L’intervention de M. Donatien Le Vaillant lors des Assises nationales de la lutte contre les dérives sectaires, le 10 mars 2023 à Beauvau

« Il y aura un avant et un après »

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Les Assises nationales de la lutte contre les dérives sectaires datées du 9 et 10 mars 2023 à Beauvau étaient le premier événement politique majeur en matière de lutte contre les dérives sectaires depuis 22 ans et l’adoption de la loi About-Picard en France.

Devant l’ampleur du phénomène, l’incarnation politique de ce combat contre les dérives sectaires relève désormais du ministère de l’Intérieur et des Outre-mer, avec le rattachement de la MIVILUDES, Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, au Secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation (SG-CIPDR) depuis 2020.

M. Donatien Le Vaillant, chef de la MIVILUDES, intervenait le 10 mars 2023 aux Assises nationales de la lutte contre les dérives sectaires.

Un remerciement appuyé à M. Donatien Le Vaillant de m’autoriser à publier son intervention :

« Madame la Ministre, Mesdames et Messieurs les parlementaires, Mesdames Messieurs,

Quelques mots, brièvement, Madame la Ministre, pour vous exprimer notre gratitude et saluer votre initiative d’organiser ces assises nationales où un public particulièrement divers a répondu à votre invitation, j’allais dire, à votre appel :
ministres, parlementaires, victimes que l’on pourrait appeler également témoins directs de dérives sectaires, acteurs associatifs, hauts fonctionnaires, magistrats, professeurs, médecins et professionnels de santé, policiers, gendarmes, avocats, journalistes, réalisateurs, citoyens de collectifs engagés, personnalités de la société civile, dans toute sa richesse. A tous, merci !

Merci au président de la Miviludes Christian Gravel pour sa confiance ;

merci aussi au CIPDR pour son aide précieuse, en particulier Constance DEVRUE, directrice de cabinet, et Elodie EL HADDAD, cheffe de cabinet, qui n’ont pas ménagé leurs efforts pour que cette organisation soit une réussite.

Vous êtes à l’origine d’une forte dynamique Madame la ministre, et elle ne va pas s’arrêter.

Il y a des moments où l’on sent bien que quelque chose de différent se passe. A l’évidence au cours de ces deux journées, après ces témoignages souvent très poignants, ces réflexions profondes qui nous ont été livrées par des experts dans des domaines très différents, ces échanges entre spécialistes dans toutes les salles disponibles du ministère, force est de constater que quelque chose s’est passé sur le plan de la prévention et de la lutte contre les dérives sectaires en France.

Il nous appartiendra à nous MIVILUDES de maintenir la flamme, c’est-à-dire d’entretenir cette volonté commune d’unir nos forces, en particulier avec tous les acteurs associatifs.

Mais ce sont nous tous, élus, représentants de l’Etat, acteurs associatifs, acteurs de la société civile qui ferons qu’il y aura un avant et un après ces assises nationales dans l’efficacité de la mise en œuvre de cette politique publique au service du plus grand nombre. Créer « une culture commune » comme cela a été dit, c’est effectivement un enjeu essentiel.

Nous avons besoin de cet élan, car nous savons combien prévenir et lutter contre les dérives sectaires, c’est d’abord une affaire de volonté, mais aussi de patience, patience de femmes et d’hommes qui se tiennent tenus debout et qui ne comptent pas leurs efforts, c’est aussi une affaire de patience. C’est une affaire de confiance également, d’abnégation et de courage.

A cet égard, je rends hommage ici à mes prédécesseurs et aux différents présidents de la MIVILUDES, qui se sont passé le relais depuis plus de 20 ans maintenant.

J’ai la chance de travailler au sein d’une équipe composée désormais de mon adjointe Audrey KEYSERS et de fonctionnaires de haut niveau reconnus et dont on attend beaucoup, en plus d’un documentaliste, une équipe interministérielle, pluridisciplinaire, expérimentée, ministère de l’économie et des finances, ministère de la santé et de la prévention, une pharmacienne, un inspecteur des affaires sanitaires et sociales, ministère de l’éducation, agrégée de mathématiques et inspectrice de l’éducation nationale, un officier de police, un officier de gendarmerie, une directrice de la PJJ, tous dévoués au service des victimes ou de leurs familles, au service public, mais aussi profondément attachés aux règles de l’Etat de droit, à la légalité républicaine, car ils ont tous à l’esprit que toute situation d’emprise ou de sujétion constitue une atteinte grave aux droits fondamentaux des personnes.

Pour autant, nous vous avons entendu Madame la ministre, hier et bien avant ces assises nationales. Nous vous avons entendu sur la nécessité de passer à une autre échelle, ce qui implique d’apporter de nouvelles réponses collectives, en plus des réponses individuelles qui sont faites aux victimes et à leurs familles.

En 20 ans, la société française a changé et elle a été mise à l’épreuve sous l’effet des crises sanitaires. Le phénomène sectaire, en forte croissance, est en constante évolution, polymorphe, très souvent ramifié avec des excroissances à l’étranger, et sa vitesse de propagation est particulièrement accélérée avec Internet.

Ces nouvelles réponses collectives, qui font l’objet de discussions en commission et qui vous ont été remontées sous forme de synthèse, Madame la Ministre, ce sont autant de défis pour la MIVILUDES : le numérique, l’Europe, des partenariats renouvelés entre les acteurs associatifs, mais aussi la prévention, la sensibilisation du public, des élus locaux, des agents publics. Libérer la parole des victimes d’emprise sectaire est un objectif que peuvent se donner les pouvoirs publics, comme cela s’est fait pour les mineurs victimes d’agressions sexuelles et comme cela se fait actuellement pour les victimes de violences intrafamiliales.

Il reste beaucoup à faire, mais nous sommes enthousiastes à la MIVILUDES et nous nous mettons en ordre de marche pour ces changements, au service de cette politique

Charles Baudelaire revendiquait deux droits fondamentaux : le droit de s’en aller et le droit de se contredire.
Ces deux grandes libertés étaient évoquées pour le numérique. Elles peuvent l’être également pour les personnes qui souhaitent se défaire de leur emprise sectaire.

Je vous remercie. »

Donatien Le Vaillant, chef de la MIVILUDES, Beauvau le 10 mars 2023.

 

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