ou moins d’une blague avec une amie. J’y ai réfléchi quelques jours, et j’ai fini par pitcher l’idée à mon éditrice.
Sa première réaction ? « Non, mais en vrai, c’est quoi ton idée ? ». Il faut dire que je lui avais vendu un concept improbable en deux lignes, qui devait ressembler plus à un début d’histoire drôle qu’à un résumé de roman. Mais à bien y réfléchir, ces deux lignes me plaisent encore beaucoup : « C’est l’histoire de Matthieu, qui emménage dans un appartement parisien, hanté par Kévin, quinze ans, fan de Britney Spears. » Vous avez remarqué ? Ça parle encore de quelqu’un qui n’est pas vraiment mort !

Ces passions complètent votre vie professionnelle au sein de la Police Nationale.
Sans trop vous dévoiler, quel a été votre parcours ?

Mon parcours scolaire est assez rapide à résumer. J’ai arrêté l’école en classe de seconde. Je n’ai aucun diplôme. Je n’étais pas mauvaise à l’école, mais je détestais ça et j’avoue que je ne faisais pas grands efforts pour améliorer mon rapport à la scolarité.

Ne pas aimer l’école, c’est bien beau, mais à un moment, il est temps de trouver comment contourner le problème pour éventuellement gagner sa vie un jour. Ma seule certitude à l’époque était de vouloir rentrer rapidement dans la vie active. Mon grand frère m’a présenté deux policiers chargés de former les Cadets de la République. Ils ont su me convaincre de tenter d’intégrer la prochaine promotion. J’avais alors encore 17 ans, ma majorité coïncidant avec mon entrée en école.

Mon parcours professionnel commence donc en 2006. Pour rappel, les Cadets de la République, c’est une formation d’un an pour les jeunes sans diplôme, alternant une semaine en école de police pour apprendre le métier, et une semaine en lycée professionnel, pour une remise à niveau scolaire. La formation offre aussi une solide préparation au concours de Gardien de la Paix. À la fin de cette année d’école, j’ai intégré la Brigade équestre de l’Essonne, pendant un an, le temps pour moi de passer chaque épreuve du concours de Gardien de la Paix, et d’intégrer une nouvelle formation. Au terme, comme beaucoup d’élèves, j’ai gagné la Seine St Denis. J’ai découvert le travail d’enquête à Blanc-Mesnil, en brigade des mineurs, d’abord, puis en enquêtes générales. J’y suis resté une demi-douzaine d’années, le temps entre autres, d’obtenir ma qualification Officier de Police Judiciaire et avant de partir à la découverte du 94. Autres lieux, autres méthodes, mêmes infractions.

Depuis juin dernier, treize ans après mes premiers pas dans « la boite », j’ai enfin pu intégrer la Brigade de Répression du Proxénétisme. C’était un objectif que je m’étais fixé depuis que j’avais découvert l’existence de la brigade il y a quelques années.

J’ai toujours trouvé motivant de pouvoir aider des personnes un peu oubliées de la société. Tout le monde s’accorde à dire que les prostituées ne doivent pas avoir une vie très agréable, mais concrètement ça s’arrête là et personne ne fait rien. Je suis contente de faire quelque chose à mon échelle. La matière est intéressante et je découvre des milieux très différents, certains dans lesquels je n’aurais jamais mis les pieds en temps normal. C’est toujours enrichissant.

En me retournant sur ma carrière, je me dis que j’ai eu un parcours plutôt atypique. Pas de diplôme, 31 ans, 13 ans de service et une belle évolution de carrière. Je suis un pur produit de l’égalité des chances. La preuve qu’avec un peu de volonté et parfois des chemins détournés, on peut arriver où on veut !

Merci Cécile pour ce témoignage qui n’a pas manqué de rebondissements ! Belle route tant sur le plan artistique que celui de la Police. Deux mondes bien distincts passionnants.

 

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