by Valérie Desforges

Interview de Laurent Collorig, Chef de l’UCLIR au Cabinet du DGGN

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Miss Konfidentielle a le privilège de vous présenter Laurent Collorig, chef de l’Unité de Coordination pour la Lutte contre l’Insécurité Routière (UCLIR) depuis 2019, au Cabinet du Directeur Général de la Gendarmerie Nationale (DGGN). Son parcours, ses responsabilités actuelles, ses projets, ses loisirs et sa philosophie de vie sont les sujets abordés en toute humilité et une grande humanité, notamment à l’égard de son équipe. Une belle personne.

Bonjour Laurent,

Quel a été votre parcours de vie avant de rejoindre le cabinet de la Direction Générale
de la Gendarmerie Nationale (DGGN) ?

Je ne peux pas définir mes origines géographiques, ni même m’apparenter à un « clocher ».
Je suis fils de gendarme, mon papa était sous-officier de gendarmerie et a terminé au grade de major. Il a connu une forte mobilité pendant sa carrière qui m’a amené de Niort (ville de ma naissance) à Nîmes en passant par Angoulême, Marennes, Moroni (Comores), Tahiti, Niamey (Niger), Toulouse et Nîmes où il a terminé sa carrière avant de rejoindre Tahiti pour y travailler en qualité de directeur de l’aconage au Port autonome de Papeete puis y rester en retraite.

Après mon baccalauréat, j’ai réussi le concours d’entrée à Sciences Po et poursuivi à l’issue une formation en droit (bac+5). Atteint par la limite d’âge liée aux reports d’incorporation, j’ai dû cesser mes études pour rejoindre le service militaire en 1992.

J’ai été intégré dans la 7ème promotion des EOR de la gendarmerie pour suivre une formation pendant 4 mois avant de rejoindre mon affectation en qualité d’aspirant puis de sous-lieutenant : le groupement de gendarmerie départementale de l’Aisne à Laon (02).

J’ai eu la chance de voir arriver à la tête du groupement un colonel qui m’a immédiatement pris sous « son aile » et m’a incité « très fortement » à passer le concours des officiers de gendarmerie. Sa bienveillance à mon égard, la confiance qu’il a su me porter et le fait qu’il s’est substitué, par ses conseils éclairés et une certaine affection, à mon père éloigné à 18000 km de moi depuis de nombreuses années, j’ai rapidement adhéré à ce projet d’autant que j’ai longtemps vécu dans ce milieu quand j’étais d’enfant puis en y travaillant « sous les drapeaux ». Je me suis présenté au concours. J’ai intégré l’EOGN en 1994.

A la fin de ma scolarité à l’école des officiers en 1996, j’ai rejoint l’escadron 31/1 d’Aubervilliers.

En 2000, j’ai été affecté à la tête de l’escadron départemental de sécurité routière des Yvelines. Pendant ces 3 années de commandement, j’ai développé une méthode innovante de lutte contre l’insécurité routière, ne reposant pas sur une quantité de PV mais plutôt sur une analyse affinée de l’accidentalité du département et une réorganisation des missions en fonction des risques encourus par les usagers de la route. Suite aux très bons résultats obtenus de cette politique basée sur l’accidentologie, un hebdomadaire national s’est intéressé à mon travail, ce qui fut, pour moi,  le début d’une longue période d’exposition médiatique sur des chaînes à grande écoute.

En 2003, j’ai quitté mon commandement pour être affecté en qualité de 1er adjoint au groupement de gendarmerie des Yvelines.

En 2006, je rejoins le poste de conseiller technique du délégué interministériel à la sécurité routière (Rémi HEITZ – actuellement procureur de Paris). Suite à différents départs au sein de son Cabinet,  on m’a demandé de prendre les fonctions de chef de cabinet, que j’ai cumulées avec celles de conseiller technique Intérieur.

En 2010 je change de dominante professionnelle et je rejoins la section de recherches de Bordeaux. J’y resterai 3 ans au cours desquels, grâce au travail d’enquêteurs formidables nous avons traité de nombreux homicides, trafics de stupéfiants, des affaires de pédophilie, une séquestration, et des gros dossiers de délinquance financière. J’ai pu constater combien les « pjistes » (surnom donné aux personnels affectés dans les unités de recherches) sont des gens motivés qui ne comptent pas leur temps, qui maîtrisent des technicités rares permettant la résolution d’enquêtes complexes. J’ai énormément apprécié le travail des groupes d’observation surveillance qui permettent un recueil du renseignement dans des conditions parfois très difficiles.

En 2013 je quitte Bordeaux pour rejoindre le commandement de la section de recherches de la gendarmerie de l’air à Villacoublay. Un milieu différent mais passionnant. Une unité en pointe sur l’accidentologie aérienne où les personnels doivent jongler entre réglementation aéronautique et droit pénal. J’ai beaucoup apprécié l’engagement et l’abnégation des hommes et femmes de cette unité qui font preuve d’un engagement sans faille. Ces 4 années ont aussi, et surtout, été l’occasion de traiter et de résoudre des affaires très sensibles comme des vols d’armes de guerre et de véhicules dans des enceintes militaires, d’empêcher un acte d’attentat contre un site religieux, ou de mettre fin à des trafics de stupéfiants. Le souvenir le plus douloureux de ce commandement a, sans conteste, été la constatation de l’accident d’hélicoptère où 4 de nos camarades ont péri près de Tarbes, endeuillant la gendarmerie.

En 2017, je suis affecté à la tête de la division du renseignement au sein du service central de renseignement criminel. J’ai cumulé pendant cette période, le poste de chef de division, celui de chef de l’observatoire central des systèmes de transports intelligents (OCSTI) et une direction de programme visant à déployer un logiciel décisionnel, de lutte contre les cambriolages.

La direction de l’OCSTI m’a sensibilisé sur l’avenir de l’automobile, les changements de concept de mobilité et les mutations indispensables de la matrice de lutte contre l’insécurité routière.

En 2019, je rejoins le cabinet du Directeur Général de la Gendarmerie en qualité de chef de l’unité de coordination pour la lutte contre l’insécurité routière. Unité mixte police/gendarmerie rattachée à son Cabinet.

Vous intégrez le cabinet du Directeur Général de la Gendarmerie Nationale. Un privilège. Comment le Cabinet se compose t-il ?

Le cabinet du DGGN est composé de femmes et d’hommes d’horizons divers chargés de préparer des dossiers pour le directeur Général et le Major Général.

Il y a des conseillers thématiques (juridique, judiciaire, militaire, sécurité civile) et des chargés de mission représentant chaque direction de la direction générale, enfin des officiers y sont en charge de la stratégie.

Une stratégie commune basée sur un meilleur service au profit de la population, en privilégiant l’Humain, une plus grande proximité avec nos concitoyens mais également la recherche d’outils à la pointe de la modernité afin de faciliter le travail des unités.

En résumé, notre mission consiste à tout mettre en œuvre pour « Répondre présent pour la population et par le gendarme ».

  • Quelle est votre place au sein du Cabinet du DGGN ?

Je dirige l’unité de coordination pour la lutte contre l’insécurité routière (UCLIR) qui est une entité mixte Police/Gendarmerie placée au cabinet du DGGN, sous sa responsabilité. Mon adjointe est officier de Police.

Comme en dispose le « LIVRE BLANC DE LA SECURITE INTERIEURE », si la délégation à la sécurité routière assure une gouvernance interministérielle c’est l’UCLIR qui coordonne les forces de l’ordre.

L’UCLIR assure une coordination opérationnelle, élabore des directives opérationnelles ponctuelles (chassés-croisés, périodes de vacances ..), élabore des plans de contrôle des flux routiers nationaux et internationaux, travaille sur les moyens, la formation, assure une veille technologique et diffuse très largement les retours d’expérience dès lors que des événements particuliers se produisent.

L’UCLIR représente les forces de sécurité intérieure auprès de plusieurs institutions (ministères, Conseil d’État, Délégation Interministérielle à la Sécurité Routière, Secrétariat Général des Affaires Européennes…) et partenaires privés (entreprises, associations de défense des usagers de la route …).

Ma mission consiste à travailler en étroite collaboration avec les directions générales (Police/Gendarmerie), au profit des unités engagées sur le terrain, aux côtés de la déléguée interministérielle à la sécurité routière, afin que la France atteigne l’objectif ambitieux, défini par l’OMS, de diviser par 2 le nombre de tués et de blessés graves à l’horizon 2030.

L’action mise en place vise à se placer sous un angle protecteur envers les usagers de la route et  dissuasif envers les contrevenants. A mon sens, la politique de sécurité routière doit faire preuve d’un certain discernement pour une meilleure acceptabilité. Il faut faire une distinction entre un conducteur défaillant qui commet des infractions mineures (surtout par manque de vigilance) et un conducteur délinquant qui enfreindra, quoiqu’il advienne, toute règle de sécurité routière en restant hermétique à quelque sensibilisation que ce soit.

Il faut que l’action des forces de l’ordre réponde à un triptyque missionnel mélangeant prévention, dissuasion et répression, avec pour seul objectif de faire diminuer le nombre d’accidents, de tués et de blessés.

La crise sanitaire que notre pays traverse depuis plus de 9 mois a eu un impact sur la sécurité routière. Le premier confinement a eu pour effet de limiter les déplacements ce qui a produit l’effet d’une diminution spectaculaire des accidents et des victimes de la route. Mais cette période s’est également accompagnée de comportements criminels commis par ceux qui considéraient la route comme un terrain de jeu, battant, au quotidien, tous les records de vitesse, ne respectant plus les signalisations, surtout aux intersections.

Un retour à une vie normale a dû s’accompagner, pour les forces de l’ordre, d’une phase de prévention et de mise en garde.

Le bilan de l’année 2020 sera forcément très bon mais ce leurre ne doit pas s’accompagner d’un désengagement de la mission de sécurité routière. Il faut éviter qu’une baisse significative des victimes sur la route soit suivie d’une hausse spectaculaire des accidents.

Aussi, il ne faut pas occulter les différents vecteurs d’amélioration sur lesquels on pourrait progresser pour une meilleure sécurité des mobilités.

Il y a un travail de partenariat renforcé à développer avec différents acteurs publics visant à améliorer la sécurité du réseau routier, par la mise en place de contacts institutionnels entre les gestionnaires des axes et les forces de sécurité intérieure.

Par ailleurs, il faut ancrer les forces de sécurité intérieure dans le 21ème siècle. Fort de mon expérience comme directeur du programme « analyse décisionnelle », j’envisage de travailler sur un outil d’aide à la décision pour mieux lutter contre l’insécurité routière.

Sans doute avez-vous des messages à faire passer aux citoyens ?

Trop de gens pensent que les forces de l’ordre sont présentes sur les routes pour les piéger ou attenter à leur droit à circuler.

C’est bien entendu totalement faux, les gendarmes et les policiers œuvrent pour la sécurité de nos concitoyens. Leur présence sur le terrain est avant tout protectrice, la visibilité qu’ils affichent est dissuasive.

Les usagers de la route sont en fait les seuls acteurs de leur destin. Le respect, par tous, des règles définies par le code de la route est la seule garantie de sécurité.

Les gendarmes et policiers sont là pour les protéger, ce n’est pas d’eux qu’il faut avoir peur mais de soi-même car il y a bien pire sur la route que de perdre un point ou de payer une amende, c’est de perdre la vie ou de souffrir de séquelles.

Les gens disent toujours que le danger c’est les autres. Ils n’ont pas tort, si on prend en considération que l’on est toujours l’autre de quelqu’un …

Notre objectif principal est la baisse des accidents et par conséquent des blessés et tués. Notre mission ne sera accomplie que si nous arrivons à infléchir la courbe pour la faire tendre vers le plus bas niveau possible.

Vous connaissez les questions traditionnelles de Miss Konfidentielle 

  • Quels sont vos loisirs…

J’aime tout ce qui a trait à la culture (livres, théâtre, cinéma), je suis passionné de cuisine et j’aime me changer les idées en cuisinant. C’est le moyen que j’ai trouvé pour partager et faire plaisir.

Si je m’investis sans compter dans ma mission, je suis très centré sur mon noyau familial, mon épouse et mes enfants sont au centre de mes préoccupations.

Dans notre métier de gendarme, c’est souvent la famille qui doit faire preuve d’une réelle capacité d’adaptation. Le changement de travail ou d’affectation de l’épouse à chaque mutation, le changement d’école pour les enfants, la perte des copains sont toujours des facteurs destabilisants pour une famille, et cela peut parfois impacter la santé.

  • et votre philosophie de vie ?

Je suis quelqu’un de profondément humain. Je suis attaché à ce qu’est l’être humain, je suis très sensible à la souffrance des autres et il m’arrive souvent de rager face à mon incapacité à aider mon prochain.

Je considère les gens pour qui ils sont et non pas pour ce qu’ils sont.

Bien souvent des gens s’intéressent aux autres au regard des avantages qu’ils pourraient tirer d’une relation. Ce n’est pas mon cas, peu m’importe ce que sont les gens que je cotoie, je ne m’intéresse qu’à l’humain.

Enfin, je ne supporte pas l’injustice, elle me fait rager.

Souhaitez-vous saluer des personnes avant de nous quitter ?

Je salue le colonel Alain Lemesre, qui a guidé mes premiers pas et m’a montré l’horizon.

J’ai rencontré en gendarmerie beaucoup de belles personnes.
Je ne serais pas où je suis aujourd’hui si je n’avais pas bénéficié du soutien du Général Richard Lizurey et du Général Christian Rodriguez qui m’ont accordé leur confiance en me confiant les responsabilités que j’occupe aujourd’hui.

Un grand remerciement pour votre sincérité et votre temps consacré à l’interview réalisée à quelques jours des fêtes de fin d’année 2020.


Note importante :

Il est obligatoire d’obtenir l’autorisation écrite de Valérie Desforges, auteur de l’interview, avant de reproduire tout ou partie de son contenu sur un autre media.

Il est obligatoire de respecter les légendes ci-dessous :
En Une : (de gauche à droite) – Maddy Scheurer, porte-parole de la Gendarmerie nationale, Dominique Avignon, commissaire de police et Laurent Collorig, chef de l’UCLIR
Seconde photo : Laurent Collorig, chef de l’UCLIR
Troisième photo : Laurent Collorig sur le terrain
Quatrième photo : Laurent Collorig sur le terrain
Cinquième photo : Laurent Collorig à la section de recherches de Bordeaux. La personne à côté de Laurent Collorig est un membre du groupe de surveillance en tenue de camouflage. A l’époque, Laurent Collorig était lieutenant-colonel.

Ainsi que le copyright © Laurent Collorig pour chaque photo.

1 commentaire
  1. DESSERT Adien dit

    Un parcours professionnel très remarquable avec une très grande diversité permettant de voir l’évolution de nos sociétés.
    Concernant l´insécurité routière,je me permets de mentionner les limitations de vitesse à 80 ou 90 km/h sur les routes départementales qui manquent de cohérence. Par ailleurs, limiter la vitesse à 80 km/h alors que les poids lourds ont souvent l´habitude de rouler à 90 Km/h augmente les risques d´accident au lieu de les diminuer ce qui devait être l´effet premier de cette mesure.

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