by Valérie Desforges

Olivia MONS, porte-parole de France Victimes : 22 février – Journée européenne des victimes

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La journée européenne des victimes se déroule le 22 février. Nous y sommes.. alors place à Olivia MONS, porte-parole de la fédération France Victimes qui a beaucoup à partager avec nous. Une femme de caractère qui ne lâche rien et qui a bien raison. Les sujets de FV nous touchent tous et seront fort probablement à l’honneur lors des événements de la Présidence française du Conseil de l’Union européenne 2022, #PFUE2022.

Bonjour Olivia, il serait instructif pour les lecteurs de vous présenter…

Je suis arrivée à la fédération France Victimes, il y a près de 20 ans avec un bagage universitaire pluriel, lettres, histoire et finalement droit imaginant devenir commissaire de police, magistrate ou directrice d’établissement pénitentiaire. L’Institut national d’aide aux victimes et de médiation, INAVEM à l’époque m’était inconnu. Mon intérêt pour les victimes s’est très vite intégré dans mon parcours, comme l’autre partie du crime, plus méconnue, plutôt délaissée, et pas aussi bien traitée qu’elle aurait dû l’être.

Mes fonctions de communicante à France Victimes se sont vite affirmées mettant en œuvre tous les pans de la communication, en relations publiques, médias, événementielle, et tournée vers les associations du Réseau France Victimes, qui à mon arrivée était déjà présentes sur l’ensemble du territoire français (hexagone et ultra-marin), avec une conscience d’appartenance à un ensemble soutenant et porteur en devenir.

Après notre changement de nom assez tardif (2017) pour devenir France Victimes, et avoir assumé des statuts compatibles avec ceux d’une fédération (2004), le Conseil d’administration a choisi de créer une fonction de porte-parolat que je partage avec le directeur général et un élu, en plus de la création de deux directions techniques, une juridique et de la coordination de l’aide aux victimes, et la mienne, pour la communication et le développement.

Je crois que la fédération en adoptant le nom de France Victimes a aussi pris la responsabilité d’être connue directement du public, et des personnes victimes, en plus de sa mission auprès du ministère de la Justice, de réseau associatif subventionné et agréé, participant à une politique publique de l’aide aux victimes.

France Victimes est encore mal connue… pouvez-vous nous éclairer ?

Robert Badinter à l’occasion des 35 ans de l’aide aux victimes © Chrystèle-Lacene

France Victimes a été créée en 1986 sous l’impulsion de Robert Badinter, ministre de la justice, quand il a décidé de faire confiance au corps social pour aider les victimes, ces « grandes oubliées des prétoires ». Cette conscience politique a rencontré, dans ces années 80, la pratique d’avocats, de magistrats, de professeurs de droit et de médecins, notamment légistes, qui faisaient le même constat de personnes victimes d’infractions, isolées, mal considérées, avec quelques droits mais peu de soutien personnel pour être accompagnées dans le difficile processus judicaire, au sein d’une société qui s’intéressait plus à l’image sulfureuse et anti-conformiste des criminels, qu’à la figure douloureuse et montrée comme revendicative et en colère de la victime.

Le travail de notre association nationale, régie par la loi de 1901, au cœur du ministère de la Justice, a été d’essaimer sur l’ensemble du territoire 130 associations professionnelles d’aide à toutes les personnes qui s’estiment victimes, sans discrimination, ni distinction de la qualité de la personne ou de la nature de l’atteinte (biens, personnes, accidents de la circulation, terrorisme, événements collectifs, et depuis 2017, catastrophes naturelles).

L’objet de la fédération est toujours de promouvoir et développer l’aide et l’assistance aux victimes, les pratiques de médiation et toute mesure contribuant à améliorer la reconnaissance des victimes, à apaiser les conflits, lutter contre l’isolement des victimes, et à diminuer le sentiment d’insécurité.

Les objectifs sont véritablement d’offrir un service gratuit, égal sur l’ensemble du territoire, afin qu’une personne victime où qu’elle se trouve en France, puisse bénéficier d’une écoute et d’un accueil bienveillants, d’information sur ses droits, comment les faire valoir, d’un soutien psychologique pour bien comprendre la situation, et évaluer un éventuel psycho-traumatisme et, enfin d’un accompagnement social pour pallier le mieux possible les répercussions de l’infraction dans de nombreux domaines.

Le financement de l’aide aux victimes issue de France Victimes repose sur un investissement du ministère à hauteur de 32,1 millions d’euros en 2021 pour près de 320.000 victimes accueillies. La Fédération peut compter sur la formation qu’elle dispense à plus d’un millier de stagiaires par an pour professionnaliser leurs interventions et sur des subsides émanant de partenaires, publics et privés, pour apporter aide et assistance à des agents, salariés et publics de grandes entreprises, de ministères ou d’associations.

La date du 22 février est celle de la Journée européenne des victimes

  • Que cela signifie t-il ?

Le 22 février est la journée européenne des victimes. Initiée en 1990, ce jour est consacré à la solidarité et la reconnaissance des victimes d’infractions. C’est l’occasion de sensibiliser et d’attirer l’attention de tous, grand public, médias et professionnels, sur la situation des personnes victimes et l’aide indispensable à leur offrir. De nombreuses initiatives se font jour, à travers l’Europe et sur le territoire français. France Victimes a pris l’initiative d’instaurer cette journée aux côtés de Victim Support Europe, et d’autres organismes européens.

  • Ce 22 février 2021, quelles sont les actions menées et messages à transmettre de FV ?

Cette année, France Victimes met en avant de nouveaux « outils sociaux » pour améliorer le parcours des victimes : la connaissance, l’information et l’accès des victimes à leurs droits et aux services gratuits qui leur sont délivrés.

3 thèmes sont proposés : un site parcours-victimes.fr, une plateforme digitale Mémo de Vie et le début de la campagne d’information de Victim Support Europe.

Au premier chef, le Fonds de Garantie des Victimes et la fédération France Victimes se sont associés pour co-construire, avec les professionnels de terrain au sein des associations locales, un site pour les victimes de violences : parcours-victimes.fr

Ces objectifs : Informer de manière simple, globale et transverse et privilégier l’aide de proximité pour être accompagné. Sur toutes les pages, la victime trouvera les contacts de l’association France Victimes la plus proche d’elle pour être prise en charge.

Il donne de l’information aux adultes et aux mineurs adolescent.e.s, victimes de violences physiques, sexuelles et psychologiques, pour les accompagner dans les principales étapes de leur parcours, depuis les faits subis jusqu’à l’éventuelle indemnisation.

Ce site internet apporte des informations générales en complément de celles plus personnalisées que la victime pourra obtenir auprès d’autres professionnels (forces de l’ordre, professionnels du droit et de la justice, assistants sociaux, associations d’aide aux victimes, etc.).

Parcours-victimes.fr est construit autour de 5 grands moments d’un parcours de victime – adulte et mineur que sont : Parler et être écouté / Se mettre en sécurité / Préparer le temps pénal / Être indemnisé / Se reconstruire.

Pour accompagner toujours les personnes victimes dans leur compréhension des violences, leur prise de conscience et permettre aux personnes d’appuyer leur déclaration des violences, France Victimes a lancé deux jours avant la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, Mémo de Vie, une plateforme gratuite et sécurisée à destination des personnes victimes de violences ainsi qu’à leurs proches. Outil digital sécurisé et personnel, Mémo de Vie propose une solution innovante, ancrée dans les temps court et long, pour faciliter soutenir la mémoire, sécuriser des données sensibles et accéder aux contacts et informations utiles. En 3 mois, plus de 8000 personnes ont visité le site et 800 comptes créés, avec une moyenne de 10 mn par session. Plus de 150 personnes ont été aidées grâce à Mémo de vie et mises en relation avec une aide extérieure.

Enfin, France Victimes est associée à Victim Support Europe pour une campagne qui appelle à l’amélioration des droits des victimes et sensibilise le public à l’existence des différents services d’aide aux victimes. « Vous ne le croirez pas et pourtant… ça existe » est une campagne d’information qui débute le 22 février jusqu’au 25 novembre, pour la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

France Victimes a-t-elle des projets ?

Nous avons de nombreux projets pour améliorer l’accès à l’aide et à l’information des victimes en général. Nous devons encore développer nos interventions notamment la prise en charge des enfants victimes d’infractions. Nous avons accueilli plus de 21.000 mineurs (2020) dont un tiers est victime d’agressions sexuelles.

Nous avons à cœur de mettre à la disposition des victimes, des proches et de toutes les personnes qui sont au contact de victimes, des outils comme mémo-de-vie.org ou parcours-victimes.fr ou l’application mobile Aidez-moi pour trouver les services de proximité.

Nous poursuivons également nos partenariats en signant des conventions dans de nombreux secteurs, comme la grande distribution, le monde du sport ou des ministères, en adaptant nos outils à d’autres typologies de victimes (comme les victimes de harcèlement ou de discrimination pour Mémo de Vie par exemple, avec le soutien du Fonds Facebook pour le civisme en ligne). Ainsi, toute victime peut avoir accès à un service.

Nous avons le devoir d’être connu, que les services gratuits et pluri-professionnels des associations France Victimes soient connus, que les victimes puissent y accéder le plus facilement possible, notamment par le biais de la plateforme nationale d‘aide aux victimes, et le numéro 116006.

Avez-vous des messages à faire passer ?

Je crois que la société devient mature maintenant pour entendre la souffrance des victimes, toutes les souffrances, les violences physiques, sexuelles et aussi psychiques, pour permettre à des associations comme les nôtres de passer d’une aide à une véritable protection, pour accompagner les victimes dans leur parcours de reconstruction individuelle et collective. Je crois en une justice qui restaure les liens entre les personnes dans un objectif de réinsertion des citoyens concernés par la violence de manière générale, pour une société apaisée, incluante et mieux traitante.

Avec le ministère de l’Intérieur, nous mettons à jour la convention de 2005 qui régit nos relations pour améliorer encore la situation des victimes. Nous travaillons bien avec les services de police et de gendarmerie que ce soit lors des formations qui permettent une meilleure compréhension des spécificités psycho-sociales des personnes victimes, que dans les facilités d’accès aux services des associations, via les intervenants sociaux ou des innovations numériques.

Les ministres de la justice successifs, et les différentes directions traitant des victimes, ont intégré cette question des victimes et de leur intérêt dans la procédure en favorisant une offre de services proactive, allant au-devant des victimes pour qu’elles puissent faire valoir leurs droits et être accompagnées.

La reconnaissance des associations agréées par le ministère de la Justice permet aux victimes de savoir vers quelles associations se tourner et les particularités des unes et des autres.

En termes d’innovations, le ministère a été à l’écoute de nos propositions. Après Mémo de Vie, dernièrement deux juridictions ont soutenu de nouvelles expérimentations du chien d’assistance judiciaire, initié par le Parquet de Cahors, avec la Fondation Adrienne et Pierre Sommer, et Handi’chiens, au plus près des victimes les plus vulnérables pour les accompagner dans une libération de la parole et un parcours judiciaire souvent complexe.

L’aide aux victimes est une politique publique absolument interministérielle et le travail de la déléguée interministérielle à l’aide aux victimes est fondamental pour coordonner les droits, les services et les dispositifs au bénéfice des victimes. Malgré le budget accordé par le ministère de la justice pour le réseau agréé, on compte seulement 100 euros en moyenne par victime pour une aide et un accompagnement qui peuvent durer des années. L’État doit prendre en compte, je pense, que l’aide aux victimes touche tous les ministères et que le financement aussi doit être interministériel. Ainsi, investir dans l’aide aux victimes, en plus d’être un devoir en faveur des personnes touchées, permet de diminuer de nombreux coûts sociaux et économiques, de rendre possible une prévention des violences, d’amoindrir les conséquences des infractions et de garantir une société bienveillante et protectrice.

Que souhaitez-vous dire aux victimes de violence ?

Ce que je souhaite dire aux personnes victimes, mais aussi aux proches meurtris également et à tout l’entourage, c’est que des solutions existent, les victimes ne sont plus seules face à leur situation. Depuis près de 40 ans, des services globaux gratuits pour les victimes sont à la disposition des persoones, au plus près de chacune d’elle. Ils sont accessibles via le 116006, numéro national d’aide aux victimes (7J/7 – appel et service gratuits), ou bien, hors métropole sur le +33 (0)1 80 52 33 76 et aussi sur www.france-victimes.fr.

Des informations sont disponibles également sur nos réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Youtube, LinkedIn) et nos outils gratuits.

Comment pourriez-vous résumer la philosophie de France Victimes ?

Pour la fédération France Victimes comme pour les 130 associations sur le territoire, l’important est la personne victime. Nous souhaitons pouvoir toucher beaucoup plus de personnes qui pourraient nécessiter nos services, et surtout être présents au plus tôt, au plus près des besoins et des attentes. Les victimes doivent savoir qu’elles peuvent être aidées, immédiatement et dans la durée.

Notre philosophie est de ne pas se substituer aux personnes victimes, nous devons écouter ce que la personne victime a à dire. Nous devons l’accompagner dans le temps qui est le sien, ne pas nous substituer à la personne, en apportant humblement notre humanité et notre compétence pour aider les personnes à intégrer cette expérience de victime pour une plus grande résilience.

Un grand remerciement Olivia pour votre engagement d’utilité publique.

Intervention de France Victimes à Saint-Martin et Saint-Barthélémy après l’ouragan IRMA 2017 (ici avec le Président de la collectivité de Saint-Barthélémy Brunon Magras à droite de Olivia MONS et Jean-Marie Thévenet, directeur de l’association Trait d’Union-France Victimes St-Martin) © France Victimes

Notes importantes

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