by Valérie Desforges

Interview de Eric Bérot, Chef de l’Office Central pour la Répression des Violences aux Personnes – OCRVP

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26 octobre 2020 – Miss Konfidentielle a le plaisir de partager avec vous le portrait du commissaire Eric Bérot, Chef de l’OCRVP, l’Office Central pour la Répression des Violences aux Personnes. Vous découvrirez le parcours d’un homme franc et direct, passionné par son métier de policier loin d’être facile au quotidien, profondément humain et qui fait preuve d’un sens du recul et d’humour fort agréable. Sans oublier son intérêt pour l’écriture et le cinéma.

Bonjour Eric,

Quel parcours vous a mené au poste de Chef de l’OCRVP ?

Je suis né en Mayenne en 1963 mais j’ai toujours vécu à Paris même si je ne suis pas très attaché à cette ville.

Comment avez-vous rejoint la maison police ?
En fait, j’hésitais entre deux voies, celle de devenir pilote d’avion ou celle d’être flic. Mon niveau en mathématiques n’étant pas suffisant pour intégrer l’ENAC, l’Ecole Nationale d’Aviation Civile… alors le métier de policier s’est imposé.

J’ai intégré la fac de droit à Paris XII qui à l’époque se trouvait à La Varenne-Chennevières (94).
Là j’ai à nouveau hésité… Devenir commissaire ou bien juge d’instruction ?

J’ai fini par suivre un stage dans un cabinet d’instruction. C’était très sympa mais j’ai trouvé le boulot trop solitaire et trop coupé des réalités du terrain. Je me souviens que je lisais une procédure de la BRB dans le cabinet du juge, c’était rempli d’interpellations et de courses poursuites. A ce moment-là, je me suis dit « En fait c’est ça que je veux faire ! ».

A l’époque je ne rêvais que de plaies et de bosses et il y avait une série mythique que j’adorais, Starsky et Hutch. Voilà comment mon choix s’est fait et je ne l’ai jamais regretté ! A quoi ça tient…

  • J’ai commencé ma carrière en 1990 dans le 13ème arrondissement à Paris.

C’était le quartier chinois mais en fait ceux qui nous donnaient du travail c’était déjà à l’époque les stups et les bandes de « Zoulous » qui s’affrontaient et dépouillaient les gens. Les stups, c’était essentiellement de l’héro. C’était avant le Sida et les toxs se piquaient à qui mieux mieux. C’était assez terrible car quasiment toutes les semaines on retrouvait des gamins ou des gamines morts d’overdose dans des endroits sordides, des squats, des toilettes publiques, des recoins de cage d’escalier. On avait des indics qui nous rencardaient sur des plans stups et on voyait ces indics véritablement s’autodétruire avec l’héroïne.

On voyait aussi des familles détruites par cette drogue. Je me souviens d’une mère de famille complètement débordée et qui devait enfermer son fils chez elle car sinon il lui volait sa télé pour aller la revendre et acquérir sa dose. Mais à part ça, il y avait une super ambiance entre nous. On faisait des super affaires avec des bouts de ficelle et des moyens dérisoires. Comme voiture on avait une AX, vous imaginez 4 types dans une AX ? Elle tanguait autant qu’un « Optimiste » pris dans une tempête ! Il ne fallait pas être sensible au mal de mer.

  • Ensuite je suis parti au SDPJ 92 chef de GREC.

Cela n’a rien avoir avec les Kebabs (sourire), c’était les groupes de recherche et de coordination. On ne faisait que de l’initiative et du flag. Là aussi on travaillait beaucoup avec les indics, « les tontons » comme on les appelait. C’était que des ennuis et des galères. Evidement on ne recrutait pas les tontons chez les curés et les bonnes sœurs. C’était tous des voyous, des petits dealers, des receleurs ou des escrocs. Donc régulièrement on était appelé en pleine nuit parce que notre « tonton » s’était fait « serrer » par une Bac ou une brigade de gendarmerie.

  • Ensuite l’OCRB, qui était l’ancêtre de la BRI nationale.

J’ai créé les tests BRI/BREC qui nous permettaient de sélectionner les meilleurs candidats pour ces unités d’élite. On avait une épreuve de pénétration en lieux clos qui était pour eux assez éprouvante.
On prenait des lieux un peu « space », ancienne usine, squat, maison abandonnée et on leur indiquait qu’un braqueur s’y était réfugié. On rajoutait une pincée d’otages, quelques faux cadavres, un ou deux pièges, un soupçon de grenade à plâtre, quelques tirs à blanc, on secouait le tout et on avait des candidats qui au bout de 30 minutes avait perdu 2 litres de sueur et un peu de leur assurance. Un test dur mais qui nous permettait de recruter efficacement.

  • Ensuite je suis parti à Lyon, en tant que chef de la division crim et stup.

Une période là aussi intense. Avec les stups on travaillait quasiment un week-end sur deux puisqu’il y avait les premiers « go fast » avec des types qui remontaient d’Espagne, systématiquement le dimanche soir pour éviter les contrôles. Je me souviens d’une équipe qui utilisait une ambulance pour remonter les ballots de shit. Une vraie ambulance avec un vrai ambulancier, complice du trafic. Ils avaient même le culot de mettre le gyrophare pour passer les péages.

  • Ensuite je suis passé en sécurité publique à Lyon dans le secteur de la Duchère.

Comme cadeau de bienvenu j’ai eu une voiture volée jetée dans la piscine et un véhicule bélier lancé puis incendié contre la porte de la synagogue. Ça vous pose tout de suite l’ambiance.

  • Ensuite retour en région parisienne en Seine-Saint-Denis.

J’ai vécu les émeutes de 2005 au cœur du chaudron. J’étais engagé le premier week-end à Clichy. Les émeutiers ont pulvérisé avec une voiture bélier le transformateur électrique ce qui a plongé le quartier dans le noir total. Puis il y a eu un long moment d’attente et d’un seul coup on a été attaqué de tous les côtés à coup de cocktail molotov et de jets de pierre. Juste à côté de moi, il y a eu un CRS qui a eu la main à moitié arrachée. Je me suis même demandé si on ne nous avait pas tiré dessus. Le plus stressant c’était la radio. Ça hurlait dans tous les coins « collègues en difficulté, on est pris à partie, on n’arrive pas à se dégager, on a plus de munitions, collègues blessés à terre, notre véhicule a été incendié, on se replie ». Le plus dur c’est que ça a duré presque un mois. On écoutait Acropol tous les soirs. Systématiquement on commençait à entendre vers 22h/23h « rassemblement d’une trentaine d’émeutiers dans tel secteur, véhicules incendiés dans tel autre ». On savait que c’était reparti pour un tour et qu’on allait bosser jusqu’à 5h du matin.

  • Je suis parti à la Chancellerie avant de continuer au service central des courses et jeux.

On a fait fermer les derniers cercles de jeux. Dans un des cercles, on a récupéré plusieurs millions d’euros en liquide. On est revenu avec une voiture remplie jusqu’à la gueule de milliers de billets de 20 et 50 euros. Il n’aurait pas fallu qu’on ait un accident ! Mon armoire forte dans mon bureau était remplie. Il y avait 5 millions d’euros en cash.

Aujourd’hui, vous exercez la fonction de Chef de l’OCRVP. Pouvez-vous nous éclairer ?

L’OCRVP est compétent en matière de lutte contre les infractions violentes à l’encontre des personnes, hors contexte de criminalité organisée, et notamment :

Les homicides, tentatives d’homicides et autres violences graves contre l’intégrité physique ou psychique de la personne;
Les viols et agressions sexuelles et leurs tentatives;
La pédopornographie;
Les séquestrations et les enlèvements (sans mobile financier);
Les recherches concernant les dérives sectaires constitutives d’infractions pénales;
Les recherches concernant les personnes majeures et mineures disparues dans des conditions inquiétantes, quelle que soit la cause de la disparition;
Les recherches sur les découvertes de cadavres non identifiés.

C’est un peu le Graal des offices.

Nous avons des dossiers variés et passionnants.
Entre les « cold cases », les dérives sectaires et la lutte contre la pédopornographie sur internet nos journées sont bien occupées.

Nous traitons aussi toutes les affaires médiatiques du moment : Matzneff, Epstein, Fourniret, XDDL (Xavier Dupont de Ligonnès)…

Je suis entouré par une équipe formidable.
Des fonctionnaires motivés qui se donnent à fond dans les enquêtes.
Lorsque vous savez qu’il y a un enfant à sauver de viols répétés, vous n’avez pas besoin qu’on vous rappelle le sens de votre mission.

Il y a un vrai sens de l’engagement à l’OCRVP et c’est toujours un plaisir de manager des gens dans ces conditions.

Que souhaitez-vous partager avec nous ?

Un remerciement et du respect.
J’ai beaucoup d’admiration pour les policiers « de base » en commissariat. Je pense que c’est eux qui font le métier le plus dur. Je me souviens en Seine-Saint-Denis d’une petite gardienne de la paix qui avait dans la nuit, nettoyé toute les excréments qu’un crétin en garde à vue avait étalé consciencieusement sur les parois de sa cellule. Parce qu’évidemment à l’époque aucun service de nettoyage n’intervenait en urgence (je ne suis pas sûr que cela ait changé). C’est le symbole un peu cru du travail de police. Ce n’est pas toujours glorieux, ce n’est pas forcément gratifiant mais il faut bien que quelqu’un le fasse pour que les citoyens puissent dormir tranquillement. Je pense qu’un minimum de reconnaissance ne serait pas superflu.

Je profite de notre entretien pour mettre en avant des gens formidables, humains, avec lesquels j’ai passé des moments intenses tout au long de mon parcours. Ils se reconnaitront.  Alors merci à Patrice, Denis, Christophe, Dédé, Olivier, Daniel, Laurent, Julien, Philippe, Aurélie, Francie, Thierry, Vianney, Yves, Emmanuelle, Etienne, Michel, JC, Fifo, Haffide, Hélène, Jérémie, Ludo, Martine, Sophie, Xavier…

Un souhait.
Celui d’être encore plus efficace avec mon équipe de l’OCRVP. Nous passons un temps infini à expliquer ce que l’on fait et ce dont on a besoin (rapports, notes, tableaux..). C’est du temps et de l’énergie que nous pourrions utiliser à exercer nos missions. Si vous saviez le nombre de commandes urgentes auxquelles je dois répondre !

Un agacement.
Ecouter ceux qui ne connaissent rien au métier de policier mais qui vous expliquent comment il faut faire. C’est tellement facile de refaire le match assis dans son canapé.

Vous vous intéressez à l’écriture et au cinéma…

Effectivement ! J’ai été co-scénariste sur les saisons 2,3 et 4 d’une série qui s’appelle Engrenages (Canal+). Cela a été passionnant et très enrichissant. On a essayé à l’époque avec Thierry Depambour, directeur de collection, de montrer le vrai travail des policiers avec ses succès mais aussi ses difficultés. Je crois que la série a été pas mal appréciée par les policiers. C’est une vraie satisfaction pour moi.

Je me souviens aussi avoir travaillé sur la série Les beaux mecs (France 2). Une très belle expérience, je me suis beaucoup amusé à imaginer les rebondissements de cette histoire, avec Virginie Brac la scénariste de cette série.

Actuellement, je me concentre quasi-exclusivement sur mon travail à l’OCRVP. Il y a de quoi faire !

Lorsque je le pourrai, j’aimerais bien écrire des scénarios, des polars, des petites chroniques. Affaire à suivre (sourire).

Merci à Eric Bérot pour son travail accompli et à venir.
Miss Konfidentielle ne cache pas son inquiétude à l’égard de la montée en puissance en France de la violence sous toutes ses formes, notamment celle liée aux actes terroristes. Et espère que nous trouverons rapidement des solutions afin de rétablir l’ordre républicain français.


Légendes et copyrights à respecter obligatoirement :

Photo en Une :  Interview de Eric Bérot par Miss Konfidentielle © Eric Bérot
Seconde photo : Eric Berot lors d’une perquisition chez des pakistanais dans une affaire de blanchiment en bande organisée dans le monde des jeux – sur misskonfidentielle.com © Eric Bérot
Troisième photo : Eric Berot lors d’une perquisition chez des pakistanais dans une affaire de blanchiment en bande organisée dans le monde des jeux – sur misskonfidentielle.com © Eric Bérot

Interdiction de copier/coller tout ou partie de cette interview sans l’autorisation écrite de son auteur Valérie Desforges.

2 commentaires
  1. DESSERT Adien dit

    Expériences passionnantes, rédiger des petites chroniques pourraient sûrement aider á la formation des Futurs policiers.

  2. Anne Souvira dit

    On s’ y croirait !
    Merci Miss K et bravo aussi à vous !

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