by Valérie Desforges

Interview de l’éditeur Louis de Mareuil

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17 janvier 2020 – C’est un éditeur pas comme les autres, Louis de Mareuil, que Miss Konfidentielle met en lumière. Discret, passionné, perspicace et efficace, il nous dévoile son parcours, ses actualités et projets 2020 : sport, police/justice et documents d’actualité. Tout un programme pour la jeune maison d’édition parisienne ! Avec un fil rouge : l’humain.

Bonjour Louis,

Vous avez suivi des études de lettres. Quelles étaient vos motivations ? Puis votre cursus ?

Je viens d’une famille où, d’un côté comme de l’autre, on aime lire des romans ou des essais historiques. J’ai su très jeune que je ferais un métier autour des livres ou de l’écriture. À cet égard, l’édition m’intéressait particulièrement en me permettant d’allier les deux. 

Dès la 3e, j’ai su que j’opterais pour une 1re L (littéraire) et, une fois dans cette section, que je m’orienterais vers un cursus de Lettres, ce que j’ai fait. Sans jamais le regretter, même si je savais qu’en choisissant ces études, la possibilité de trouver un travail à la sortie s’amenuisait. J’ajouterai que le métier d’éditeur me convenait très bien car il n’est pas tourné que sur le seul amour des livres c’est un métier riche, qui comporte des aspects très différents et qui nécessite d’être polyvalent. Il faut, par exemple, avoir des qualités commerciales, notamment d’anticipation. Le grand public a souvent de l’éditeur une image tronquée, celle d’un homme de textes et de manuscrits, mais c’est oublier que c’est aussi un professionnel qui doit avoir une juste vision du marché. Ce qui ne signifie pas forcément aller dans le sens de ce dernier, mais plutôt savoir ce que le marché peut accepter. Le dilemme de l’éditeur est souvent le suivant : le cœur veut publier tel manuscrit mais la raison du marché le fait hésiter. Trancher d’un côté ou de l’autre, voilà le sel de ce métier.

En 1999, vous débutez chez Gallimard Jeunesse puis évoluez chez Jacob-Duvernet. Racontez-nous…

Je postule chez Gallimard Jeunesse pour un stage découverte de deux mois l’été de ma licence. Rejoindre la rue Sébastien-Bottin est une chance, mais c’était surtout un rêve qui se réalisait ! Emprunter les mêmes couloirs que Proust, Camus, Saint-Exupéry, Hemingway ou Kundera, était fabuleux pour le passionné de littérature que je suis. Ce stage me permettait de découvrir la littérature jeunesse et le segment important qu’elle représente dans l’économie du livre. D’autant que Gallimard est pionnier dans ce domaine grâce à Pierre Marchand (le créateur de nombreuses collections phares comme « Découvertes Gallimard ») et sa nouvelle approche créative du secteur. Pendant deux mois, mon travail a consisté à chercher de la documentation pour les livres jeunesse sous l’égide de… Maylis de Kerangal, aujourd’hui romancière bien connue, qui me laissait une grande liberté d’action. 

Peu après, j’ai été embauché aux Éditions Mango, à l’époque filiale de Gallimard, dans le département des droits étrangers. Cela m’a permis d’appréhender un autre pan de l’édition : les contrats de cession de droit et l’adaptation d’œuvres étrangères en français. 

En 2003, je rejoins les Éditions Jacob-Duvernet, où je vais rester 11 ans. Je suis en charge de la communication, ce qui implique les relations presse et le contact avec le distributeur / diffuseur, qui est essentiel. On me confie petit à petit d’autres fonctions et, très vite, je prends en charge une collection de livres de sport créée avec Jean-Paul Brouchon (rédacteur en chef de France Info Sports). Lecteur et admirateur d’André Schiffrin, qui raconte dans L’Édition sans éditeurs comment il a créé sa maison d’édition et les difficultés qu’il rencontre du fait d’être indépendant (notamment face à l’appétit des grands groupes), je vais beaucoup apprendre de ce passage chez cet éditeur. Non seulement grâce aux différents postes que je vais y occuper, mais aussi grâce à mon engagement de tous les instants dans la maison. Je découvre et mesure ainsi les problèmes auxquels doit faire face le chef de l’entreprise. Gérer une maison d’édition indépendante n’est pas toujours chose aisée. Je rappelle que les libraires peuvent renvoyer les invendus dès le troisième mois après la sortie du livre, ce qui implique, quand les mises en place sont importantes et que les livres ne se sont pas écoulés, de devoir provisionner en amont des sommes d’argent destinées à rembourser les retours. Le danger dit de la « cavalerie » est bien réel dans notre métier. Pendant toutes ces années, je suis au contact quotidien des auteurs en tant que chargé de communication ou d’éditeur, pour les sportifs, ce qui me permet de nouer des relations d’amitié avec certains. Au moment de lancer ma société, je dois leur rendre hommage : beaucoup me soutiendront.

L’année 2014 signe l’ouverture de la maison Mareuil Éditions 

En août 2014, je décide de créer mon entreprise. Plusieurs auteurs choisissent de me suivre dans cette aventure. J’ai encore en mémoire les mots de Bernard Hinault quand je le lui ai annoncé : « On te suit ! » La première année, je publie une vingtaine de livres dont la réédition de l’ouvrage de l’ancien patron du 36, quai des orfèvres, Claude Cances (Histoire du 36, quai des Orfèvres), les mémoires de l’ancien chef de protocole du Chah d’Iran (Mémoires d’Iran), Amir Aslan Afshar, et j’édite plusieurs livres de sport. Ces premiers ouvrages forment déjà les trois axes de la ligne éditoriale que ma maison d’édition s’efforcera de suivre : le sport, les affaires de police / justice et les documents d’actualité avec, en fil rouge, la volonté de mettre en lumière les parcours, l’humain, le vécu. C’est aussi un travail d’équipe et je remercie Franck Heriot, directeur éditorial, qui me fournit une aide précieuse, dans le choix des documents d’actualité.

Quels sont vos plus beaux succès d’éditeur à ce jour ?

Tout d’abord, je tiens à préciser que le succès ne se mesure pas uniquement à l’aune des sorties caisse. Accueillir un auteur espéré au sein de son catalogue et ainsi continuer à construire une ligne éditoriale cohérente est, selon moi, une réussite, quand bien même son ouvrage ne rencontrerait pas tout de suite le public désiré. Pour répondre plus précisément à votre question, les meilleures ventes des Éditions Mareuil (entre 15 000 et 30 000 ex.) se retrouvent dans les trois domaines cités plus haut :

– Bernard Hinault, l’épopée du Blaireau écrit par Bernard Hinault et Christian Laborde
– Patron du Raid, de Jean-Michel Fauvergue et Caroline de Juglart
– Les Grandes Plaidoiries des ténors du barreau, de Matthieu Aron, qui ont fait l’objet d’une adaptation au théâtre qui rencontre un franc succès.

Vous avez deux actualités, est-ce bien cela ?

Nous publions deux ouvrages qui font la part belle au pouvoir du langage dans des domaines différents. L’un est consacré à l’influence – T’ar ta gueule à la récré – Confessions d’un influenceur écrit par l’ex blogueur Emery Doligé –, l’autre intitulé La Voix du Raid, négocier pour sauver des vies, écrit par l’ancienne négociatrice au Raid Tatiana Brillant, qui raconte comment, par la parole et l’écoute, elle réussit à désamorcer des conflits liés à des affaires criminelles ou terroristes. 

Je n’oublie pas non plus le livre illustré sur le RAID, Histoire du RAID illustrée écrit par Ange Mancini et Charles Diaz qui sort à l’occasion des 35 ans de l’unité en 2020.

En ce début d’année 2020, avez-vous des projets concrets dont vous pouvez parler à nos lecteurs ?

Absolument. En mars, nous éditerons le livre de Maître Chevillard intitulé Commis d’office, chroniques de gardes à vue, dans lequel l’avocat raconte les différentes permanences qu’il a tenues auprès de mis en cause. C’est une véritable plongée dans les abysses de la nature humaine et de la société. En mai, nous sortirons le tome II du roman graphique – un genre que nous avons investi récemment – que nous consacrons, avec Jeff Legrand et Christophe Girard, à Raymond Poulidor et baptisé Mon Tour 64. Poupou devait commencer à y travailler avant que son cœur ne le lâche brutalement en novembre dernier.

Vous êtes passionné par la lecture… mais pas que ! 

Effectivement, je fais partie de ces éditeurs qui aime toujours lire ! Je lis beaucoup de manuscrits que je reçois mais aussi des ouvrages de la littérature mondiale (notamment la littérature russe) ou française (la Comédie humaine ou les romanciers naturalistes). J’essaie aussi de me tenir au courant des sorties des écrivains. À ce titre, je trouve très réussis les derniers livres de Sylvain Tesson ou Pierre Lemaitre.

Les grands thèmes que l’on retrouve chez Mareuil Éditions correspondent à des centres d’intérêt personnel comme le sport, que je pratique régulièrement. Je m’intéresse aussi au mobilier, ancien et moderne. Je commence à bien connaître le style de certains ébénistes du XVIIIe ou XIXe siècle et à pouvoir leur attribuer certains meubles. Mon métier m’aide dans ce hobby car analyser une pièce de mobilier répond à des qualités dont doit être doté l’éditeur : outre des prérequis en histoire, l’esprit d’analyse, l’observation et, par dessus tout, la passion !

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