by Valérie Desforges

Miss Konfidentielle à la rencontre de Isabelle ROME, Haute fonctionnaire à l’égalité femmes-hommes

Miss Konfidentielle est allée à la rencontre de Isabelle ROME, Haute fonctionnaire à l’égalité femmes-hommes afin de s’entretenir en toute confiance sur des sujets de fond et d’actualité qui préoccupent le ministère de la Justice. Isabelle ROME partage avec vous un message plein de sens en s’inspirant d’une chanson qui lui tient à coeur, Maintenant je sais, merveilleusement interprétée par Jean Gabin.

« Maintenant je sais
Qu’on ne sait jamais
Mais ça je le sais…

Réécouté ce matin la voix de Gabin
Il a longtemps veillé sur moi lorsque j’étais juge d’instruction, photographié en noir et blanc, le regard triste mais terriblement généreux, dans Le quai des brumes
Peut être me signifiait-il déjà qu’il était difficile de connaître la vérité et que le doute devait toujours animer l’esprit d’un juge
Que le doute ne devait jamais conduire à l’amertume mais à une constante humilité
Ni même nous faire basculer du côté du cynisme mais nous inciter à nouer et tisser des liens avec les autres.

Hier encore une femme a été tuée par son conjoint.
Hier encore j’étais dans un tribunal, celui de Grasse.
L’école de la magistrature y avait organisé une formation pluridisciplinaire regroupant magistrats, forces de l’ordre, avocats, conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation, associations … Le matin ils ont été sensibilisés aux phénomènes d’emprise et de psycho-trauma et l’après- midi ils se sont retrouvés en ateliers pour résoudre ensemble des questions concrètes … L’union fait la force, dit-on. J’en ai la conviction de plus en plus chevillée au corps.
Hier encore, comme il y a quelques jours à Agen, à Châlons-en-Champagne ou lors de l’un de mes nombreux autres déplacements, j’ai pu constater leur volonté commune de protéger celles qui souffrent, leurs capacités d’organisation et d’innovation, mais aussi leurs doutes face à l’emprise qui piège les victimes, les faisant souvent reculer et revenir vers leur bourreau, leurs interrogations sur l’efficacité d’un contrôle ou d’un suivi psychiatrique des auteurs, leur peine non feinte au regard de toutes ces femmes récemment tombées sous les coups de leurs conjoints et leur inquiétude lancinante : et si ça arrive à l’une des femmes que j’ai pour mission de protéger, et si l’assassin est l’un des hommes dont le contrôle et le suivi m’incombent ?
Que cette inquiétude provoque une mobilisation accrue de toutes et tous relève d’une saine stimulation, forcément positive.
Qu’elle puisse inciter à déposer les armes, à renoncer à ce combat si difficile contre les féminicides, à craquer après des nuits d’insomnie – ai-je bien fait ? – ou sous le poids d’une pression écrasante de tous ordres, serait un drame absolu.

Non, on ne sait vraiment jamais …

Mais accepter cette défaite-là résonnerait comme un donner-acte d’impuissance, si ce n’est une sorte de capitulation de la vie. Avec le risque de revanche d’une mort qui viendrait happer sans vergogne celles qui peuvent en être aujourd’hui menacées.
Agir encore et encore est donc une injonction vitale. Pour elles. Pour nous toutes et tous.
Mais ensemble.
Sans chercher à nous faire de mauvais procès et à pointer les insuffisances des autres, car nous pouvons toutes et tous en avoir.
En nous améliorant de concert,
En mutualisant nos forces, compétences et expériences
En échangeant sur les situations
En questionnant ensemble nos doutes respectifs et légitimes
En bâtissant des passerelles et des ponts solides pour éviter les failles comme pour faire cesser toute menace d’isolement ou de repli sur soi.

Ne restons pas seuls face à nos inquiétudes et à nos peurs.
Et ne les laissons pas seules face à leur agresseur.

Maintenant je sais
Qu’on ne sait jamais
Mais je sais qu’on sait un peu plus quand on est deux, trois, quatre, cinq …

Hier j’ai vu aussi la flamme de l’enthousiasme partagé.
La simplicité d’être ensemble. Et entendu la promesse de cheminer ensemble. Contre ces violences indignes de notre civilisation.

Maintenant je sais
Qu’on ne sait jamais
Mais je sais que nous ne rendrons pas les armes.
Pour elles. Pour la vie. »

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Note importante

Il est obligatoire d’obtenir l’autorisation écrite de Valérie Desforges avant de 1/ reproduire tout ou partie de l’article sur un autre support 2/ d’utiliser la photo publiée dans l’article (Isabelle ROME, Haute fonctionnaire à l’égalité femmes-hommes © Valérie Desforges).

1 commentaire
  1. Daniel K. dit

    Isabelle ROME vous avez réussi par votre engagement à fédérer.
    Les réunions que vous tenez sur le territoire sont d’autant de graines semées pour récolter un jour la satisfaction que vos interlocuteurs cultivent vos idées, j’en suis convaincu..
    J’ai par le passé, pu côtoyer le magistrat précurseur de la prévention des violences conjugales, le procureur FREMIOT qui présentait ce qui arrive aujourd’hui et depuis je vous considère comme celle qui porte le flambeau de cette lutte contre les féminicides… Bravo à vous, mais “je sais” que rien n’est gagné et que vous allez encore parcourir de nombreux kilomètres pour porter vos messages..
    Misskonfidentielle nous a encore une fois montrer une personnalité investit d’une mission noble… Elle qui “sait” toujours nous captiver…

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