by Valérie Desforges

(Re)visitons l’exposition Les Canons de L’Elégance

#culture #histoire #musée #armée

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Une superbe exposition visitée début 2020 par Miss Konfidentielle au Musée de l’Armée à Paris, aujourd’hui proposée en ligne. Une initiative appréciable en période de confinement et instructive destinée à toutes les générations. N’oublions pas notre Histoire.

Pour se distinguer des civils et afficher leur éclat, les soldats ont toujours été attachés à la beauté, la qualité et la richesse de leurs armes et parures qui marquent leur statut autant qu’ils servent leur métier. Broderie, orfèvrerie, sellerie, émail, ivoire, galons, plumes, haute-couture… témoignent aussi de la transmission d’arts et de savoir-faire ancestraux. Croisant plusieurs approches, historique, anthropologique et esthétique, l’exposition met en relief la façon dont les fastes guerriers contribuent à l’éclat et à la légitimité du pouvoir politique, comment ils récompensent le mérite et répondent au désir d’assimilation ou de distinction au sein du groupe. Du XVIe à nos jours, venez vous émerveiller devant les chefs-d’œuvre, bijoux de luxe et d’élégance, créés pour les soldats d’hier et d’aujourd’hui, officiers ou hommes de rang.

Des objets précieux : pouvoir et autorité

Dans la plupart des sociétés, la source du pouvoir politique est d’origine guerrière, et les deux fonctions demeurent étroitement imbriquées puisque la guerre reste pour les États un moyen de s’affirmer, de se maintenir ou de défendre leurs intérêts.

Chef de guerre, le souverain associe le pouvoir militaire aux attributs de la richesse, signifiant ainsi sa puissance à son peuple et au monde.

Des cadeaux diplomatiques, des armes ou armures ayant appartenu à des souverains témoignent de ce luxe militaire déployé par le pouvoir politique, fastes qui se sont conservés jusqu’à aujourd’hui avec les uniformes et les équipements des gardes régaliennes.

Codes du luxe et distinction militaire

À partir du règne de Louis XIV, l’organisation hiérarchique de l’armée est de plus en plus structurée et elle s’affirme comme un groupe social distinct de la société civile. Des traditions militaires se développent et se renforcent. Ces phénomènes suscitent l’apparition d’un ensemble de signes permettant à chacun d’afficher son rang au sein de corps en apparence uniformes.

Une culture de la distinction, conditionnée par l’origine sociale, vient ainsi en renfort des codes visuels militaires mis en place.

L’art d’offrir et de récompenser

Les modalités de la récompense évoluent elles aussi beaucoup sous le règne de Louis XIV. Autrefois réservées aux Grands du royaume, des gratifications sont progressivement accordées aux rangs inférieurs de la hiérarchie, aux « héros subalternes ».

L’apparition du modèle du soldat citoyen durant la Révolution renforce ce schéma pour aboutir à la création par Napoléon Bonaparte de la Légion d’honneur, accordée au simple grenadier comme au maréchal. Mais la remise symbolique d’un objet ne représente pas seulement un acte de reconnaissance de la valeur. Gratifier autrui peut également s’inscrire dans une démarche politique et sociale.

L’objet militaire peut ainsi constituer un présent accompagnant des relations diplomatiques, apparaître comme une marque de déférence pour un allié.

Enfin, les relations d’homme à homme favorisent l’échange de cadeaux. Ceux-ci s’offrent là encore comme un témoignage de respect, mais aussi comme le souvenir d’une expérience partagée ou le signe d’une communauté d’esprit, manifestations d’une fraternité qui se forge dans les épreuves.

L’inversion du prestige/la mode d’aujourd’hui

Les conditions du combat après l’apparition de l’arme automatique et de la poudre sans fumée poussent à transformer la tenue de combat qui, sur le long terme, se dissocie progressivement de la tenue de cérémonie. Mais cette évolution n’efface cependant pas les nécessités d’identification, d’intégration ou de singularisation, issues de volontés institutionnelles ou personnelles.

Ce dépouillement de la tenue donne lieu à une « inversion du prestige » dont l’uniforme est à la fois le signe et l’enjeu. Dès le XVIIIe siècle, quelques chefs militaires, comme Napoléon Ier lui-même, se distinguent par la modestie affectée de leur mise et cette simplicité est aussi l’image donnée par certains généraux alliés et par les soldats de la Libération.

Adaptée aux conditions de la vie citadine, la tenue de combat s’y répand et sert parfois de signe de reconnaissance à des tribus urbaines. De là, certains stylistes s’en inspirent et la font monter sur les podiums.

Avant de nous quitter, voici le teaser de l’exposition. Bonne visite ! Avec les enfants… ils seront ravis.

 

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